« Et puis soudain » : Laura S. Wild revient et frappe plus fort
New romance·4 min de lecture
J’aurais pu vous parler de Succomber dès sa sortie début septembre. J’ai préféré attendre Lutter, qui paraît aujourd’hui, parce que le premier tome s’arrête à un endroit qui rend toute chronique isolée un peu malhonnête. Voilà donc mon avis sur les deux premiers volumes d’Et puis soudain, la nouvelle série de Laura S. Wild chez Hugo Roman.
Petit rappel pour celles qui découvrent l’autrice : Laura S. Wild s’est fait connaître avec My escort love, qui avait décroché le prix du meilleur roman français au festival New Romance en 2016. J’avais beaucoup aimé cette première série, sans être certaine que l’autrice arriverait à en écrire une deuxième aussi tenue. Réponse : oui, et avec plus de maîtrise.
Lia, Chris et Matt, un trio qui tient debout tout seul
Lia Gomes a vingt-trois ans, elle est décoratrice d’intérieur à New York, et le destin ne l’a pas ménagée. Chaque jour, elle se bat pour retrouver quelque chose qui ressemble à une vie normale, entourée de ses deux meilleurs amis, Chris et Matt, aussi possessifs qu’attachants. Depuis six ans, les trois ne se quittent plus. Ensemble, ils forment un mur contre les démons du passé de Lia, et ce trio lui suffit largement.
C’est le point de départ, et c’est déjà ce qui distingue cette série de beaucoup d’autres. On commence par une amitié fonctionnelle, presque enviable, avant qu’un homme entre dans le tableau. La question n’est donc pas de savoir si Lia va trouver l’amour, mais si elle est prête à laisser quelqu’un déranger un équilibre qui l’a sauvée. Ça change tout, y compris la nature du suspense.
Chris et Matt m’ont énormément plu, et j’ai apprécié que l’autrice assume leur côté étouffant. Ils protègent Lia, ils décident parfois pour elle, et le roman ne prétend jamais que c’est totalement sain. Les meilleurs amis dévoués sont un cliché du genre. Ici, on prend la peine de montrer le revers, et ça vaut mieux que dix chapitres de déclaration d’amitié éternelle.
Du tome un au tome deux, un vrai basculement
Succomber installe, séduit, et se termine sur une révélation qui remet en cause une bonne partie de ce qu’on croyait comprendre. Robin n’est pas l’homme qu’il prétendait être, et le sol se dérobe sous Lia au moment précis où elle commençait à s’y appuyer. J’ai refermé le livre en jurant à voix haute, ce qui est rarement un mauvais signe.
Lutter ramasse les morceaux, et c’est là que Laura S. Wild montre ce qu’elle sait faire. Le deuxième tome ne se contente pas de faire durer le suspense. Il raconte la reconstruction d’une confiance abîmée, avec des rechutes, des colères, des moments où Lia se déteste d’avoir encore des sentiments. Robin, lui, s’obstine à vouloir la reconquérir, ce qui aurait pu être insupportable et qui reste tenable parce que le roman ne lui donne jamais raison d’avance.
J’ai trouvé le deuxième volume plus court et plus dense que le premier. Moins de mise en place, plus de scènes qui font mal. Si Succomber est le tome qu’on lit avec plaisir, Lutter est celui qu’on lit avec les dents serrées, et c’est celui des deux que je relirai.
Deux ou trois choses qui m’ont agacée
Le New York du roman reste assez décoratif. On aurait pu transposer l’histoire dans n’importe quelle grande ville sans changer grand-chose, et je regrette que le métier de Lia, la décoration d’intérieur, ne serve pas davantage. Il y avait matière à écrire de très belles scènes sur quelqu’un qui arrange l’espace des autres et laisse le sien en désordre. L’occasion passe à côté.
Autre réserve : quelques dialogues sonnent traduits alors que le roman est écrit en français. Des tournures qui viennent tout droit de la new romance américaine, comme si le genre imposait son vocabulaire. C’est un travers fréquent chez les autrices françaises du rayon, et j’espère qu’on s’en débarrassera avec le temps.
Cela dit, j’ai lu les deux tomes en trois jours et j’attends la suite. Laura S. Wild écrit des personnages féminins qui ne s’excusent pas d’exister, ce qui reste précieux dans un rayon où l’héroïne passe souvent son temps à se trouver quelconque. Lia a des failles, elle ne se demande pas si elle mérite qu’on la regarde. Merci pour ça.