Chick lit : le genre moqué devenu notre comédie romantique préférée

Ce site a une dette. Avant le magazine, il y a eu un blog qui dévorait la chick lit anglaise et défendait Bridget Jones contre les ricanements. Cette page est ma façon d’honorer cet héritage : raconter d’où vient le genre, pourquoi son nom fâche aujourd’hui, ce qu’il a réellement apporté, et par quels livres commencer.

C’est quoi un livre chick lit ?

Une comédie sentimentale écrite par et pour des femmes, à la première personne, dont l’héroïne trentenaire affronte son quotidien avec autodérision. Née en Angleterre en 1996.

Un livre ouvert sur une table de café parisien en terrasse — guide Chick lit : le genre moqué devenu notre comédie romantique préférée

Le mot est entré dans les dictionnaires : le Larousse le définit comme un genre de littérature féminine à succès. La notice encyclopédique consacrée à la chick lit en retrace l’histoire et les débats. Ce qui suit est la version d’une lectrice qui a suivi le genre pendant vingt ans.

D’où vient la chick lit ?

D’une chronique de presse. En 1995, Helen Fielding raconte dans The Independent la vie d’une trentenaire londonienne sous forme de journal intime. Le roman suit un an plus tard.

Tout part d’une colonne de presse. En 1995, Helen Fielding raconte dans les pages de The Independent la vie d’une trentenaire célibataire de Londres, sous forme de journal intime. Bridget compte ses calories, ses unités d’alcool et ses résolutions ratées. Le roman tiré de la chronique, Le Journal de Bridget Jones, paraît en 1996 et devient un phénomène mondial, prolongé par une suite, L’âge de raison, puis par quatre films entre 2001 et 2025, avec Renée Zellweger dans le rôle.

Fielding n’a jamais caché sa source : la trame emprunte à Orgueil et Préjugés de Jane Austen, jusqu’au nom de Mark Darcy. Ce clin d’œil dit tout du genre naissant, une littérature de femmes qui connaît parfaitement ses classiques et choisit d’en rire. La grande trouvaille de Bridget, c’est l’autodérision. Pour la première fois, une héroïne avait le droit d’être ridicule sans être punie pour ça, ni sauvée uniquement par un homme.

Quels sont les meilleurs romans de chick lit ?

Trois fondatrices — Fielding, Kinsella, Keyes — et trois héritières — McFarlane, O’Leary, Henry. Six titres qui couvrent trente ans du genre.

TitreSignéÉpoqueCe qu’il apporte
Le Journal de Bridget Jones (1996)Helen FieldingFondatriceL’autodérision, et Austen en filigrane
Confessions d’une accro du shopping (2000)Sophie KinsellaÂge d’orLe surendettement traité en comédie
Les Vacances de RachelMarian KeyesÂge d’orL’addiction — le sommet du genre
Parce que c’était nousMhairi McFarlaneHéritièreL’humour vachard et la mélancolie
À moi la nuit, toi le jour (2019)Beth O’LearyHéritièreL’idée la plus brillante de la décennie
Comme dans un roman d’étéEmily HenryHéritièreDeux écrivains rivaux, un pari d’été

Le succès appelle le succès. En 2000, Sophie Kinsella (pseudonyme de Madeleine Wickham) publie Confessions d’une accro du shopping. Becky Bloomwood, journaliste financière incapable de gérer son propre argent, devient l’autre icône du genre, et la série qui suivra comptera de nombreux tomes. L’ironie du personnage, une spécialiste des finances croulant sous les découverts, est plus fine qu’on ne l’a dit à l’époque.

L’Irlandaise Marian Keyes creuse un autre sillon depuis Watermelon (1995) et sa série consacrée aux sœurs Walsh : le rire posé sur des sujets qui ne font pas rire du tout. Les Vacances de Rachel raconte ainsi une cure de désintoxication, nourrie de l’expérience de l’autrice elle-même. C’est pour moi le sommet du genre, drôle et déchirant dans la même page, parfois dans la même phrase.

Les éditeurs, eux, voient surtout un filon. Les années 2000 seront celles des couvertures roses, des escarpins, des verres à cocktail et des collections dédiées. Cette uniformisation marketing a fait vendre des millions de livres. Elle a aussi enfermé des autrices très différentes dans un même emballage, et préparé le procès qui allait suivre.

Pourquoi le terme chick lit est-il devenu gênant ?

Parce qu’il signifie littéralement « littérature pour nanas ». Le mépris est dans le nom, et l’équivalent masculin, « lad lit », n’a jamais fonctionné comme un jugement de valeur.

L’expression apparaît au milieu des années 1990 aux États-Unis, dans une anthologie universitaire qui l’employait avec ironie, avant que le marketing ne s’en empare au premier degré. Littéralement, chick lit signifie quelque chose comme « littérature pour nanas ». Le mépris est dans le nom même.

Le problème, ce n’est pas d’aimer les histoires légères, c’est l’asymétrie. Nick Hornby écrivait au même moment des comédies sentimentales du point de vue masculin ; l’étiquette « lad lit » qu’on a tenté de lui accoler n’a jamais fonctionné comme un jugement de valeur. Pour les femmes, si. La case chick lit permettait de classer des romans sans les avoir lus, et des autrices entières y ont laissé leur crédibilité critique, quel que soit le sérieux de leurs sujets.

Résultat : le mot recule partout. Les maisons d’édition parlent désormais de comédie romantique ou de romance contemporaine, et beaucoup d’autrices refusent l’ancienne étiquette. Je continue pour ma part de l’employer entre lectrices, avec tendresse, comme un surnom de famille qu’on n’utilise pas devant les inconnus. Mais je comprends très bien qu’on l’enterre.

Qu’est-ce que la chick lit a réellement apporté ?

Des sujets durs traités avant tout le monde — addiction, surendettement, pression sociale — et une voie éditoriale sans laquelle ni le feel-good ni la comédie romantique moderne n’existeraient.

Sous la légèreté, le genre a traité des sujets durs avant beaucoup de monde : l’addiction chez Keyes, le surendettement chez Kinsella, la pression sociale sur les célibataires chez Fielding. Le tout à la première personne, avec une sincérité que la littérature dite sérieuse de l’époque accordait rarement au quotidien des femmes de trente ans. Relisez ces livres aujourd’hui : sous les couvertures roses, il y avait du fond.

Le genre a aussi ouvert une voie éditoriale. Sans lui, pas de vague feel-good telle qu’on la connaît, et pas davantage de comédie romantique moderne. Une bonne partie du roman d’amour contemporain descend en droite ligne de Bridget Jones, qu’elle le revendique ou non. Il a enfin créé des communautés de lectrices, des blogs, des forums, tout un bouche-à-oreille dont le site où vous me lisez est un lointain descendant.

Qui sont les héritières de la chick lit aujourd’hui ?

Mhairi McFarlane, Beth O’Leary et Emily Henry. Moins de shopping, plus de santé mentale et de consentement : l’humour est resté, le fond a suivi son époque.

Mhairi McFarlane, Écossaise, est ma préférée de la génération suivante. Parce que c’était nous, traduction de son premier roman, mélange l’humour vachard de l’ancienne école avec une mélancolie que le genre s’autorisait rarement. Ses héroïnes encaissent de vraies trahisons, pas seulement des rendez-vous ratés.

Beth O’Leary a signé avec À moi la nuit, toi le jour (2019) l’idée la plus brillante de la décennie : deux inconnus partagent un lit en horaires décalés et tombent amoureux par post-it interposés. Emily Henry, avec Comme dans un roman d’été, met face à face deux écrivains rivaux qui se lancent un pari, échanger leurs genres littéraires le temps d’un été.

La différence avec l’ancienne école saute aux yeux : moins de shopping, plus de santé mentale, de charge mentale et de consentement. L’humour est resté, le fond a suivi son époque. Et ces romans-là n’ont plus besoin d’étiquette diminutive pour être pris au sérieux, ce qui est peut-être la vraie victoire des pionnières.

Par où commencer la chick lit ?

Par Le Journal de Bridget Jones pour l’histoire du genre, par Kinsella pour rire, par Les Vacances de Rachel pour mesurer sa profondeur.

Pour l’histoire du genre, commencez à la source avec Le Journal de Bridget Jones, qui a mieux vieilli que sa réputation. Pour rire sans arrière-pensée, le premier tome des aventures de Becky Bloomwood. Pour mesurer ce que le genre sait faire de plus profond, Les Vacances de Rachel. Et pour une porte d’entrée contemporaine, À moi la nuit, toi le jour, qui cumule les qualités des trois précédents.

Presque tous ces romans se lisent indépendamment, inutile de respecter un ordre. Mes chroniques récentes du genre vivent dans la catégorie comédie romantique du site. C’est le nouveau nom d’un très vieil amour, et je le porte sans nostalgie excessive : ce qui compte, c’est que ces livres continuent d’exister.

Questions fréquentes sur la chick lit

Quel est le meilleur roman de chick lit ?

Les Vacances de Rachel de Marian Keyes, à mon sens le sommet du genre : une cure de désintoxication racontée avec un humour qui n’enlève rien à la gravité du sujet.

Quelle différence entre chick lit et comédie romantique ?

Aucune, sinon l’époque et le regard porté sur le genre. « Comédie romantique » est le terme employé aujourd’hui par les éditeurs, qui ont abandonné une étiquette jugée condescendante.

Faut-il lire les séries de chick lit dans l’ordre ?

Rarement. Presque tous ces romans se lisent indépendamment. Seules les séries suivies — Bridget Jones, Becky Bloomwood, les sœurs Walsh — gagnent à être lues dans l’ordre de parution.

La chick lit est-elle liée à Jane Austen ?

À retenir

Directement. Le Journal de Bridget Jones emprunte sa trame à Orgueil et Préjugés, jusqu’au nom de Mark Darcy. Helen Fielding n’a jamais caché cette filiation.