« Le Contrat » : le dernier tome de Barbie et Lancaster
New romance·5 min de lecture
Un an d’attente. C’est long, un an, quand on a refermé un tome sur une phrase qui vous laisse le coeur de travers. Le troisième volume du « Contrat » de Tara Jones arrive aujourd’hui chez Hugo Roman, dans la collection Fyctia La Condamine, et il met un point final à l’histoire d’Angeline, que tout le monde appelle Barbie, et de Lancaster. J’avais prévu de lire trois chapitres avant de dormir. J’ai éteint la lampe à deux heures du matin, les yeux qui piquaient, en me demandant comment j’allais tenir la journée.
Il faut se rappeler d’où vient cette série. « Le Contrat » a d’abord vécu sur Fyctia, la plateforme d’écriture lancée par Hugo, avant d’atterrir en librairie et de devenir l’un de ces titres qu’on voit passer partout, sur les blogs, dans les groupes de lectrices, jusque dans les listes de vacances des copines qui ne lisent jamais de romance. Ce genre de succès me rend toujours un peu méfiante. J’ai ouvert le premier tome par curiosité, plus pour comprendre le bruit que par envie réelle. Je me suis fait avoir comme les autres.
Mariés, installés à New York, et toujours aussi doués pour se compliquer la vie
On retrouve donc le couple là où on l’avait laissé, marié, réinstallé de l’autre côté de l’Atlantique. Sur le papier, tout est réglé. Dans les faits, rien ne l’est. Barbie découvre qu’il reste des zones d’ombre entre elle et son mari, et comme elle a le doute facile, ça part très vite en vrille. Ajoutez à ça un danger qui rôde autour d’eux et qui les oblige à serrer les rangs alors qu’ils ne se parlent plus vraiment, et vous avez le moteur de ces trois cent quatre-vingts pages.
Ce qui me plaît chez Barbie, c’est qu’elle n’est jamais confortable. Elle est amoureuse mais elle ne se fait pas confiance, et surtout elle ne fait pas confiance aux autres. Ses doutes lui ont déjà coûté cher dans les tomes précédents, et Tara Jones a le courage de ne pas la guérir d’un coup de baguette. Elle progresse par à-coups, elle recule, elle recommence. J’ai eu envie de la secouer une bonne dizaine de fois, ce qui est plutôt bon signe. Les héroïnes lisses, je les oublie en trois jours.
Lancaster reste égal à lui-même, c’est-à-dire pénible et attachant dans les mêmes proportions. Il protège au lieu d’expliquer, ce qui est la pire des méthodes avec une femme qui a besoin qu’on lui dise les choses. Une bonne moitié des tensions du roman viendrait à disparaître s’il acceptait de parler pendant vingt minutes. C’est frustrant, et c’est aussi terriblement crédible, parce que je connais des gens comme lui dans la vraie vie.
Ce qui fonctionne, et ce qui m’a fait lever les yeux au ciel
La force de Tara Jones, c’est le rythme. Elle écrit court, elle coupe ses chapitres au bon endroit, elle sait exactement à quel moment vous n’avez plus le droit de poser le livre. Les dialogues claquent, l’humour arrive quand la tension devient trop lourde, et le tout se lit à une vitesse déraisonnable. Sur ce plan, elle mérite son succès et je comprends que la série ait pris cette ampleur.
Maintenant, je ne vais pas faire semblant. Il y a des passages où j’ai soupiré. Certains malentendus tiennent sur pas grand-chose et se dénouent en une phrase, ce qui donne l’impression que l’autrice étire un peu le suspense pour tenir la distance. Le volet danger, lui, m’a moins convaincue que la partie intime. Quand le roman s’occupe du couple, il est très juste. Quand il s’occupe de la menace extérieure, il devient plus mécanique, plus attendu, et j’ai lu ces chapitres plus vite.
Il y a aussi la question du volume. Trois tomes pour une même histoire d’amour, c’est une promesse d’immersion, mais c’est aussi le risque de tourner en rond. Je trouve que celui-ci s’en sort mieux que le précédent parce qu’il assume enfin d’aller vers la conclusion au lieu de repousser l’échéance. On sent que l’autrice sait où elle va.
Un final qui tient debout
Je ne dirai rien de la fin, évidemment. Je dirai juste qu’elle ne triche pas. Tara Jones aurait pu offrir une résolution sucrée où tout le monde se pardonne en trois pages, elle a préféré faire payer à ses personnages ce qu’ils ont semé. Le dernier quart m’a tenue en apnée et j’ai relu le dernier chapitre deux fois, une fois pour savoir, une fois pour savourer. C’est exactement ce que j’attends d’une conclusion de série.
Est-ce que je conseillerais cette série à quelqu’un qui n’a jamais touché à la new romance française ? Sans doute pas en premier. C’est un texte qui va vite, qui joue sur les émotions fortes, et qui demande d’accepter ses excès. Mais à une lectrice qui a déjà aimé les deux premiers tomes, je dis foncez, vous n’allez pas être laissées en plan. Et si vous cherchez d’autres titres du même genre, il y en a quelques-uns dans mes chroniques.
Je referme donc cette histoire avec le petit pincement habituel. On passe un an avec des personnages, on les engueule, on les défend devant les copines, et puis un jour on tourne la dernière page et ils continuent leur vie sans nous. Barbie et Lancaster m’auront bien occupée. Je leur souhaite d’être enfin tranquilles, ce dont je doute fortement.