« 4 jours de folie » d’Emma Hart : un faux fiancé pour un vrai mariage
Comédie romantique·4 min de lecture
Imaginez la scène. Vous êtes en train de quitter discrètement l’appartement du garçon avec qui vous venez de passer la nuit. Vos chaussures à la main, la porte à trois mètres, la victoire à portée. Et là, au lieu de partir, vous laissez votre numéro. L’instant d’après vous êtes attablée devant une omelette, un café refroidit à côté, et vous entendez votre propre voix demander à cet inconnu d’être votre faux petit ami pour le mariage de votre sœur le week-end suivant.
Voilà le point de départ de 4 jours de folie d’Emma Hart, paru hier chez Hugo Roman dans la traduction de Bénita Rolland. J’avais très envie de cette lecture, parce que le faux couple est mon ressort préféré et que je supporte assez mal de le voir mal utilisé. Bonne nouvelle : ici, il est très bien utilisé.
Poppy, Adam et quatre jours pour tout rater
Poppy sait parfaitement que c’est une idée détestable. Elle ne connaît rien de la vie d’Adam Winters, elle l’embarque pour un week-end familial avec les interrogatoires qui vont avec, et elle n’a même pas pris la peine d’aligner deux versions de leur rencontre. Ce qu’elle ignore, c’est qu’Adam est un joueur de hockey d’Orlando, et accessoirement le joueur préféré de son propre père.
À partir de là, le roman devient une mécanique de vaudeville. Quatre jours, une famille au complet, un mariage à préparer, et un mensonge qui doit tenir face à des gens qui posent des questions précises. Emma Hart accélère et n’arrête plus. Il n’y a pratiquement pas de scène de transition : on passe d’une catastrophe à la suivante avec un enchaînement qui m’a plusieurs fois fait rire à voix haute, ce qui est mauvais signe quand on lit dans les transports.
Ce que j’ai apprécié, c’est que les quiproquos ne reposent pas sur la bêtise des personnages. On a tous lu ces comédies où la situation ne tient que parce que personne ne se parle. Ici, Poppy et Adam communiquent, ajustent leur histoire, se répartissent les rôles, et ça déraille quand même. C’est infiniment plus drôle qu’un malentendu qu’une seule phrase aurait suffi à dissiper.
Une famille qui vole la vedette
La sœur qui se marie, le père supporter, les tantes, la logistique de la cérémonie : tout ce petit monde occupe une place considérable et c’est tant mieux. Les meilleures scènes du roman sont collectives, autour d’une table ou dans une salle de réception, quand Poppy doit tenir sa version face à cinq personnes qui l’observent. Le stress est palpable et la comédie fonctionne parce qu’on redoute autant qu’on espère la catastrophe.
Adam, lui, échappe au cliché du sportif décoratif. Il a un métier qui lui prend sa vie, une notoriété qu’il gère mal, et une raison plausible d’accepter cette histoire absurde. Emma Hart lui donne quelques scènes où il n’est pas drôle du tout, et ces respirations empêchent le livre de se réduire à un enchaînement de gags.
Poppy m’a fait le même effet. Elle est excessive, elle prend des décisions absurdes, mais elle sait qu’elles sont absurdes, ce qui fait toute la différence. Une héroïne qui commente sa propre catastrophe pendant qu’elle la provoque, j’achète immédiatement.
Ce qu’il ne faut pas venir y chercher
De la profondeur, essentiellement. Le roman fait un peu plus de trois cents pages, il file, et il ne s’arrête pas pour creuser. Les obstacles se résolvent vite, la fin est celle qu’on attend, et personne ne ressort transformé de l’aventure. Si vous voulez de la romance qui remue, ce n’est pas le bon rayon aujourd’hui.
J’ai aussi trouvé le dernier quart un peu expédié. Il y a un conflit obligatoire, résolu en quelques chapitres, qui ressemble davantage à une case cochée qu’à une vraie crise. Le livre était tellement lancé que ce passage à vide m’a sautée aux yeux. Rien qui gâche l’ensemble, mais j’aurais aimé qu’Emma Hart fasse confiance à sa comédie jusqu’au bout au lieu de rajouter un drame de service.
Cela dit, je l’ai fini avec le sourire et c’est bien ce que je lui demandais. Une comédie romantique efficace, rapide, sans prétention, parfaite pour une journée où on n’a la tête à rien. Je le range dans la même étagère que les lectures qui remontent le moral en trois heures, et cette étagère est plus utile que jamais en ce moment.