Il se publie tellement de romance qu’on peut lire toute l’année sans jamais tomber sur un grand livre. Cette sélection est ma réponse à la question qu’on me pose le plus souvent : quel livre de romance offrir, ou s’offrir, sans se tromper ? Quinze titres, deux siècles d’écart entre le premier et le dernier, et aucune obligation de tous les aimer.
Deux mots sur la méthode. J’ai mélangé les classiques, les contemporains anglo-saxons et les autrices françaises, parce qu’un palmarès qui ignorerait Jane Austen ou qui snoberait la new romance raterait la moitié du tableau. Pour chaque roman, je dis pourquoi il compte et à qui il s’adresse. Les réserves sont comprises dans le prix.
Les classiques qui tiennent toujours debout

Orgueil et préjugés, Jane Austen (1813)
Tout part de là. Elizabeth Bennet et Mr Darcy s’agacent, se jaugent et se manquent pendant quatre cents pages, et deux siècles plus tard le schéma enemies to lovers vit encore de cet héritage. L’ironie d’Austen est intacte, sa peinture sociale aussi, et ses dialogues restent plus vifs que ceux de la plupart des romans publiés hier. Pour qui ? Tout le monde, mais d’abord ceux qui croient que la romance est un genre mièvre : c’est le contre-exemple définitif.
Les Hauts de Hurlevent, Emily Brontë (1847)
Soyons honnête : ce n’est pas une romance au sens strict, aucune fin heureuse garantie ici. C’est une histoire de passion dévorante et de vengeance dans les landes du Yorkshire, l’unique roman d’Emily Brontë, et l’ancêtre gothique de toutes les dark romances actuelles. Heathcliff fascine et effraie à la fois, ce qui en dit long sur nos lectures d’aujourd’hui. À découvrir pour comprendre d’où vient notre goût pour les amours qui détruisent.
Autant en emporte le vent, Margaret Mitchell (1936)
Une fresque de mille pages sur fond de guerre de Sécession, portée par Scarlett O’Hara, héroïne égoïste, obstinée et impossible à lâcher. Son face-à-face avec Rhett Butler reste un sommet de tension romanesque. Le regard du roman sur l’esclavage a très mal vieilli, et il faut le lire en le sachant, avec la distance critique que cela impose. Pour les amateurs de sagas au long cours qui acceptent qu’un livre soit à la fois grand et daté.
Les grands sentimentaux populaires
Le Chardon et le Tartan, Diana Gabaldon (1991)
Premier tome de la série Outlander : Claire, infirmière anglaise de 1945, se retrouve projetée dans l’Écosse du XVIIIe siècle et y rencontre Jamie Fraser. Aventure, reconstitution historique et histoire d’amour à parts égales. C’est long, parfois trop, mais l’attachement aux personnages est d’une solidité rare, et la série télévisée n’a rien volé à son succès. Pour qui veut disparaître dans un univers pendant tout un hiver.
Le Journal de Bridget Jones, Helen Fielding (1996)
La comédie romantique anglaise par excellence, réécriture assumée d’Orgueil et préjugés avec un Mark Darcy des années 90. Certaines pages ont vieilli, l’obsession des calories en tête, mais l’autodérision de Bridget me fait toujours rire, et le procédé du journal intime garde toute sa fraîcheur. Pour qui veut une romance qui ne se prend jamais au sérieux.
Les pages de notre amour, Nicholas Sparks
Le roman derrière le film N’oublie jamais. Noah, Allie, un amour d’été contrarié par la différence sociale, et une trame qui vise droit au cœur sans s’excuser. Sparks a beaucoup recyclé sa formule depuis, celui-ci reste à mes yeux son livre le plus juste. À réserver aux jours où l’on a décidé de pleurer tranquillement.
Les contemporains anglo-saxons
Avant toi, Jojo Moyes
Louisa, employée fantasque d’une petite ville anglaise, devient l’aide de vie de Will, tétraplégique et furieux contre le monde entier. Le roman fait rire pendant deux cents pages avant de dévaster, et sa fin, très discutée, refuse le confort attendu du genre. C’est précisément cette honnêteté qui en fait un grand livre populaire. Prévoyez des mouchoirs, je ne plaisante qu’à moitié.
Jamais plus, Colleen Hoover (2016)
Le phénomène BookTok de la décennie, adapté au cinéma en 2024. Sous ses airs de romance entre une fleuriste de Boston et un neurochirurgien, c’est un livre sur les violences conjugales, nourri de l’histoire de la propre mère de l’autrice. Le style est simple, parfois simpliste, je ne vais pas prétendre le contraire. Mais le propos, montrer combien il est difficile de quitter un homme violent qu’on aime, justifie la réputation du roman.
The Air He Breathes, Brittainy C. Cherry
Deux endeuillés se rencontrent dans une petite ville et réapprennent lentement à respirer. Cherry écrit des histoires de reconstruction plus que de séduction, avec un lyrisme qui frôle parfois la sortie de route mais qui m’a cueillie plus d’une fois. C’est le premier tome de sa série The Elements, traduite chez Hugo. Pour les lectrices qui viennent chercher l’émotion avant la tension.
The Deal, Elle Kennedy
La romance de campus dans sa forme la plus efficace, traduite en France en 2016 : Hannah, étudiante douée, donne des cours à Garrett, star de l’équipe de hockey, contre un service d’un tout autre ordre. Rien de révolutionnaire là-dedans, et pourtant les joutes verbales, le rythme et la tendresse en font une machine à bonne humeur. La porte d’entrée idéale vers la new romance pour qui n’en a jamais ouvert une.
Comme dans un roman d’été, Emily Henry
Deux écrivains en panne, elle autrice de comédies romantiques, lui romancier littéraire déprimé, échangent leurs genres le temps d’un été au bord d’un lac. C’est malin, joliment méta et brillamment dialogué. Emily Henry est pour moi la meilleure plume actuelle de la comédie romantique, et ce titre, Beach Read en version originale, est son meilleur point de départ.
My Dear F***ing Prince, Casey McQuiston
Le fils de la présidente des États-Unis tombe amoureux d’un prince anglais. Romance M/M, comédie politique et déclaration d’optimisme, traduite chez Lumen sous ce titre francisé (Red, White & Royal Blue en VO). Le livre a dix idées à la page, un humour constant et un vrai cœur. Pour retrouver un peu foi en l’humanité un dimanche pluvieux.
Le versant français
Les gens heureux lisent et boivent du café, Agnès Martin-Lugand (2013)
D’abord autoédité, devenu best-seller, ce court roman suit Diane, brisée par un deuil, qui repart de zéro en Irlande. Je le trouve inégal, et la romance y est presque secondaire par rapport au travail du chagrin. Mais il a prouvé qu’une plume française pouvait s’imposer sur ce terrain sans copier les Américaines, et il a ouvert la voie à toute une génération d’autrices. Un bon choix côté feel good teinté de mélancolie.
Un automne pour te pardonner, Morgane Moncomble
Premier tome de la saga Seasons, quatre histoires indépendantes au fil des saisons, plus d’un million et demi d’exemplaires vendus et des adaptations à l’écran en préparation. Moncomble écrit une new romance soignée, émotive, qui prend ses personnages féminins au sérieux et ne les réduit jamais à leur histoire d’amour. La valeur sûre française du moment, sans discussion.
Captive, Sarah Rivens (2022)
Le cas le plus clivant de cette liste. Née sur Wattpad, publiée chez BMR, cette dark romance a fait de Sarah Rivens l’un des auteurs francophones les plus vendus de 2023. Relation d’emprise assumée, violence, anti-héros : on est très loin du conte de fées, et ce n’est pas un livre à mettre entre toutes les mains. Mais ignorer un phénomène de cette ampleur serait malhonnête, et son efficacité narrative, elle, ne se discute pas.
Comment choisir dans cette liste
Un conseil simple : ne choisissez pas le livre, choisissez l’humeur. Envie de rire ? Bridget Jones ou Emily Henry. De pleurer ? Sparks, Moyes ou Cherry. D’un monument ? Austen, sans hésiter une seconde. Envie de comprendre ce que lisent des millions de gens en ce moment ? Hoover et Rivens, avec les réserves dites plus haut.
Et si quinze titres ne suffisent pas, tant mieux. La romance est un genre où l’on n’épuise jamais sa pile à lire ; la mienne menace structurellement de s’effondrer, et je n’ai aucune intention de la soigner.