New romance : définition, codes et livres pour découvrir le genre

Le rayon romance de ma librairie a triplé de surface en dix ans, et la bannière « new romance » flotte au-dessus de la moitié des tables. Le terme est devenu si courant qu’on ne prend plus la peine de le définir. C’est l’objet de cette page : ce que la new romance désigne vraiment, d’où elle sort, et comment s’y retrouver quand on n’y connaît rien.

Une définition honnête de la new romance

Un roman broché à couverture pastel posé sur un plaid en grosse maille — guide New romance : définition, codes et livres pour découvrir le genre

La new romance désigne des romans d’amour contemporains mettant en scène de jeunes adultes, en gros entre dix-huit et trente ans, à l’université ou dans leurs premières années de vie active. Les scènes intimes y sont explicites, ou au moins très présentes, ce qui la distingue d’une bonne partie de la romance traditionnelle. Elle se publie volontiers en sagas de plusieurs tomes, avec des couvertures reconnaissables entre mille.

Voilà pour la théorie. En pratique, l’étiquette s’est élargie jusqu’à recouvrir à peu près toute la romance contemporaine un peu sensuelle, qu’elle vienne des États-Unis ou de France. Un roman de bureau comme un huis clos mafieux peuvent se retrouver sous la même bannière. Je m’en accommode : les genres littéraires ont toujours eu des frontières poreuses, celui-ci ne fait pas exception.

Un point m’importe : la new romance reste de la romance. L’histoire d’amour est le sujet du livre, pas un décor, et le dénouement est heureux dans l’immense majorité des cas. On lit ces romans pour l’émotion, pour la tension entre deux personnages, et pour la promesse que tout finira par s’arranger. Ce n’est pas un défaut, c’est le contrat.

Le genre a aussi grandi avec ses lectrices sur les réseaux. BookTok et Bookstagram font et défont les succès, les libraires suivent, les éditeurs aussi. Cette dimension communautaire explique qu’un titre confidentiel puisse devenir introuvable en quinze jours : le bouche-à-oreille numérique a remplacé la critique traditionnelle, pour le meilleur et pour le moins bon.

D’où vient le terme (de France, figurez-vous)

Contrairement à ce qu’on imagine, « new romance » n’est pas une appellation américaine. C’est une invention française. Au début des années 2010, l’éditeur Hugo lance une collection baptisée New Romance pour publier une vague de romans venus d’outre-Atlantique, avec parmi les premiers titres Beautiful Bastard du duo américain Christina Lauren. Les Anglo-Saxons, eux, parlent plutôt de « new adult » pour la même tranche d’âge.

Le raz-de-marée arrive en 2015 avec la traduction d’After d’Anna Todd. Le texte est né sur Wattpad, une plateforme d’écriture en ligne, sous forme de fanfiction autour du chanteur du groupe One Direction, et il y a accumulé un nombre de lectures qui se compte en centaines de millions. Hugo en fait un phénomène de librairie, le cinéma s’en empare à partir de 2019, et le mot new romance entre dans le vocabulaire courant des lecteurs français.

Il faut aussi rappeler le précédent Cinquante nuances de Grey d’E. L. James, publié au début des années 2010 et lui-même issu d’une fanfiction de Twilight. Le succès de cette trilogie a prouvé aux éditeurs qu’un lectorat adulte assumait de lire des histoires d’amour explicites dans le métro. Sans elle, la vague suivante n’aurait pas déferlé aussi vite.

New romance, romance classique, young adult : les différences

La romance traditionnelle, celle des collections sentimentales et des grands romans d’amour, peut suivre des héros de tout âge et ferme souvent la porte de la chambre. La new romance la laisse grande ouverte, et son écriture colle à l’oralité de ses jeunes narrateurs : première personne, présent, dialogues qui fusent, chapitres courts pensés pour être dévorés dans les transports.

La confusion avec le young adult est plus gênante. Le YA s’adresse aux adolescents, avec des protagonistes mineurs et sans scènes explicites. La new romance est une littérature d’adultes, même si de très jeunes lectrices s’en emparent, ce qui pose de vraies questions quand un livre à la couverture pastel contient des scènes crues ou des relations toxiques. Les éditeurs commencent à peine à l’indiquer clairement.

Reste la frontière avec la littérature érotique. Dans un roman érotique, le désir est le sujet. Dans une new romance, il est un moteur parmi d’autres : retirez les scènes intimes d’un bon titre du genre et l’histoire tient encore debout. C’est mon test personnel, il vaut ce qu’il vaut.

Les tropes, ce vocabulaire à apprivoiser

Impossible de parler du genre sans parler des tropes, ces schémas narratifs codifiés que la communauté s’échange en anglais sur les réseaux. On choisit souvent son prochain livre par trope, comme on choisit un plat à la carte. Les plus courants :

  • enemies to lovers : ils se détestent, ils vont s’aimer, et tout le plaisir est dans le chemin ;
  • second chance : deux ex se retrouvent des années après la rupture ;
  • fake dating : un couple factice qui cesse peu à peu de faire semblant ;
  • forced proximity : coincés ensemble, par une colocation, un mariage arrangé ou une tempête de neige ;
  • grumpy/sunshine : un ours et un rayon de soleil ;
  • slow burn : la tension monte très, très lentement, et c’est fait exprès.

Une branche voisine mérite un avertissement : la dark romance, qui met en scène des relations déséquilibrées, parfois violentes, avec enlèvements et anti-héros criminels. Elle a ses codes, ses garde-fous et ses débats, et on n’y entre pas par hasard. J’y consacre une rubrique entière sur ce site.

Les autrices et les sagas qui ont installé le genre en France

Anna Todd d’abord, donc, dont After reste la porte d’entrée historique malgré des défauts que je ne nierai pas : la relation centrale est franchement toxique par moments, et je l’ai pourtant dévorée. Chez le même éditeur, Audrey Carlan a cartonné avec Calendar Girl, publié à l’époque au rythme d’un tome par mois, et la Canadienne Elle Kennedy a imposé la romance de campus avec la série Off-Campus.

Le plus intéressant s’est produit ensuite : la France a cessé d’importer pour se mettre à produire. C.S. Quill est devenue une référence du genre avec Campus Drivers, quatre étudiants et leur application de chauffeurs privés. Morgane Moncomble, repérée sur Wattpad et signée chez Hugo en 2017, a dépassé le million et demi d’exemplaires avec sa saga Seasons, dont des adaptations pour la télévision et pour Disney+ ont été annoncées.

Et puis il y a Sarah Rivens, révélée sur Wattpad en 2020, dont la saga dark romance Captive, publiée chez BMR en 2022, s’est écoulée à environ 700 000 exemplaires sur la seule année 2023, de quoi la placer parmi les auteurs francophones les plus vendus du pays. Qu’on adhère ou non, et je suis partagée, c’est un fait éditorial majeur.

Par où commencer ?

Ma réponse dépend de vous. Si vous voulez comprendre le phénomène à sa source, lisez After en connaissance de cause. Si vous préférez rire, la romance de campus (The Deal d’Elle Kennedy, Campus Drivers) est le point d’entrée le plus aimable qui soit. Si vous cherchez l’émotion qui laisse des traces, Brittainy C. Cherry. Et si vous voulez du made in France, Morgane Moncomble déçoit rarement.

Dernier conseil de lectrice échaudée : vérifiez toujours si le livre est le premier d’une saga. Le genre adore les tomes multiples et les fins suspendues, et rien n’agace plus que de découvrir en dernière page qu’il faudra racheter trois volumes.

J’ai détaillé tout cela, titre par titre, dans ma sélection de livres new romance. La qualité du genre est inégale, autant le dire, mais les bons titres procurent un plaisir de lecture que peu de littératures offrent avec cette générosité. C’est déjà beaucoup.