Le premier jour du reste de ma vie de Virginie Grimaldi, embarquement immédiat
Feel good·4 min de lecture
Trois chroniques en une semaine, je ne me reconnais plus. Après le cinéma, on retourne dans mon terrain de prédilection avec un roman terminé mardi soir et dont j’ai encore la fin en tête. Le premier jour du reste de ma vie de Virginie Grimaldi vient de sortir chez City. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais si je vous parle du blog Femme Sweet Femme et de Ginie, il y a de bonnes chances pour que ça fasse tilt. C’est la même personne, et c’est son premier roman.
C’est quoi le pitch Holly ? Marie a tout organisé pour l’anniversaire de son mari : le gâteau, les invités, la décoration. Tout, y compris une surprise de taille, puisqu’à quarante ans elle a décidé de le quitter. Elle a réservé une place sur un paquebot pour un tour du monde et embarque avec la ferme intention de recommencer quelque chose. À bord, elle croise Camille et Anne, deux femmes qui se trouvent elles aussi à un carrefour de leur existence.
Le blog qui devient roman, et ça se sent en bien
On peut avoir des réserves quand une blogueuse passe au format livre, j’ai déjà été déçue par l’exercice. Ici, ce qui aurait pu être un défaut devient la force du texte. Virginie Grimaldi écrit depuis des années des billets d’humeur, et elle a acquis un sens du timing comique qu’on ne trouve pas facilement chez les romanciers débutants. Une phrase, une chute, on passe à la suivante. Le rythme est celui d’une conversation avec quelqu’un de très drôle qui n’aurait pas le temps de s’appesantir.
Le revers de la médaille existe et je préfère l’écrire : certains passages sonnent comme des billets mis bout à bout plutôt que comme des chapitres. On sent parfois la couture. Mais la construction en voyage sauve tout, parce qu’un tour du monde en bateau est par nature une suite d’escales, et que la forme épouse le fond sans qu’on ait à faire d’effort.
Trois femmes et un bateau
Ce que j’ai préféré, c’est que le roman ne soit pas l’histoire d’une femme qui refait sa vie grâce à un homme. Marie part pour elle. Le coeur du livre, ce sont les trois femmes à bord, leurs conversations nocturnes, leurs disputes, la façon dont chacune finit par lâcher ce qu’elle est venue cacher au milieu de l’océan. J’ai lu beaucoup de romans où l’amitié féminine sert de décor. Ici elle est le sujet, et c’est un choix que je salue.
Marie a quarante ans, un mari qui ne se cachait plus beaucoup, et le sentiment d’être devenue transparente chez elle. Ce point de départ pourrait donner un livre amer. Virginie Grimaldi choisit l’humour, sans nier pour autant la douleur qu’il y a derrière. Il y a deux ou trois scènes que j’ai relues parce que le passage du rire aux larmes se fait en une ligne, sans prévenir. C’est le genre de virage qui se rate neuf fois sur dix.
Mes réserves de lectrice tatillonne
Je ne suis pas totalement convaincue par la façon dont certaines escales sont traitées. On visite beaucoup de pays et on en voit finalement assez peu, comme si le bateau comptait davantage que les ports. Ce n’est pas illogique, puisque le voyage intérieur est le vrai sujet, mais j’aurais aimé sentir davantage l’ailleurs. Quelques secondes de dépaysement supplémentaires n’auraient pas nui.
Je trouve aussi que la fin arrive avec un peu trop de facilité. On sent l’autrice attachée à ses personnages au point de ne pas vouloir leur faire de mal, et je la comprends. Une lectrice plus dure au mal vous dira que c’est arrangé. Moi j’ai refermé le livre avec le sourire, donc je ne vais pas faire ma difficile.
C’est un premier roman qui fait exactement ce qu’il promet : on rit, on renifle un peu, on a envie d’aller réserver une cabine. Si vous traversez une période où tout ressemble à un mardi de janvier, celui-ci vous donnera une petite claque amicale. Je surveille la suite de très près, parce qu’une plume pareille ne va pas s’arrêter là.