« La Vie rêvée de Margaret », le feel-good de l’hiver
L’hiver se termine, et il est temps que je vous parle du roman qui l’a illuminé pour moi : « La Vie rêvée de Margaret » de Katherine Center, paru en début d’année chez Milady dans leur collection dédiée aux romans qui font du bien. Sauf que celui-ci commence par faire très mal, et c’est exactement ce qui le rend si fort.
Deux mots sur l’autrice, parce qu’elle mérite mieux que sa discrétion chez nous. Katherine Center écrit depuis plus de dix ans : son premier roman, « The Bright Side of Disaster », date de 2006, et elle a signé depuis plusieurs autres titres, dont « Happiness for Beginners ». « How to Walk Away », paru en mai 2018 aux États-Unis, s’est installé sur la liste des meilleures ventes du New York Times dès sa sortie. La traduction de Nathalie Guillaume est arrivée chez Milady à la mi-janvier, 476 pages qui filent toutes seules, et c’est la première fois que cette autrice croise ma route. Je peux déjà vous dire que ce ne sera pas la dernière.
Margaret est à deux doigts de la vie parfaite : le job de ses rêves qui lui tend les bras, un fiancé qu’elle adore. Et puis tout s’écroule en quelques instants. Un vol en petit avion, avec Chip aux commandes, qui tourne au drame : lui s’en sort indemne, elle se réveille à l’hôpital, gravement blessée, face à l’impensable. Ses jambes ne la portent plus, et rien ne sera plus jamais comme avant.
Dit comme ça, vous vous demandez où est le feel-good, et je vous comprends. Il est partout, justement. Dans l’humour de Margaret, qui refuse de devenir un personnage tragique. Dans sa famille compliquée qui débarque à l’hôpital avec ses secrets sous le bras. Et dans la salle de rééducation, où l’attend Ian, un kiné écossais du genre taiseux, fâché avec les mots d’encouragement, qui va devenir bien plus intéressant que prévu. Je n’en dis pas plus.
Rire et pleurer dans la même page
Ce roman m’a fait un coup que peu de livres réussissent : me faire pleurer dans le bus, à la page où Margaret comprend l’étendue de ce qu’elle a perdu, puis me faire rire trois pages plus loin. Katherine Center écrit la reconstruction sans pathos ni leçons de vie en carton. Son héroïne a le droit d’être en colère, d’être injuste, de ne pas être inspirante, et c’est ce qui la rend si attachante. On pense forcément à Jojo Moyes, et la comparaison tient la route.
Ce que Katherine Center réussit mieux que la plupart des feel-good que je lis, c’est le temps. La reconstruction de Margaret prend des semaines et des mois, avec des paliers, des rechutes, des victoires minuscules, et le roman ne triche jamais avec cette lenteur-là. En face, une petite réserve : certains fils de l’intrigue familiale se dénouent un peu vite à mon goût, comme si l’autrice avait manqué de pages pour leur rendre justice. Rien qui gâche la lecture, mais je l’ai noté.
Le roman est sorti l’an dernier en anglais sous le titre « How to Walk Away », un titre que je trouve encore plus juste : comment s’éloigner d’une vie rêvée qui n’existera pas, pour en construire une autre, à soi. C’est toute la question du livre, et la réponse qu’il propose m’a mise en joie pour des semaines.
À qui le mettre entre les mains
Si vous avez aimé « Avant toi » de Jojo Moyes, c’est une évidence : même façon de traiter un sujet grave sans renoncer à la légèreté, même héroïne qui refuse qu’on la résume à son accident. Je le conseille aussi à celles qui se méfient des romans d’hôpital : celui-ci ne s’attarde jamais dans le sordide, et la salle de rééducation devient vite le décor le plus vivant du livre. Le bon moment pour le lire : un week-end gris de mars, exactement celui que nous traversons, quand on a besoin qu’un livre nous secoue puis nous répare.
Depuis que je l’ai terminé, mon exemplaire circule. Je l’ai prêté à une collègue qui traversait un hiver compliqué ; elle me l’a rendu avec trois tickets de métro en guise de marque-pages et un simple « merci, j’en avais besoin ». C’est exactement ce genre de livre : un livre qu’on ne range pas, qu’on fait passer.
Verdict : le feel-good de l’hiver, sans hésitation. Prévoyez des mouchoirs pour la première moitié et un sourire idiot pour la seconde. Et si comme moi vous découvrez Katherine Center avec ce roman, je crois que nous tenons là une autrice à suivre de très près.