« Love and Other Words », mon gros coup de cœur
Il y a des livres qu’on chronique par habitude, et des livres qu’on chronique parce qu’on ne peut pas faire autrement. « Love and Other Words », sorti mi-novembre chez Hugo Roman, appartient à la deuxième catégorie. Je l’ai terminé il y a une semaine et je pense encore à Macy et Elliot tous les jours. Autant vous le dire tout de suite : c’est mon plus gros coup de cœur de l’année.
Macy est interne en pédiatrie. Elle prépare son mariage avec un homme plus âgé, rassurant, avec qui elle garde soigneusement ses distances émotionnelles. Une vie parfaite sur le papier, verrouillée de partout. Et puis un jour, elle tombe sur Elliot. Son premier amour. Le seul, en vérité. Et tout ce qu’elle avait construit commence à se fissurer, doucement, inexorablement.
Le passé et le présent qui se répondent
Le roman alterne entre hier et aujourd’hui : d’un côté l’adolescence de Macy et Elliot, la construction lente et délicieuse de leur lien ; de l’autre leurs retrouvailles d’adultes, chargées de tout ce qui n’a pas été dit. Cette construction est d’une efficacité redoutable, parce qu’une question nous ronge pendant tout le livre : que s’est-il passé pour que ces deux-là se perdent ? Je ne dirai rien, évidemment. Sachez juste que la réponse m’a cueillie, et que j’ai pleuré dans le RER comme une madeleine, sous le regard gêné d’un monsieur en costume.
Je connaissais Christina Lauren en mode pétillant, celui de Josh et Hazel, chroniqué ici cet été. Ce roman-ci n’a rien à voir : c’est leur registre grave, mélancolique, et il leur va incroyablement bien. L’écriture prend son temps, les silences comptent autant que les dialogues, et l’histoire d’amour est de celles qui paraissent vraies, avec ce que ça suppose de maladresses et de rendez-vous manqués.
Qui se cache derrière Christina Lauren
Petit rappel pour celles qui découvrent : Christina Lauren n’existe pas, ou plutôt elles existent en double. Derrière le pseudonyme, deux meilleures amies américaines, Christina Hobbs et Lauren Billings, qui écrivent à quatre mains depuis « Beautiful Bastard » en 2013, un roman né d’une fanfiction devenue phénomène. Le duo s’est fait connaître par des comédies romantiques pétillantes et des romances plus sexy, enchaînées avec un métier impressionnant. « Love and Other Words » est paru aux États-Unis en avril 2018, chez Gallery Books, et je comprends mieux maintenant pourquoi les lectrices anglophones en parlaient avec des trémolos : c’est leur livre le plus intime, celui où la mécanique s’efface derrière l’émotion.
Ce roman est pour vous si les histoires de seconde chance vous cueillent à tous les coups, et si vous préférez les amours qui mûrissent pendant dix ans aux coups de foudre expédiés en trois chapitres. Les lectrices de « Un jour » de David Nicholls devraient s’y sentir chez elles : même patience, même art de faire mal exactement au bon moment. Gardez-le en revanche pour un moment où vous pouvez pleurer tranquille, le RER, j’ai testé pour vous, n’est pas l’endroit. L’idéal reste un dimanche entier devant soi, parce que vous ne le poserez pas.
Depuis, j’ai fait ma missionnaire : un exemplaire acheté pour ma meilleure amie, un autre déjà prévu dans le paquet de Noël de ma sœur. Quand un livre me fait cet effet-là, je deviens ingérable en librairie, et mon banquier commence à le savoir.
Un défaut ? Le fiancé de Macy frôle parfois la caricature de l’homme qu’on doit quitter. C’est à peu près tout ce que j’ai trouvé à redire, et encore, en cherchant bien. Pour le reste, ce livre m’a rappelé pourquoi je lis de la romance : pour ces moments où une histoire inventée vous serre le cœur plus fort que la vraie vie. Si vous ne devez lire qu’une romance avant la fin de l’année, que ce soit celle-ci. Et prévoyez des mouchoirs, je ne plaisante qu’à moitié.