Un roman posé sur un lit défait à côté d'un carnet et d'un stylo — illustration de « Love, Rosie, la vie n'est plus un jeu d'enfant »

Love, Rosie, la vie n’est plus un jeu d’enfant

Comédie romantique·4 min de lecture

Après une longue série de chroniques littéraires, je reviens à mon autre grande passion. Le cinéma, donc. Et pas n’importe quel film : « Love, Rosie », l’adaptation d’un des romans qui comptent le plus dans ma bibliothèque, « La vie est un arc-en-ciel » de l’Irlandaise Cecelia Ahern, paru en version originale sous le titre « Where Rainbows End ». J’ai vu une affiche du film il y a quelques mois lors d’un séjour de l’autre côté de la Manche, et j’ai attendu depuis. Je l’ai enfin regardé, en version originale.

Le film est signé Christian Ditter et date de 2014. Rosie est jouée par Lily Collins, Alex par Sam Claflin. Autant dire que sur le papier le casting est solide.

Une histoire de rendez-vous manqués

Rosie et Alex se connaissent depuis leurs cinq ans. Ils ont grandi côte à côte, ils ont traversé ensemble tout ce qu’on traverse à cet âge-là, ils sont ce que les gens appellent les meilleurs amis du monde sans imaginer une seconde ce que ça peut cacher. Et puis arrive la fin du lycée. Un moment partagé qui ne débouche sur rien, une occasion ratée, une décision prise trop vite, et leurs deux vies partent dans des directions opposées. Le reste du film consiste à les regarder se rater consciencieusement pendant des années, tout en se retrouvant toujours.

Sur le principe, ça rappelle un peu « Jeux d’enfants », en beaucoup moins cruel. La grande idée du roman de Cecelia Ahern, c’est qu’il est entièrement composé de lettres, de mails, de messages, de mots griffonnés. On ne voit jamais la scène, on lit ce que les personnages en disent après coup, et le décalage entre ce qu’ils écrivent et ce qu’ils ressentent produit une émotion terrible. Comment adapter ça au cinéma ? Voilà la vraie question.

Ce que le film gagne, ce qu’il perd

Réponse : le film ne l’adapte pas, il la contourne. Il repasse tout en scènes classiques, avec quelques messages affichés à l’écran pour la forme. C’était sans doute inévitable, et je ne vais pas reprocher à un long-métrage de faire du cinéma. Mais on perd exactement ce qui rendait le roman unique. Ce qui était une histoire sur la distance et sur les mots devient une histoire sur deux jolis jeunes gens qui n’osent pas.

En échange, on gagne Lily Collins, et là je m’incline. Elle est excellente. Elle a ce jeu un peu cassé, cette manière d’encaisser sans rien lâcher, qui rend Rosie beaucoup moins agaçante qu’elle aurait pu l’être. Parce que soyons honnête, un personnage qui prend systématiquement la mauvaise décision pendant deux heures, ça peut vite devenir insupportable. Elle réussit à la rendre aimable. Sam Claflin est charmant et fait le travail, sans plus. Alex est moins écrit, il subit davantage.

Le film a aussi le bon goût de ne pas trop enjoliver la maternité précoce de Rosie. On la voit fatiguée, coincée, en train de renoncer à des choses. C’est traité avec plus de sérieux que je ne l’attendais d’une comédie romantique. Le rythme, en revanche, souffre : le temps qui passe est marqué à coups d’ellipses un peu brutales et on perd parfois le fil des années.

Faut-il avoir lu le livre avant

Je dirais plutôt le contraire. Si vous n’avez pas lu le roman, vous passerez un bon moment devant une comédie romantique bien menée, drôle par endroits, avec une actrice principale qui porte tout. Si vous avez lu le roman et que vous y tenez, préparez-vous à des coupes qui font mal. Des personnages secondaires disparaissent, des années entières sautent, et la fin arrive plus vite que dans le livre.

Je ne vais pas faire ma puriste jusqu’au bout. J’ai souri, j’ai eu la gorge serrée deux ou trois fois, et j’ai eu envie de ressortir mon exemplaire du roman le lendemain matin. Une adaptation qui donne envie de relire le livre, ce n’est pas si mal comme résultat.

Reste une frustration. Il y a dans ce roman une mélancolie très irlandaise, une façon de mesurer le temps perdu qui ne se filme pas facilement. Le film choisit la lumière plutôt que la mélancolie. C’est un choix défendable, il est juste un peu confortable. Mon conseil : voyez le film, puis lisez le livre, et vous comprendrez ce que je veux dire.

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