Livre feel-good : ma sélection de romans qui font vraiment du bien

Il y a dix ans, sortir un roman feel-good dans le train me valait des sourires en coin. J’ai arrêté de m’excuser. Des centaines d’heures passées dans ces livres (et pas mal de déceptions en route) m’ont appris à distinguer un vrai bon feel-good d’une guimauve calibrée. Voici ma définition, mes critères, et douze titres que je suis prête à défendre pied à pied.

Un livre feel-good, c’est quoi, au juste ?

Un livre et une paire de chaussettes en laine sur un canapé — guide Livre feel-good : ma sélection de romans qui font vraiment du bien

L’étiquette nous vient de l’anglais, et elle dit exactement ce qu’elle veut dire : un roman construit pour laisser son lecteur en meilleur état qu’il ne l’a trouvé. Ça semble simple. Ça ne l’est pas. Contrairement à ce qu’on imagine, ces romans ne parlent presque jamais de gens heureux. Ils parlent de deuils, de licenciements, de divorces, de maladies. Le feel-good n’est pas l’absence de malheur, c’est le refus d’y camper. Le personnage touche le fond au chapitre deux, et le reste du livre raconte la remontée.

En France, le genre a explosé dans les années 2010, porté par Virginie Grimaldi, Aurélie Valognes ou Agnès Martin-Lugand, souvent parties de l’autoédition avant de s’installer durablement dans les meilleures ventes. Ce détail me plaît beaucoup : ce sont les lecteurs qui ont imposé ces romans, pas les prix littéraires ni les pages culture des grands journaux.

Reste le procès permanent en sous-littérature. Je veux bien qu’on discute du style de tel ou tel titre, il y a du déchet, comme partout. Mais mépriser un genre entier parce qu’il vise la consolation, c’est oublier que consoler est l’un des plus vieux métiers de la littérature. Personne ne reproche au polar de vouloir faire peur, ni au roman d’horreur de chercher le frisson. On reproche au feel-good de vouloir faire du bien. Cherchez la logique.

Bon feel-good ou roman gentillet : mes critères

Le premier critère, c’est un vrai malheur au point de départ. Si le plus gros problème de l’héroïne consiste à choisir entre deux hommes charmants, je referme. Les meilleurs titres du genre osent des sujets lourds (le deuil chez Agnès Martin-Lugand, le cancer chez Gavin’s Clemente-Ruiz), et c’est précisément pour ça qu’ils réconfortent. La lumière n’a de valeur que si l’obscurité était crédible.

Deuxième critère, une fin heureuse méritée, pas distribuée. Quand une coïncidence règle tous les problèmes en dix pages, je me sens flouée. Je veux voir le personnage se battre, échouer, recommencer. Troisième critère, un humour qui vient des personnages et non d’un stock de répliques interchangeables. Et enfin, une écriture. Simple ne veut pas dire négligée : Fredrik Backman écrit sobre, et ça n’empêche pas ses phrases d’avoir une élégance folle.

Le roman gentillet, lui, se reconnaît vite. Des personnages qu’on pourrait échanger d’un livre à l’autre sans que rien ne change, des leçons de vie plaquées, des citations inspirantes en tête de chapitre, un narrateur qui m’explique ce que je dois ressentir. La frontière est parfois fine, je l’admets. Mais après quelques dizaines de lectures, on ne se trompe plus beaucoup.

Ma sélection : douze romans feel-good qui tiennent la promesse

Que des livres lus en entier, souvent deux fois. Les années entre parenthèses sont celles de la première édition.

Côté français

Le premier jour du reste de ma vie, de Virginie Grimaldi (2015). Marie, la quarantaine, quitte son mari et embarque pour un tour du monde en croisière. Le premier roman de celle qui est devenue la romancière la plus lue de France, et tout y est déjà : les larmes, le rire, le sens du tempo.

Il est grand temps de rallumer les étoiles, de Virginie Grimaldi (2018). Une mère embarque ses deux filles dans un vieux camping-car, direction le Nord. Le portrait d’adolescente y est d’une justesse rare. Mon Grimaldi préféré, celui que j’offre le plus.

Les gens heureux lisent et boivent du café, d’Agnès Martin-Lugand (2013). Diane a tout perdu et part se terrer dans un village irlandais battu par la pluie. D’abord autoédité en numérique, devenu un phénomène de librairie. Plus sombre que sa réputation, et c’est très bien comme ça.

Mémé dans les orties, d’Aurélie Valognes (2014). Un octogénaire acariâtre que tout son immeuble évite, jusqu’à ce que ses voisines s’en mêlent. Prévisible ? Oui. Efficace ? Complètement. Je l’ai lu d’une traite un dimanche de grippe et je n’ai aucun regret.

Ta deuxième vie commence quand tu comprends que tu n’en as qu’une, de Raphaëlle Giordano (2015). Celui-ci flirte ouvertement avec le développement personnel, et je comprends qu’on lève les yeux au ciel. Il m’a cueillie au bon moment, je le laisse donc dans la liste, en toute mauvaise foi assumée.

La tête en friche, de Marie-Sabine Roger (2008). Un colosse quasi illettré, une vieille dame qui lit à voix haute dans un square. Adapté au cinéma en 2010 avec Gérard Depardieu. Le plus littéraire de cette liste, et peut-être le plus émouvant.

Demain j’arrête !, de Gilles Legardinier (2011). Une héroïne qui multiplie les plans absurdes pour aborder son mystérieux voisin. L’humour de Legardinier ne fonctionne pas sur tout le monde ; sur moi, oui, et sans discussion possible.

Le Club des feignasses, de Gavin’s Clemente-Ruiz. Une bande d’amis face au cancer, et un roman qui réussit à faire rire là où on ne devrait pas pouvoir. L’auteur décrit lui-même ses livres comme drôles et tristes à la fois. C’est exactement ça, et c’est un exercice d’équilibriste que peu réussissent.

Côté traductions

Vieux, râleur et suicidaire, de Fredrik Backman (2012 en Suède). La vie selon Ove, veuf le plus grognon de la littérature scandinave, dont les projets funestes sont sans cesse sabotés par des voisins envahissants. Adapté deux fois au cinéma, dont une avec Tom Hanks. Je pleure au même endroit à chaque relecture.

La Bibliothèque de minuit, de Matt Haig (2020). Entre la vie et la mort, Nora explore les existences qu’elle aurait pu vivre. Un feel-good qui parle frontalement de dépression, ce qui en fait tout le prix.

À moi la nuit, toi le jour, de Beth O’Leary (2019). Tiffy et Leon partagent un appartement, et même un lit, sans jamais s’être croisés : lui y dort le jour, elle la nuit. Leur histoire s’écrit par post-it. Une idée de comédie romantique comme on en trouve une par décennie.

La petite boulangerie du bout du monde, de Jenny Colgan. Une reconversion, un port minuscule, du pain qui lève. La recette anglaise du roman cosy dans toute sa splendeur, à lire avec un thé, sans culpabilité aucune.

Quand lire un feel-good (moments testés pour vous)

En novembre, évidemment. Quand la nuit tombe à 17 h 30 et que tout le wagon tousse, un chapitre de Grimaldi vaut une séance de luminothérapie.

En panne de lecture, aussi. Après un pavé exigeant, ou pendant ces périodes étranges où plus rien ne passe, le feel-good est le meilleur outil de redémarrage que je connaisse : chapitres courts, attachement immédiat, envie de connaître la suite. C’est souvent lui qui m’a ramenée vers les livres quand je croyais avoir perdu le goût de lire.

En convalescence, en période d’examens, après une rupture : chaque fois que le cerveau réclame une histoire sans avoir l’énergie d’un combat. Une réserve tout de même. En plein deuil récent, certains de ces romans peuvent sonner faux, presque indécents. Il m’est arrivé d’en reposer un au bout de vingt pages pour y revenir six mois plus tard. Il m’attendait, et il a fait son travail.

Voilà pour ma carte du territoire. Je chronique mes découvertes au fil de l’année dans la catégorie feel-good du site, et si c’est le versant drôle et anglais du réconfort qui vous attire, l’histoire mouvementée de la chick lit mérite le détour. Lisez sans vous excuser, c’est le seul conseil qui compte.