« Chaussures à son pied » : Marianne Levy revisite Cendrillon
Vous vous souvenez peut-être de tout le bien que je pensais de « La malédiction de la zone de confort », qui m’avait fait passer un automne 2017 délicieux. Autant vous dire que quand j’ai appris que Marianne Levy s’attaquait à Cendrillon, j’ai trépigné. « Chaussures à son pied » sort aujourd’hui chez Pygmalion, dans cette jolie collection « Il était une fois » qui propose des visions modernes de nos contes d’enfance, et je l’ai dévoré d’une traite dimanche dernier, pyjama et chocolat chaud compris.
Le principe : reprendre Cendrillon et la faire descendre de son carrosse pour la confronter à notre époque. Direction Londres, où vit Samuel, un apprenti dramaturge qui se rêve en prochain Shakespeare, et dont la colocataire s’est mis en tête de lui prouver que Cendrillon est bien plus qu’un conte de fées. Je ne vous en dirai pas davantage sur la mécanique de l’intrigue, parce que le plaisir de cette lecture tient justement à la façon dont l’autrice détourne les étapes du conte, et je refuse de vous gâcher une seule surprise.
Moderniser un conte sans le trahir
L’exercice de la réécriture de conte est piégeux. Trop fidèle, on s’ennuie ; trop libre, on se demande pourquoi avoir convoqué Cendrillon. Marianne Levy trouve le point d’équilibre : on reconnaît les jalons du conte, on les attend même avec gourmandise, et à chaque fois elle les décale juste assez pour nous surprendre. Son humour fait le reste. J’ai retrouvé cette plume vive qui m’avait conquise, ces dialogues qui fusent et cette tendresse pour des personnages imparfaits.
C’est aussi là que ce roman fait mieux que la plupart des réécritures que j’ai pu croiser : il n’utilise pas le conte comme un simple argument de couverture. Beaucoup de « Cendrillon modernes » se contentent de saupoudrer deux citrouilles et une godasse perdue sur une comédie standard. Ici, la structure du conte irrigue vraiment l’histoire, jusqu’à des correspondances que je n’ai remarquées qu’après coup, en repensant à ma lecture dans le métro. Ce genre de construction discrète, c’est du travail, et ça se respecte.
Marianne Levy, des blogueuses mode aux contes de fées
Pour celles qui découvriraient l’autrice avec ce billet, un mot de parcours. Marianne Levy s’est d’abord fait connaître avec « Dress code et petits secrets » et sa suite américaine, une chick lit parisienne pétillante dont j’avais parlé ici à l’époque, avant de passer à la comédie romantique plus construite avec « La malédiction de la zone de confort ». « Chaussures à son pied » confirme la direction : toujours l’humour, mais des histoires qui gagnent en profondeur à chaque livre. Suivre une autrice qui progresse de roman en roman, c’est un des grands plaisirs de blogueuse, et celle-ci ne m’a encore jamais déçue.
Petite confidence : Cendrillon est le conte de mon enfance, celui que je réclamais tous les soirs. J’abordais donc cette relecture en terrain sensible, prête à défendre ma pantoufle de vair becs et ongles. Vair ou verre, d’ailleurs, la querelle dure depuis des générations de lecteurs de Perrault, et je vous laisse deviner de quel côté penche le roman. Je ressors conquise, parce que le livre ne se moque jamais du conte. Il le questionne, gentiment : et si le prince n’était pas celui qu’on croit ? Et si la vraie transformation n’avait rien à voir avec une robe de bal ?
À qui conseiller ces 384 pages ? Aux amatrices de comédies romantiques anglaises, évidemment, puisque Londres et l’humour british sont au rendez-vous. À celles qui ont grandi avec les contes et gardent un compte à régler avec leurs princesses trop sages. Et même aux allergiques déclarées au merveilleux : ici, la magie passe par les coïncidences et les quiproquos, pas par les baguettes. Si vous aimez les contes revisités avec malice et les histoires qui réchauffent en plein hiver, vous savez ce qu’il vous reste à faire aujourd’hui en sortant du travail. Moi, je vais aller relire Perrault, pour comparer, et rêver un peu.