« Qui veut la peau d’Anna C. ? », Sophie Henrionnet et l’art de la catastrophe
Comédie romantique·4 min de lecture
Deuxième chronique de la journée, et je ne suis pas près de m’arrêter parce que j’ai beaucoup lu ces derniers temps. Aujourd’hui je vous parle du roman de Sophie Henrionnet paru chez City, « Qui veut la peau d’Anna C. ? ». Je connaissais l’autrice depuis « Drôle de karma ! » et je savais donc à peu près à quoi m’attendre : des ennuis, beaucoup d’ennuis, et une héroïne qui se débat dedans avec une mauvaise foi réjouissante.
Une héroïne à qui tout rate
Marie a la trentaine et un célibat qu’elle qualifie elle-même d’endurci. Bibliothécaire modèle, elle apprend un matin que son odieuse supérieure est morte étouffée avec un beignet. Voilà pour la délicatesse. Marie y voit enfin sa chance de récupérer le poste de directrice. Sauf que le grand patron nomme la maîtresse du maire, ravissante et pas encombrée d’un excès de neurones. À partir de là, tout part en vrille, et notamment le soir où Marie, dans un pub, donne à un inconnu passablement éméché un faux nom : Anna Costello.
Vous devinez la suite. Ce petit mensonge de rien du tout, lancé pour se débarrasser d’un importun, va lui coller aux basques pendant trois cents pages et lui attirer des ennuis dont elle se serait volontiers passée.
Ce qui fonctionne très bien
Le rythme, d’abord. Sophie Henrionnet écrit court, elle coupe ses chapitres au bon endroit, et on tourne les pages sans s’en rendre compte. J’ai lu la moitié du roman un dimanche après-midi en me disant à chaque fois « allez, encore un chapitre ». Il y a chez elle un vrai sens du timing comique, cette manière de laisser tomber une phrase absurde à la fin d’une scène pour qu’on parte en fou rire tout seul dans son canapé.
Ensuite, Marie. J’aime les héroïnes qui ne sont pas gentilles. Marie est jalouse, elle râle, elle juge tout le monde, elle prend systématiquement la pire décision possible et elle a un fond de tendresse qu’elle cache comme une honte. On s’attache parce qu’on la reconnaît. Qui n’a jamais mentalement souhaité un petit malheur professionnel à un collègue insupportable ? Personne. Bon. Marie, elle, dit tout haut ce que nous pensons tout bas, et c’est libérateur.
Et puis il y a le décor. Une bibliothèque, des lecteurs pénibles, une municipalité où les promotions se décident ailleurs que sur le mérite. C’est croqué avec un œil de caricaturiste, parfois méchant, souvent juste. Les scènes de conseil municipal m’ont fait pouffer parce qu’elles sentent le vécu observé de près.
Là où j’ai tiqué
Le roman empile les catastrophes, et à un moment donné, l’empilement devient un système. On sait que dès que Marie prend une décision, elle va se prendre un mur, et l’effet de surprise s’émousse aux deux tiers. J’aurais aimé une ou deux pauses, un chapitre plus calme, un moment où l’on respire avec elle. La comédie française de ce genre a tendance à confondre rythme et accumulation, et ce roman n’y échappe pas complètement.
La partie sentimentale reste également en retrait. Elle est là, elle est agréable, elle n’est jamais le moteur du livre. Si vous ouvrez « Qui veut la peau d’Anna C. ? » en cherchant une romance, vous risquez de rester sur votre faim. C’est d’abord une comédie, avec un fil amoureux en garniture.
Le verdict de la maison
C’est un roman qui fait exactement ce qu’il promet : distraire, faire rire, occuper deux ou trois soirées d’un mois de mars pas très folichon. Je ne vais pas vous raconter que j’en suis sortie transformée, ce serait mentir, et je pense que l’autrice ne le prétend pas non plus. Mais j’ai passé un excellent moment, j’ai ri fort deux fois, et j’ai refermé le livre de bonne humeur. Par les temps qui courent, ça vaut de l’or.
Si vous aimez les héroïnes maladroites et les intrigues qui s’emballent, foncez. Si vous préférez les histoires d’amour posées et les grandes émotions, allez plutôt voir du côté de mes autres chroniques, il y a de quoi faire. Et si vous l’avez déjà lu, dites-moi ce que vous avez pensé de la fin, parce que j’hésite encore entre « bien trouvée » et « un peu facile ».