Le roman que je prête à ceux qui disent ne pas aimer la comédie romantique
Comédie romantique·4 min de lecture
Il existe une catégorie de livres à part dans ma bibliothèque : ceux que je prête. Pas ceux que j’aime le plus, ce n’est pas la même chose. Ceux que je mets dans les mains de quelqu’un en disant « lis les vingt premières pages et on en reparle ». Ma vie, mon ex et autres calamités de Marie Vareille, paru chez City l’année dernière, est arrivé en tête de cette liste sans que je m’en aperçoive. Je viens de le relire, et j’ai enfin compris pourquoi.
Petit rappel pour ceux qui débarquent. Juliette a un amoureux, un travail, un appartement et trente et une paires de chaussures. En quelques jours, elle se retrouve célibataire, au chômage et sans logement. Après un temps de déprime réglementaire devant sa série préférée, une série de quiproquos la pousse à prendre l’avion, qu’elle redoute plus que tout, pour aller voir de ses yeux ce que devient son ex aux Maldives.
Relire une comédie quand on connaît la fin
Je relis peu, par manque de temps et parce que ma pile me regarde de travers. Mais relire une comédie romantique est un exercice intéressant, parce qu’on ne peut plus se cacher derrière l’envie de savoir comment ça finit. Quand le suspense est éventé, il ne reste que la façon dont c’est écrit, et beaucoup de romans du genre ne survivent pas au test. Celui-ci s’en sort mieux la deuxième fois que la première, ce qui est rare.
La raison tient à la voix de Juliette. On ne relit pas une intrigue, on relit une compagnie. Et cette héroïne est de très bonne compagnie, avec sa manie de commenter ses propres catastrophes en direct et son aptitude au ridicule qu’elle ne cherche même plus à combattre. J’ai ri à des endroits qui m’avaient échappé la première fois, notamment dans les petites remarques glissées en passant, celles qu’on saute quand on lit trop vite pour connaître la suite.
Pourquoi il convertit les sceptiques
Voilà le vrai sujet de ce billet. Nous connaissons tous quelqu’un qui lève les yeux au ciel devant nos couvertures pastel et qui explique doctement que ce n’est pas de la littérature. J’ai testé plusieurs romans sur ce public difficile, avec des résultats variables. Celui-ci fonctionne à tous les coups, et je crois savoir pourquoi.
D’abord parce qu’il est drôle avant d’être romantique. L’amour arrive, bien sûr, mais le moteur du livre est ailleurs, du côté d’une femme qui doit reconstruire une existence entière avec les moyens du bord. Un lecteur réfractaire au genre entre par cette porte-là sans se sentir agressé. Ensuite parce que l’écriture est nette, sans effet, sans ces envolées qui font fuir. Marie Vareille écrit court, elle place ses chutes, elle ne s’admire pas en train d’écrire.
Il y a enfin la question du décor. Une héroïne française, un quotidien français, des tracas qu’on reconnaît immédiatement. Le sceptique moyen associe souvent la comédie romantique à un univers anglo-saxon qu’il juge lointain. Ici, il n’a pas cet argument sous la main, et il se retrouve à tourner les pages en grommelant. C’est un plaisir que je recommande.
Ce que la relecture m’a fait voir
Un détail m’avait échappé au premier passage : la peur de l’avion n’est pas là pour faire rire. Elle sert de mesure à tout le reste. Juliette accepte de monter dans cet avion au moment précis où elle décide de reprendre la main sur sa propre histoire, et le roman ne souligne jamais cette correspondance, il la laisse travailler toute seule. C’est plus subtil que je ne l’avais cru.
En revanche, la fin me paraît toujours un peu rapide, et je maintiens ce que j’en pensais. Deux ou trois personnages disparaissent des radars alors qu’on s’y était attaché. Ce n’est pas grave, mais ça se remarque davantage quand on n’a plus l’urgence de connaître le dénouement pour excuser la vitesse.
Bref, il est reparti dans un sac hier, prêté à une nouvelle victime consentante. Je crois que c’est le troisième exemplaire que je fais circuler, les précédents ne sont jamais revenus, ce qui est le destin normal des bons livres. Si vous avez un candidat récalcitrant dans votre entourage, essayez celui-ci et racontez-moi le résultat.