« Comme si c’était toi » de Mhairi McFarlane : mon premier coup de cœur de l’année
Je l’avais repéré en librairie en décembre, avec sa couverture qui promettait une énième comédie anglaise gentillette. Je l’ai ouvert entre Noël et le jour de l’an « juste pour voir les vingt premières pages ». Je l’ai fini à deux heures du matin. Voilà, la chronique pourrait s’arrêter là.
« Comme si c’était toi », paru chez Milady en décembre, est le premier roman de Mhairi McFarlane, une Écossaise dont je n’avais jamais entendu parler et dont je guetterai désormais chaque traduction. L’histoire : Rachel, chroniqueuse judiciaire à Manchester, passe ses journées au tribunal à couvrir des procès plus glauques les uns que les autres. Un jour, elle recroise Ben. Ben, son ami inséparable de la fac, celui avec qui tout aurait pu arriver et avec qui rien n’est arrivé. Dix ans ont passé. Il est avocat. Il est surtout marié.
Petite enquête d’après-lecture, parce que ce niveau de justesse m’intriguait : le roman est paru en Angleterre en 2012 sous le titre « You Had Me at Hello », et il a fait un carton là-bas, au point de devenir à sa sortie le plus gros succès numérique de l’histoire de HarperCollins. Surtout, McFarlane est une ancienne journaliste de presse locale, qui a quitté sa rédaction pour tenter l’écriture. Voilà pourquoi le quotidien de Rachel sonne aussi vrai : les couloirs du tribunal, les bouclages, le cynisme de salle de rédaction, tout ça est écrit par quelqu’un qui y a vécu. Ce n’est pas du décor, c’est du vécu recyclé, et la différence se sent à chaque page.
De l’humour anglais avec un vrai fond
Ce qui fait la différence avec des dizaines de romans construits sur la même trame, c’est la voix. Rachel est drôle, mais pas de cette drôlerie de façade qu’on trouve dans les comédies paresseuses. Elle est drôle comme on l’est pour ne pas pleurer. Les dialogues claquent, les répliques m’ont fait rire toute seule dans le métro (la dame en face de moi a changé de place, je la comprends), et les retours en arrière sur les années de fac sont d’une justesse qui fait mal. On a tous eu un Ben ou une Rachel dans notre vie, quelqu’un resté coincé dans la case « et si ».
Je dois être honnête sur un point : le roman prend son temps, et le ventre mou du milieu m’a semblé un peu long. Une centaine de pages auraient pu sauter sans que l’histoire en souffre. Mais McFarlane rattrape tout par sa façon de refuser la facilité. Ben est marié, et le livre prend ce mariage au sérieux au lieu d’en faire un obstacle en carton. C’est ce qui rend la fin aussi satisfaisante : elle est méritée, pas offerte.
Pour qui est ce roman ?
On va forcément le ranger au rayon des héritières de Bridget Jones, et il y a de ça dans l’autodérision de Rachel. Mais la parenté qui m’a le plus frappée, c’est « Un jour » de David Nicholls : même mélancolie sous la blague, même façon de faire de l’amitié ratée une histoire d’amour au long cours. Si ce livre-là vous avait cueillie, celui-ci le fera aussi. Je le conseille à celles qui traînent un « et si » dans un coin de leur mémoire, à celles qui veulent rire et être remuées dans le même chapitre, et je le déconseille à celles qui exigent un rythme tendu de bout en bout : ici, on flâne, et la flânerie fait partie du charme.
Preuve de mon niveau d’atteinte : j’ai lu des passages entiers à voix haute à ma meilleure amie au téléphone, un soir de janvier, en imitant très mal l’accent anglais. Elle a acheté le livre le lendemain. C’est mon baromètre le plus fiable, et il est rarement monté aussi haut en plein mois de janvier.
Si vous aimez les comédies anglaises qui ont du mordant et un peu de mélancolie sous le vernis, foncez. Moi, je commence l’année avec un coup de cœur, et j’espère que Milady traduira vite la suite de sa bibliographie. Vous l’avez lu ? Racontez-moi en commentaire si vous aussi vous avez raté votre station de métro à cause de Rachel.