Je peux très bien me passer de toi de Marie Vareille sort aujourd’hui
Comédie romantique·4 min de lecture
Il y a des livres qu’on lit en avance et sur lesquels on doit se taire pendant des semaines, ce qui est une torture particulière quand on a un blog. Aujourd’hui je peux enfin en parler : « Je peux très bien me passer de toi » de Marie Vareille paraît chez Charleston. J’avais mis quelques mots dessus il y a quelque temps, je reprends tout ici à l’occasion de la sortie, avec quelques ajouts.
Petit détail que je trouve savoureux : Marie Vareille faisait partie des Lectrices Charleston, ce groupe de lectrices que la maison consulte sur ses romans, ses titres et ses couvertures. La voilà publiée par la maison qu’elle conseillait. Je ne sais pas si ça se produit souvent mais ça me fait sourire.
Un pacte parfaitement stupide
Chloé et Constance sont copines, ce qui est déjà curieux tant elles n’ont rien en commun. Rien, sauf des vies sentimentales catastrophiques, ce qui suffit apparemment à fonder une amitié. Un soir, elles décident de reprendre le contrôle et concluent un pacte. Chloé, séductrice dans l’âme et parisienne jusqu’au bout des ongles, devra s’exiler en pleine campagne et n’approcher aucun homme pendant six mois. Constance, romantique incorrigible, devra coucher le premier soir avec un parfait inconnu.
C’est absurde, elles le savent, et elles s’y tiennent. Le roman les suit des vignobles du Sauternais à Londres en passant par Paris, et le pacte les emmène évidemment bien plus loin qu’elles ne l’avaient prévu. Voilà pour le mécanisme, qui n’est pas neuf. Ce qui compte, c’est l’exécution.
Pourquoi ça marche
D’abord parce que les deux héroïnes ne sont pas interchangeables. On lit beaucoup de romans à deux voix féminines où l’on doit vérifier le titre du chapitre pour savoir qui parle. Ici, non. Chloé a un débit, une insolence, une manière de se protéger par le sarcasme qui la rendent immédiatement reconnaissable. Constance est plus douce, plus lente, avec un fond d’obstination qui la sauve du rôle de gentille cruche. Je me suis attachée aux deux, et pas pour les mêmes raisons.
Ensuite parce que Marie Vareille sait écrire une scène drôle. La comédie française souffre souvent d’humour appuyé, où l’on comprend trois lignes à l’avance ce qui va arriver et où l’auteur s’assure qu’on a bien ri. Là, le comique vient du timing et des dialogues. Il y a un enchaînement de catastrophes dans la partie campagne qui m’a fait rire toute seule dans le train, ce qui est toujours embarrassant.
Et surtout parce que sous la comédie, le livre parle sérieusement de quelque chose. Les deux femmes ont pris leurs habitudes amoureuses pour des personnalités. Chloé croit qu’elle est incapable d’attachement, Constance croit qu’elle est faite pour attendre le grand amour, et le pacte sert à démonter ces certitudes. Ce n’est pas de la psychologie de magazine, c’est mené finement, sans jamais interrompre le rythme.
Mes réserves, parce qu’il en faut
Les personnages masculins sont clairement moins travaillés que les deux amies. Ils remplissent leur fonction, ils sont sympathiques ou détestables selon le besoin, mais aucun n’a l’épaisseur des héroïnes. Sur un roman qui parle de rapports amoureux, c’est un peu dommage. Cela dit, le vrai couple du livre, c’est Chloé et Constance, et de ce point de vue le déséquilibre se défend.
La dernière partie va vite. Un peu trop vite à mon goût, avec deux ou trois résolutions qui arrivent parce qu’il faut bien conclure. J’aurais volontiers lu trente pages de plus pour laisser les choses se poser.
Cela reste un très gros coup de cœur. C’est exactement le genre de roman que je cherche quand j’ai besoin de rire sans me sentir prise pour une idiote : bien écrit, bien rythmé, drôle sans facilité, et avec de vraies héroïnes plutôt que des silhouettes. Il sort aujourd’hui, il coûte le prix d’un déjeuner, et je vous le recommande sans réserve pour l’été qui arrive.
D’autres avis dans le même registre sont à retrouver dans mes chroniques.