« Là où tu iras j’irai » : Marie Vareille m’embarque en Italie
Il y a des romans qu’on choisit pour leur résumé et d’autres qu’on prend les yeux fermés à cause du nom sur la couverture. Marie Vareille fait partie de la deuxième catégorie pour moi. Son nouveau roman, « Là où tu iras j’irai », est sorti mi-mars chez Mazarine, et je l’ai embarqué dans le train pour un week-end chez mes parents. Erreur stratégique : j’ai ri toute seule au milieu du wagon, et ma voisine de siège m’a regardée de travers pendant deux heures.
Quatrième roman en trois ans pour Marie Vareille, et quel parcours déjà : « Ma vie, mon ex et autres calamités » en 2014, « Je peux très bien me passer de toi » l’année suivante chez Charleston, que j’avais eu la chance de chroniquer ici avant même sa sortie, puis un détour par le young adult l’an dernier avec « Elia, la passeuse d’âmes » chez Pocket Jeunesse. La voilà maintenant chez Mazarine. Une plume qui refuse de s’installer dans une case, et moi qui la suis de case en case sans me faire prier.
Isabelle a 32 ans, un chihuahua nain prénommé Woody-Allen et une carrière d’actrice qu’elle compare elle-même au Titanic. Quand son copain la quitte parce qu’elle a refusé de l’épouser, elle touche le fond. C’est le moment que choisit une adolescente pour lui faire une proposition insensée : la payer pour séduire son père, un célèbre producteur, parce qu’Isabelle ressemble à sa femme disparue. On a connu des débuts de roman plus raisonnables, et c’est exactement pour ça que j’ai signé.
La voilà donc partie pour l’Italie, dans la maison de vacances de la famille Kozlowski, richissime et complètement déjantée. Pour mener sa mission en toute discrétion, Isabelle doit jouer les nannys anglaises irréprochables auprès de Nicolas, huit ans. Et c’est là que le roman bascule : Nicolas n’a pas prononcé un mot depuis la mort de sa mère, cinq ans plus tôt.
Le rire d’abord, l’émotion en embuscade
Je m’attendais à une comédie pétillante, et je l’ai eue : les situations s’enchaînent, les répliques claquent, la famille Kozlowski mériterait sa propre série. Mais ce que je n’avais pas vu venir, c’est ce petit garçon muré dans le silence, et la relation qui se tisse entre lui et cette fausse nanny qui n’avait rien demandé. Marie Vareille parle de deuil sans jamais plomber son histoire, et cet équilibre-là, franchement, peu d’autrices le tiennent aussi bien.
Par rapport à « Je peux très bien me passer de toi », qui m’avait déjà conquise, je trouve qu’elle a gagné en profondeur. La comédie est toujours aussi bien huilée, mais l’émotion n’attend plus sagement la fin du roman : elle circule partout, discrète, dans les scènes entre Isabelle et Nicolas surtout. C’est le signe des autrices qui grandissent de livre en livre, et ça promet pour la suite.
Mon petit bémol, parce qu’il en faut un : certaines ficelles de l’intrigue se devinent d’assez loin. Mais je serais de mauvaise foi si je disais que ça m’a gâché le voyage. On ne lit pas ce genre de roman pour être surprise à chaque page, on le lit pour le plaisir du trajet, et le trajet vaut le détour.
Pour qui, pour quel moment
Si vous cherchez la lecture parfaite de printemps, celle qu’on lit au premier soleil sur un banc en oubliant l’heure, c’est exactement ça. Je le conseille aux amatrices de comédies qui ne veulent pas choisir entre rire et être émues, à celles qui rêvent d’Italie dès les premiers bourgeons, et à toutes celles qui ont un faible pour les tribus familiales envahissantes, les vraies, celles qu’on adore détester dans les romans parce qu’on en possède une version miniature à la maison.
Preuve de l’effet Vareille : à peine rentrée de mon week-end, j’ai laissé mon exemplaire à ma mère, qui réclamait « un livre drôle mais pas bête ». Elle m’a appelée hier pour me dire deux choses : que Woody-Allen était le meilleur personnage de chien de sa vie de lectrice, et qu’elle voulait les trois romans précédents pour son anniversaire. Dossier clos.
Si vous cherchez une lecture de printemps qui fait du bien sans être creuse, qui fait rire sans être bête et qui vous cueille par surprise au détour d’un chapitre, foncez. Moi, je sais déjà que je relirai du Marie Vareille les yeux fermés.