Une lectrice de dos sur un banc de parc — illustration de « Donne-moi ta main, la comédie romantique irlandaise que je revois sans me lasser »

Donne-moi ta main, la comédie romantique irlandaise que je revois sans me lasser

Comédie romantique·4 min de lecture

Il y a des films qu’on revoit par habitude, comme on ressort un vieux pull. Donne-moi ta main, sorti chez nous en 2010 sous ce titre alors qu’il s’appelle Leap Year en version originale, fait partie de ma liste. Je l’ai remis hier soir sans intention particulière et j’ai encore regardé jusqu’au bout, alors que je connais chaque réplique. Autant en profiter pour vous expliquer pourquoi ce film résiste si bien à la répétition.

Le point de départ tient en deux phrases. Anna, jouée par Amy Adams, en a assez d’attendre une demande en mariage qui ne vient pas. Elle apprend l’existence d’une tradition irlandaise autorisant les femmes à faire leur demande le 29 février, et décide de traverser l’Atlantique pour surprendre son compagnon à Dublin. Évidemment rien ne se passe comme prévu. La météo s’en mêle, elle atterrit à l’autre bout du pays, et un patron d’auberge bougon accepte à contrecoeur de la conduire à destination.

Un scénario qu’on voit venir à trois kilomètres

Autant le dire tout de suite, personne ne sera surpris par la fin. Le film suit le mode d’emploi du road movie sentimental à la lettre : deux personnages que tout oppose, une voiture, une route, des contretemps. On sait dès la troisième minute qui finira avec qui. La critique française avait d’ailleurs été assez froide à sa sortie, et je comprends parfaitement les reproches. Ce n’est pas un film qui invente quoi que ce soit.

Sauf que la comédie romantique n’est pas un genre où l’on cherche la surprise. On y cherche l’exécution, comme dans un plat qu’on a mangé cent fois et dont on sait tout de suite s’il a été fait avec soin. Ici, la mécanique tourne parfaitement. Chaque contretemps sert à rapprocher les deux personnages d’un cran, jamais à meubler. Et quand le film s’autorise une scène franchement ridicule, il l’assume au lieu de s’excuser à moitié, ce qui fait toute la différence.

Amy Adams, Matthew Goode et l’Irlande en troisième rôle

Amy Adams a ce talent particulier de rendre attachant un personnage qui, sur le papier, est assez insupportable. Anna est rigide, elle organise tout, elle traîne une valise absurde sur des chemins de campagne et refuse d’admettre qu’elle s’est trompée. Une autre actrice l’aurait rendue agaçante. Elle la rend touchante, et je ne saurais même pas expliquer par quel procédé.

Face à elle, Matthew Goode joue le contraire exact, avec un accent et une mauvaise humeur qui font la moitié du travail. Je l’avais découvert dans un registre très différent, du côté de Watchmen, et le voir en aubergiste irlandais grognon reste une surprise réjouissante. Les deux acteurs ont ce qu’on appelle l’alchimie, mot un peu creux mais qui décrit assez bien le fait qu’on ait envie de les voir dans le même plan.

Reste l’Irlande, qui est le véritable argument du film pour moi. Les paysages sont filmés avec une gourmandise assumée, les falaises, les villages, la pluie qui ne s’arrête jamais. On me dira que c’est de la carte postale touristique, et ce n’est pas faux. Je l’accepte volontiers. Il y a des soirs où j’ai envie qu’on me vende du rêve avec du vert partout et un feu de cheminée.

Le genre de film qu’on regarde en janvier

Il y a une saison pour ce film et c’est maintenant. Janvier est long, gris, sans fête à l’horizon avant longtemps. Un road movie irlandais avec une héroïne butée et un homme qui râle fait exactement le travail attendu, à savoir une heure et demie pendant laquelle on oublie que le chauffage coûte cher.

Je ne le défendrai pas comme un grand film, ce serait malhonnête. Je le défends comme un objet de réconfort parfaitement fabriqué, ce qui est déjà beaucoup plus rare qu’on ne le croit. Et puis il pose une question que j’aime bien : pourquoi faudrait-il attendre une date particulière pour dire ce qu’on a envie de dire ? Le film y répond à sa manière, un peu bête et complètement charmante. Racontez-moi vos films de janvier, je cherche toujours de quoi remplir mes soirées.

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