Une pile de romans aux tranches colorées sur un rebord de fenêtre — illustration de « Maybe Someday de Colleen Hoover, l'amour bien plus que de la musique »

Maybe Someday de Colleen Hoover, l’amour bien plus que de la musique

New romance·5 min de lecture

J’avais prévu de vous parler d’un tout autre livre cette semaine. Et puis vendredi, j’ai commencé « Maybe Someday » de Colleen Hoover, et j’ai passé la soirée dessus au lieu de faire ce que j’avais à faire. Quand un roman fait ça, il passe devant tous les autres dans la file d’attente du blog. Voilà pourquoi je change de programme.

C’est ma première Colleen Hoover. Elle en est loin d’être à son premier roman, on la voit passer partout depuis un moment, et j’avoue que je résistais un peu par principe. J’ai eu tort, et je le dis franchement : elle a placé la barre très haut pour la suite. Le titre est sorti ce mois-ci chez Hugo Roman dans la collection New Romance, traduit par Pauline Vidal.

Sydney, Ridge, et un balcon

Sydney a vingt-deux ans et coche toutes les cases. Le petit ami parfait, Hunter. Un bel avenir. Un appartement partagé avec sa meilleure amie. Sauf qu’un jour tout se casse : Hunter la trompe dès qu’elle a le dos tourné, et elle l’apprend. Sydney quitte tout, sans argent et sans plan de secours. C’est Ridge, son voisin d’en face, celui qu’elle écoutait jouer de la guitare sur son balcon tous les soirs, qui finit par l’héberger.

Ridge a vingt-quatre ans, il est sourd, et il communique essentiellement par écrit. Ce point est décisif et je pensais que ce serait un gadget émotionnel. Pas du tout. Le fait que la moitié des échanges du roman passe par des messages écrits change tout : la conversation devient lente, on relit ce qu’on a envoyé, on peut effacer, on peut avoir peur d’appuyer sur envoyer. Toute la tension du livre est logée là-dedans. Deux personnes qui se disent des choses qu’elles n’oseraient jamais prononcer, et qui gardent la trace de tout.

Ensemble, ils composent. Elle écrit les paroles, il fait la musique qu’il ne peut pas entendre comme elle l’entend. Écrire une chanson à deux, c’est déjà une forme d’intimité assez indécente, et le roman le sait très bien. On sent que ça va mal tourner, on sent aussi que ni l’un ni l’autre n’a le droit de laisser ça arriver, et on continue quand même à tourner les pages en priant pour qu’ils fassent une bêtise.

Pourquoi j’ai pris une claque

Parce que Colleen Hoover ne triche pas avec l’obstacle. Dans énormément de romances, le problème qui sépare les héros est un malentendu qu’une conversation de trois minutes suffirait à régler, et on a envie de secouer tout le monde. Ici, l’obstacle est réel, moral, et il ne disparaît pas parce qu’on l’a nommé. Il y a des gens qui vont souffrir quoi qu’il arrive. Le roman regarde ça en face, il ne cherche pas la sortie facile, et cette honnêteté-là m’a bouleversée.

Parce que l’alternance des points de vue est très bien menée. On passe de Sydney à Ridge, et on comprend à chaque fois pourquoi l’autre a mal interprété. On voit le désastre se construire depuis les deux côtés, avec l’impuissance qu’on a quand on connaît la suite. C’est une mécanique classique, elle est ici parfaitement huilée.

Parce que la musique n’est pas décorative. Les chansons composées dans le roman existent réellement, écrites avec Griffin Peterson, et les textes traduits figurent en fin de volume. J’ai relu certaines paroles après coup en sachant à quel moment de l’histoire elles avaient été écrites, et l’effet est redoutable. C’est le genre de dispositif qui pourrait être un simple argument commercial et qui, là, ajoute vraiment une couche.

Deux ou trois réserves quand même

Ce n’est pas un livre parfait. Le personnage de Hunter est une caricature commode, il n’a aucune épaisseur et sert uniquement à déclencher la machine. La colocataire de Sydney aurait mérité mieux que le rôle de faire-valoir. Et il y a un passage au deux tiers où le roman s’écoute un peu parler, avec des dialogues qui font trop « phrase à retenir ».

Je préviens aussi : ça fait mal. Ce n’est pas une comédie romantique où l’on rit en attendant le baiser final. Il y a des chapitres où j’ai posé le livre pour respirer. Si vous cherchez du léger pour la plage, ce n’est pas le bon titre.

Bilan : gros coup de cœur, avec la frustration de découvrir une auteure aussi tard. J’ai déjà noté d’autres de ses romans pour ma pile à lire, et je crois que je vais être occupée cet été. Si vous l’avez lu, dites-moi ce que vous avez pensé de la fin, j’ai besoin d’en parler avec quelqu’un.

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