« Quand nos souvenirs viendront danser » : Virginie Grimaldi est de retour
Nous sommes le 2 mai, le nouveau Virginie Grimaldi arrive aujourd’hui en librairie chez Fayard, et je fais partie des chanceuses qui ont pu le lire un peu en avance. Je vous le dis tout net : « Quand nos souvenirs viendront danser » est mon préféré de l’autrice, et pourtant « Il est grand temps de rallumer les étoiles » avait placé la barre haut l’an dernier.
Marceline a 84 ans et vit dans une petite impasse où elle a passé l’essentiel de sa vie, entourée de voisins qui ont vieilli avec elle. Quand le maire annonce qu’il va tout raser, leurs maisons, leurs mémoires, leurs vies, les vieilles rancunes de voisinage passent à la trappe : on s’allie, et on se bat. À travers le récit de ce combat et les souvenirs de Marceline qui remontent, Virginie Grimaldi déroule une grande histoire d’amour, des secrets de famille et cette amitié particulière qui se tisse entre gens qui se connaissent depuis toujours.
Des octogénaires qui résistent, et nous avec
Une héroïne de 84 ans, il fallait oser, et c’est la meilleure idée du roman. Marceline a une voix inoubliable : drôle, piquante, sans complaisance envers elle-même, avec cette liberté de ton des gens qui n’ont plus rien à prouver. Ses voisins octogénaires forment une troupe irrésistible, et leur résistance face aux pelleteuses m’a émue bien au-delà de ce que j’imaginais. Parce que derrière la bataille contre la mairie, c’est de mémoire qu’il s’agit : que reste-t-il de nous quand on détruit les murs qui ont abrité notre vie ?
J’ai fini ma lecture dimanche soir, à une heure indécente, mon chat endormi sur les genoux, en alternant rires et larmes selon la recette Grimaldi. Car c’est bien sa marque de fabrique : vous faire pouffer sur une réplique de Marceline, puis vous cueillir deux paragraphes plus loin avec un souvenir qui remonte. Ici, la mécanique m’a semblé encore plus fine que d’habitude, sans doute parce que le temps qui passe est le vrai sujet du livre.
Cinq printemps, cinq romans
Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se souvenir que « Le premier jour du reste de ma vie » est sorti en 2015 chez City, presque sans bruit, avant que le bouche-à-oreille des lectrices ne s’en mêle. Ont suivi « Tu comprendras quand tu seras plus grande » en 2016, chez Fayard cette fois, « Le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie » en 2017, puis « Il est grand temps de rallumer les étoiles » l’an dernier. Un roman chaque printemps, un succès à chaque fois, et un rendez-vous qui s’est installé tout seul dans nos calendriers de lectrices, quelque part entre le muguet et les premières terrasses.
Ce qui me frappe avec ce cinquième livre, c’est la progression. Grimaldi avait déjà posé ses valises dans une maison de retraite avec « Tu comprendras quand tu seras plus grande », mais c’est la première fois qu’elle confie tout le roman aux épaules d’une aînée, sans jeune héroïne pour servir de relais au lecteur. Le pari était risqué, il est gagné. Et il confirme que le feel-good français a trouvé sa voie : après des années à regarder les Anglo-Saxonnes, nous avons désormais nos autrices qui assument de faire du bien sans s’excuser, et qui prouvent au passage qu’un personnage de plus de 80 ans peut devenir le chouchou des librairies.
Une chose encore : si vous n’avez jamais lu Grimaldi, vous pouvez commencer par celui-ci sans aucun problème, ses romans sont indépendants les uns des autres. Il tombe d’ailleurs à pic, à quelques semaines de la fête des mères, et je dis ça sans aucune arrière-pensée commerciale, juste avec l’expérience de celle qui cherche chaque année un cadeau qui ne finira pas au fond d’un placard. Pendant ma lecture, je n’ai pas arrêté de penser à l’impasse de mon enfance, celle de mes grands-parents, rasée il y a une dizaine d’années pour faire un parking de supermarché. J’ai ressorti les photos en refermant le livre. Un roman qui vous fait rouvrir les albums de famille un dimanche à minuit, c’est un roman qui a touché quelque chose de vrai.
Faut-il le lire ? Oui, trois fois oui. Offrez-le à votre grand-mère, à votre voisine, à vous-même. Et si vous croisez une impasse fleurie en vous promenant ce printemps, vous penserez à Marceline, c’est garanti. Le rendez-vous de mai est pris : Virginie Grimaldi n’a pas déçu, et je la relis quand elle veut.