Un livre ouvert sur une table de café parisien en terrasse — illustration de « « La vie est un arc-en-ciel », quarante ans de lettres entre Rosie et Alex »

« La vie est un arc-en-ciel », quarante ans de lettres entre Rosie et Alex

Comédie romantique·5 min de lecture

Bonsoir tout le monde ! Ce soir je parle d’une lecture commune menée avec une copinaute, et d’un livre que je connais bien puisque je le fais lire à tout le monde dès que l’occasion se présente : « La vie est un arc-en-ciel » de Cecelia Ahern, traduit de l’anglais par Nicole Hibert. On discutait de nos lectures d’été, elle n’avait jamais lu Ahern, j’avais un exemplaire en trop, et l’affaire s’est réglée en deux messages.

C’est quoi le pitch Holly ?

Sur les bancs de l’école, Rosie et Alex se rencontrent. Ils ont cinq ans et se jurent de ne jamais se séparer. Sauf que le garçon déménage aux États-Unis avec ses parents, et cet éloignement forcé est le premier d’une longue série d’imprévus. Le roman suit ces deux-là sur une quarantaine d’années, à travers tout ce qu’ils s’écrivent : mots d’enfants griffonnés en classe, lettres, cartes postales, mails, SMS. Rosie correspond aussi avec sa famille et avec Ruby, une amie qui a le sens de la formule assassine.

Un roman entièrement fait de mots échangés

Il n’y a pas de narration, pas de descriptions, pas de « elle pensa que ». Rien que des messages. Tout ce qu’on sait, on le déduit de ce que les personnages écrivent, et surtout de ce qu’ils omettent d’écrire. C’est le pari du livre et c’est ce qui le rend si efficace. Quand Rosie répond trois lignes sèches à un message chaleureux, on comprend immédiatement ce qui s’est passé entre les deux, alors que personne ne nous l’a raconté. Le lecteur fait la moitié du travail, ce qui explique qu’on s’attache autant.

Le passage du temps est géré d’une manière que je trouve remarquable. On traverse l’enfance en notes de classe, l’adolescence en lettres interminables, l’âge adulte en mails de plus en plus courts. La forme des messages raconte l’époque et l’évolution des personnages sans qu’un mot d’explication soit nécessaire. Il y a un moment, vers le milieu, où les échanges se raréfient et deviennent presque administratifs. Cette respiration vide m’a fait plus d’effet que n’importe quelle scène de rupture.

L’art de se rater de peu

Le vrai sujet du roman, c’est le mauvais timing. Rosie et Alex passent leur vie à être disponibles à quinze jours d’écart. Il y a des lettres qui arrivent trop tard, des annonces faites au pire moment, des demi-aveux enterrés sous une blague. On se retrouve à lire en serrant les dents, avec l’envie de secouer les deux personnages, et c’est exactement l’effet recherché. J’ai relu ce livre plusieurs fois en sachant parfaitement où il allait, et il m’a eue à chaque relecture.

Ahern évite aussi de faire de Rosie une victime des circonstances. Elle prend des décisions, souvent mauvaises, parfois par orgueil, parfois par peur de rendre les choses irréversibles. C’est ce qui rend le personnage attachant plutôt qu’agaçant. Sa vie ne se résume pas à l’attente d’Alex : il y a le travail, l’argent qui manque, les projets qui s’écroulent, une fille qui grandit. Le roman consacre beaucoup de place à ces morceaux d’existence ordinaire, et il a raison, parce que c’est là que l’émotion se fabrique.

Ruby, l’amie, mérite une mention spéciale. Elle a les meilleures répliques du livre et sert de contrepoids quand tout devient trop lourd. Sans elle, l’ensemble serait franchement plombant. Ses messages sont souvent minuscules et me font rire à voix haute, ce qui n’est pas si fréquent en lecture.

Faut-il tout aimer ? Non. Le livre est long, plus de 400 pages, et certaines périodes s’étirent. Il y a des rebondissements dont on se serait passé, notamment vers la fin, où l’accumulation de malchance frôle la limite du crédible. Et le format épistolaire montre ses limites dès qu’il faut faire passer une information factuelle : les personnages se racontent alors des choses qu’ils savent déjà, ce qui sonne un peu faux. Ce sont des faiblesses réelles, mais elles ne pèsent pas grand-chose face à ce que le livre réussit.

Si vous connaissez Cecelia Ahern uniquement pour « P.S. I love you », sachez que celui-ci est du même bois mais avec plus d’ampleur, parce qu’il déroule une vie entière au lieu d’un deuil. C’est un roman qui parle d’amitié autant que d’amour, et qui pose une question désagréable : combien de fois est-ce qu’on laisse passer le bon moment en se disant qu’il y en aura un autre ? Prévoyez des mouchoirs, je vous aurai prévenus.

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