« Écoutez-moi » de Lou Ledrut, ma nouvelle découverte Fyctia
Vous connaissez ma tendresse pour Fyctia, cette plateforme d’écriture de la maison Hugo où les lecteurs découvrent les textes au fil des chapitres et où les concours font émerger de nouvelles plumes. J’y ai fait de jolies trouvailles, et j’en tiens une nouvelle : Lou Ledrut, révélée par le concours Sing, dont le premier roman « Écoutez-moi » sort aujourd’hui même en numérique.
Petit rappel du principe pour celles qui n’auraient pas suivi : sur Fyctia, les auteurs publient leurs chapitres au fur et à mesure, les lecteurs lisent, commentent, votent, et au bout du concours la plume gagnante décroche la publication. « Écoutez-moi » a remporté le concours Sing dans la catégorie young adult, et la récompense est là, sous nos yeux : un vrai roman, terminé, retravaillé, publié. J’aime beaucoup cette idée qu’un livre puisse exister parce que des lectrices comme vous et moi ont dit oui chapitre après chapitre.
Lily a presque dix-sept ans et un rêve qui prend toute la place : devenir chanteuse. Puis vient l’accident, celui qui fait basculer tous les plans, et cette question qui donne son vertige au roman : comment devenir chanteuse quand on a perdu sa voix ?
Je l’ai lu hier soir sur ma liseuse, sous la couette, en me disant « encore un chapitre et je dors ». Vous connaissez la suite : il était bien plus de minuit quand j’ai refermé l’histoire de Lily, et j’ai mis du temps à m’endormir. Ce genre de pitch pourrait tomber dans le mélo facile ; ici, non. On souffre avec Lily, on s’accroche avec elle, et on tourne les pages en apnée.
Ce que Fyctia change pour une plume
Ce qui me touche dans le parcours de Lou Ledrut, c’est qu’elle raconte avoir longtemps accumulé les histoires inachevées, avant que Fyctia et ses lecteurs ne la portent jusqu’au mot fin. On sent d’ailleurs dans son écriture cette énergie particulière des textes nés sous les yeux d’un public : des chapitres qui avancent vite, des fins de scène qui donnent envie d’enchaîner, une vraie générosité envers le lecteur.
La plateforme n’a que deux ans, elle est née en 2015 dans le giron de Hugo, et je la fréquente depuis presque le début. Ce que j’y ai gagné, c’est une autre façon de lire : l’impatience du chapitre suivant, le plaisir de voir une histoire se construire presque en direct, et cette impression rare d’avoir participé, à ma toute petite échelle, à l’existence d’un livre. Quand le roman arrive ensuite en version finale, comme aujourd’hui, on le retrouve comme une vieille connaissance qui aurait bien grandi.
Tout n’est pas encore parfaitement maîtrisé, et je préfère vous le dire : quelques passages auraient gagné à être davantage creusés, on sent la jeune autrice qui apprend son métier. Mais il y a là une voix, c’est le cas de le dire, et une sincérité qui emporte tout. Les premiers romans qui me donnent envie de suivre une autrice sur la durée ne sont pas si fréquents ; celui-ci en fait partie.
Un mot sur le thème, parce qu’il aurait pu me faire fuir. Les romans avec la musique en toile de fond tombent souvent dans deux pièges : le catalogue de références pour faire crédible, ou le rêve de gloire en carton-pâte. Ici, la musique n’est pas un décor, c’est une perte. Tout le roman se tient dans ce manque, dans ce qu’on reconstruit quand le plan A s’est envolé, et c’est ce qui le rend plus adulte que son étiquette young adult ne le laisse deviner.
À qui je conseille cette lecture
Si vous avez seize ans et des rêves trop grands, ce roman est pour vous, évidemment. Mais je le glisserais tout autant entre les mains des lectrices qui, comme moi, ont passé l’âge de Lily depuis un moment : l’histoire parle de ce qu’on fait quand la vie confisque ce qu’on croyait être toute notre identité, et ça, ça n’a pas d’âge. Prévoyez une soirée entière, il se lit d’une traite, et gardez un mouchoir à portée, au cas où.
Ma petite cousine de quinze ans, à qui je refile mes découvertes young adult depuis deux étés, me réclamait justement « un livre qui ne prend pas les ados pour des idiotes ». Je le lui ai transféré ce matin même, avec interdiction formelle de me révéler ses passages préférés avant nos vacances d’août. Je vous raconterai son verdict, il est souvent plus sévère que le mien.
Si vous aimez les héroïnes cabossées qui se battent, les histoires qui parlent de rêve et de reconstruction sans niaiserie, et si vous avez envie d’encourager une plume française qui débute, écoutez-la. Le titre est un programme, et je n’ai pas regretté de m’y être tenue.