Chick-lit, what is it ?
Comédie romantique·4 min de lecture
J’adore lire, et j’adore particulièrement la chick-lit, parce que c’est ce qui me détend le mieux au monde. Je lis aussi des romans plus sérieux, des classiques, du français, de l’étranger, mais si vous fouillez mon sac au hasard un jour de semaine, vous avez de bonnes chances d’y trouver une couverture rose avec une paire d’escarpins dessus. Sauf que l’autre jour, quelqu’un m’a demandé ce que ça voulait dire exactement, chick-lit, et je me suis rendu compte que je n’avais aucune réponse solide. Alors j’ai fait mes recherches. Me voilà reporter, attention les yeux.
Un mot qui n’était pas un compliment
Chick-lit vient de l’anglais, contraction de chick literature, ce qu’on pourrait traduire par littérature de poulettes. Voilà, c’est dit, et vous comprenez tout de suite que le terme n’a pas été inventé par des admiratrices. Il a d’abord servi de manière ironique, dans le titre d’une anthologie universitaire américaine du milieu des années 1990, avant d’être récupéré par la presse pour désigner tout autre chose.
Ce tout autre chose commence en 1996 avec Le Journal de Bridget Jones, de Helen Fielding, qui était au départ une chronique de journal britannique avant de devenir un roman puis un phénomène mondial. Un an plus tard arrive Sex and the City, de Candace Bushnell, née elle aussi d’une série de chroniques new-yorkaises. Les deux textes fondateurs du genre sont donc des billets de journal écrits à la première personne par des femmes qui racontent leur vie. Autant dire que je me sens en famille.
La recette, et pourquoi elle marche sur moi
Thématiquement, c’est assez identifiable. Une jeune femme, la vingtaine bien tassée ou la trentaine qui approche, citadine, célibataire ou en train de le redevenir, avec un travail qu’elle supporte moyennement et des amies qui tiennent une place aussi importante que les histoires d’amour. Elle se plante beaucoup. Elle raconte ses plantages elle-même, avec un humour qui est le vrai moteur du livre. Et à la fin, elle a rarement résolu tous ses problèmes, mais elle a bougé.
Sophie Kinsella est sans doute la plus connue en France, avec sa série sur une accro du shopping qui accumule les dettes et les mensonges avec une inventivité que je trouve presque touchante. J’ai un rapport compliqué à ces romans : je râle contre Becky Bloomwood pendant deux cents pages et je finis toujours le livre. Il y a aussi Cecelia Ahern du côté irlandais, plus mélancolique, plus portée sur le fantastique du quotidien. Et une grande quantité d’auteures françaises qui s’y sont mises depuis quelques années, avec des résultats très inégaux, il faut bien le reconnaître.
Parce que oui, il faut le dire : on lit beaucoup de mauvaise chick-lit. Des héroïnes interchangeables, des dialogues recopiés d’un roman à l’autre, des fins expédiées, des couvertures roses posées sur des textes que personne n’a relus. Je ne défends pas le genre en bloc. Je défends l’idée que le mépris qu’on lui porte est disproportionné, et surtout suspect. Un roman où un homme de trente ans rate sa vie amoureuse et professionnelle en le racontant avec humour, on appelle ça une comédie sociale. La même chose au féminin, avec la même qualité d’écriture, on appelle ça de la littérature de poulettes.
Ce que je trouve précieux dans les bons livres du genre, c’est qu’ils parlent d’argent. Sérieusement. Du loyer, du découvert, du travail qu’on garde parce qu’il faut payer les factures, des amies qu’on voit moins parce qu’on n’a pas les moyens de sortir. Peu de romans dits sérieux s’intéressent d’aussi près à la vie matérielle d’une femme de vingt-cinq ans. Bridget Jones compte ses cigarettes et ses calories, mais elle compte aussi ses fins de mois.
Voilà pour la définition. Vous en trouverez d’autres, plus savantes, et vous verrez que personne n’est vraiment d’accord sur les frontières du genre. C’est plutôt bon signe. En attendant, je continue de remplir mes chroniques avec ce que je lis, sans trier par degré de respectabilité, et je vous conseille d’en faire autant.
Et si quelqu’un trouve une bonne traduction française de chick-lit, je suis preneuse. Littérature de poulettes, franchement, on peut faire mieux.