Un livre et une paire de chaussettes en laine sur un canapé — illustration de « « PS : I like you » de Kasie West, une correspondance griffonnée sur un pupitre »

« PS : I like you » de Kasie West, une correspondance griffonnée sur un pupitre

Feel good·4 min de lecture

Bonjour tout le monde ! Grande première ici : je vous parle aujourd’hui d’un roman de la collection New Way, chez Hugo. Mes copines lectrices me vantaient les mérites de ces petites pépites depuis un moment et je faisais la sourde oreille, avec ce léger snobisme dont je ne suis pas très fière. « PS : I like you » de Kasie West sort aujourd’hui et m’a fait ravaler mes préjugés en deux chapitres.

Un mot sur une table

Un jour d’ennui en cours de chimie, Lily griffonne les paroles de sa chanson préférée sur son pupitre. Le lendemain, à la même place, elle découvre que quelqu’un a écrit la suite. Et voilà lancée une correspondance qui va durer des semaines, sur ce coin de table, entre deux élèves qui ne savent pas à qui ils s’adressent. Derniers groupes indé à découvrir, ragots de couloir, puis des confidences beaucoup plus intimes.

Kasie West reprend une vieille recette, celle des amoureux qui se parlent sans se voir, et la transpose dans un lycée américain avec beaucoup de fraîcheur. Le dispositif ne s’essouffle jamais, et j’ai attendu chaque nouveau message avec une impatience qui m’a fait rire de moi-même.

Ce qui rend le livre attachant

Lily, d’abord. Elle est bavarde, un peu maladroite, elle chante faux, elle porte des vêtements qu’elle fabrique elle-même et que personne ne comprend. Elle n’est pas la fille invisible qui deviendra jolie au bal de fin d’année. Elle a déjà sa personnalité et elle y tient. Ça change agréablement.

Ensuite, le rapport à l’écriture. Ce que raconte le roman, au fond, c’est qu’on ose dire par écrit ce qu’on ne dirait jamais en face. Les deux correspondants se livrent parce qu’ils ne se voient pas, parce que la page protège, parce qu’on peut relire et raturer. Toute lectrice qui a un jour écrit une lettre qu’elle n’a pas envoyée comprendra très bien de quoi il est question.

Et puis la famille. C’est le détail qui m’a le plus surprise. La maison de Lily est bruyante, encombrée, pleine de frères et sœurs, avec des parents fatigués et de vrais soucis d’argent. Ce n’est pas du décor. Ces scènes de famille sont parmi les meilleures du livre et donnent au roman une épaisseur que je n’attendais pas.

Mes petites réserves

L’identité du correspondant se devine assez vite. Je l’avais repérée bien avant la moitié du roman, et je ne pense pas avoir été particulièrement perspicace. Kasie West ne cherche pas non plus à nous piéger, le plaisir est ailleurs, dans l’attente et le décalage. Mais si vous aimez être surprise, vous ne le serez pas.

Le lycée reste par ailleurs un lycée américain de fiction, avec ses casiers, sa cafétéria et sa hiérarchie sociale immuable. Rien de gênant, simplement du terrain déjà beaucoup arpenté. Quelques personnages secondaires sont là pour occuper un emploi et disparaissent dès qu’ils l’ont rempli.

Enfin, les amateurs de tension amoureuse brûlante peuvent passer leur chemin. Ici, tenir la main de quelqu’un est un événement considérable. C’est très doux, très propre, très adolescent au meilleur sens du terme. Il faut être d’humeur.

Verdict

J’ai lu ce roman en une soirée et j’ai souri comme une andouille du début à la fin. Je ne vais pas prétendre qu’il m’a bouleversée, mais il m’a fait un bien fou, ce qui n’est pas si différent. Il y a des périodes où l’on a besoin d’une histoire qui ne fasse de mal à personne, où le pire ennemi est un devoir de chimie et où tout le monde finit par se comprendre.

Et je retiens la leçon : arrêter de regarder de haut les romans écrits pour les adolescents. Celui-ci est mieux construit que bien des romans pour adultes que j’ai chroniqués cette année. Si vous avez seize ans, offrez-le-vous. Si vous en avez trente, offrez-le-vous aussi et ne dites rien à personne.

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