Un livre ouvert sur une table de café parisien en terrasse — illustration de « « Petits mensonges 2.0 » : tomber amoureuse derrière un avatar »

« Petits mensonges 2.0 » : tomber amoureuse derrière un avatar

Comédie romantique·4 min de lecture

On continue les chroniques avec Petits mensonges 2.0 de Sarvenaz Tash, paru cet été chez Hugo New Way. J’avais craqué sur le résumé, ce qui est ma faiblesse principale et la source d’à peu près toutes mes déceptions de lectrice. Cette fois, la promesse a été tenue, avec quelques réserves.

Deux matchs, et pas les bons

Quand son petit copain Caleb déménage dans un lycée à l’autre bout du pays, Mariam se retrouve célibataire pour la première fois de sa vie d’adolescente. Elle tombe alors sur une nouvelle application de rencontres qui promet de trouver l’âme sœur grâce à un questionnaire très détaillé, et qui permet en prime de participer à des rendez-vous en ligne incognito, derrière un avatar.

Manque de chance, ses deux correspondances sont Caleb, l’ex qui vient de partir, et Jérémy, son meilleur ami avec qui elle partage tout. Elle se lance donc dans une série de rencards anonymes pour comprendre ce qui se joue, sans que ni l’un ni l’autre sache à qui il parle.

Le dispositif est excellent et l’autrice en tire tout ce qu’elle peut. Il y a un vertige assez juste dans ces conversations où Mariam entend ce que ses deux garçons pensent vraiment, sans le filtre de sa présence. Ce qu’ils disent d’elle à quelqu’un qu’ils croient étranger n’est pas ce qu’ils lui disent en face, et le roman s’installe dans cet écart avec beaucoup d’intelligence.

Un roman sur ce qu’on montre

Derrière la comédie, il y a une question qui m’a intéressée : est-ce qu’on est plus soi-même derrière un avatar ou en face de quelqu’un ? Mariam se découvre plus franche, plus drôle, plus culottée quand personne ne sait qui elle est. Ce qui la met face à une difficulté délicate : ce qu’elle offre en ligne, elle ne le donne à personne dans la vraie vie, et ce n’est pas la faute de l’application.

Sarvenaz Tash, née à Téhéran et qui a grandi à Long Island, écrit une adolescente qui pense trop et qui s’observe penser. Le débit intérieur est rapide, ironique, plein de digressions qui partent en vrille. J’ai souri plusieurs fois à des remarques de Mariam sur sa propre lâcheté, et c’est ce ton qui fait tenir le livre bien plus que son intrigue.

Jérémy est le personnage le mieux traité du roman. Le meilleur ami secrètement amoureux est un rôle usé jusqu’à la corde, mais celui-ci a une existence propre, des projets, une famille, une manière bien à lui de rater les conversations importantes. Sa scène d’explication vers la fin est la meilleure du livre, et j’ai eu la satisfaction rare de la trouver méritée.

Ce que je regrette

Caleb, en revanche, ne tient pas la comparaison. Il est très vite désigné comme la mauvaise option, et le roman perd de sa tension à partir du moment où on comprend que l’hésitation de Mariam n’en est pas vraiment une. Un triangle amoureux ne fonctionne que si les deux branches sont défendables, et ici la balance penche trop tôt.

Le traitement de l’application m’a aussi laissée sur ma faim. Le fonctionnement de l’algorithme, les données récoltées, les conséquences de tout ça : le roman ouvre la porte et ne franchit pas le seuil. Il y avait matière à quelque chose de plus mordant sur ce que ces outils font aux relations adolescentes, mais ce n’est manifestement pas le livre que l’autrice voulait écrire.

Enfin, la résolution est rapide. Après trois cents pages de complications, tout se règle en quelques scènes, avec un pardon accordé sans grande discussion. J’aurais aimé que Mariam paie un peu plus cher ses mensonges, ne serait-ce que parce que le titre les annonçait.

Cela reste une lecture agréable, drôle, avec une héroïne dont la voix m’a accompagnée deux jours. Pour un après-midi d’octobre où on n’a envie de rien de compliqué, c’est très bien. Le reste de mes lectures récentes est à retrouver ici.

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