Un roman broché à couverture pastel posé sur un plaid en grosse maille — illustration de « « Is it love ? Colin » d'Estelle Every : piano, hacking et guerre d'ego »

« Is it love ? Colin » d’Estelle Every : piano, hacking et guerre d’ego

New romance·4 min de lecture

Nouvelle chronique sur les romans tirés des jeux « Is it love ? ». Après vous avoir parlé de Gabriel, de Matt puis de Ryan, je m’attaque à Colin, signé Estelle Every et paru chez Hugo Roman au printemps. Je vous ai déjà avoué mon faible pour ces jeux où l’on incarne l’héroïne : j’ai fait tous ceux de l’univers Carter Corp., sauf justement celui-ci. Autant dire que pour une fois, je découvrais l’histoire sans savoir où elle allait.

C’est une expérience de lecture assez différente. Sur les tomes précédents, je passais mon temps à comparer avec ce que je connaissais, à guetter les scènes que j’attendais. Là, j’étais une lectrice normale, et le roman a dû tenir tout seul. Verdict : il tient plutôt bien.

Juliet, la salariée qui rêvait d’autre chose

Juliet Hall travaille au quarante-deuxième étage de Carter Corp. Son poste de chargée de communication lui plaît, elle y est bonne, mais elle rêve depuis toujours de devenir pianiste. Quand l’occasion d’intégrer un groupe se présente, elle saute dessus. Même la présence de Colin Spencer, chanteur et leader de Nightmareden, aussi odieux que séduisant, ne suffit pas à la décourager.

J’ai beaucoup aimé cette héroïne. Elle n’est pas dans la posture de la fille perdue qui ne sait pas ce qu’elle veut. Elle sait très bien, elle a simplement fait des choix raisonnables pendant des années. Le roman raconte le moment où l’on décide d’arrêter d’être raisonnable, et ce moment-là me parle beaucoup, parce qu’il coûte cher et qu’on ne le prend jamais à la légère.

La musique est bien écrite. C’est un point sur lequel je suis exigeante, parce qu’il est facile d’écrire « elle jouait magnifiquement » et de passer à autre chose. Estelle Every s’intéresse au travail : les répétitions ratées, les fausses notes, la fatigue des doigts, la manière dont un morceau se construit à plusieurs. Colin est intraitable et ne se prive pas de le dire à sa pianiste, ce qui donne des scènes de tension musicale très efficaces.

Un héros à double fond

Colin n’est pas seulement musicien. Il est aussi responsable informatique chez Carter Corp. et hacker de génie, et les dossiers sur lesquels il travaille sont classés top secret. Cette double vie donne au roman sa part d’intrigue, et j’avoue que je l’attendais au tournant : mélanger romance rock et thriller technologique peut vite virer au grand n’importe quoi.

Ça fonctionne parce que l’autrice ne cherche pas à nous faire croire à un scénario d’espionnage international. Elle reste à hauteur de personnage, sur ce que Colin risque et sur ce qu’il cache à Juliet. La question centrale n’est pas « que contiennent les fichiers », c’est « que fait-on quand on tombe amoureuse de quelqu’un qui ment sur la moitié de sa vie ».

Au fil des répétitions, Juliet aperçoit chez lui une sensibilité et une fragilité qui la touchent. C’est le passage obligé du genre, mais il est amené sans brutalité et sans révélation miraculeuse. Colin reste désagréable même quand il s’adoucit, et j’aime beaucoup les héros qui ne se réforment pas complètement.

Faut-il connaître le jeu ?

Non, et c’est une bonne nouvelle. J’en suis la preuve puisque je n’y ai jamais joué. Le roman se suffit à lui-même, l’univers de la Carter Corp. est réexpliqué juste ce qu’il faut, et on ne se sent jamais exclue d’une blague interne. Les joueuses y trouveront des clins d’œil, les autres liront une romance d’entreprise et de musique tout à fait autonome.

Mes réserves : le rythme faiblit dans le deuxième tiers, avec quelques allers-retours entre le bureau et le local de répétition qui se ressemblent beaucoup. Et j’aurais aimé que le groupe existe davantage comme collectif, parce que les autres musiciens restent assez décoratifs.

Reste que c’est probablement mon préféré de la série jusqu’ici, peut-être justement parce que je n’avais aucune image préalable en tête. Comme quoi, arriver sans rien savoir a du bon. Vous retrouverez mes avis sur les autres tomes dans les chroniques.

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