« Cry for help » de Liam Fost, un thriller ado qui met mal à l’aise
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Je vais commencer par une confession : je ne lis presque jamais de thrillers. J’ai un mal fou avec les romans qui me laissent le coeur en vrac au moment d’éteindre la lumière, et je connais mes limites. Alors quand j’ai vu passer « Cry for help » de Liam Fost, primé par le concours thriller de Fyctia, je me suis dit que ce n’était pas pour moi. Je l’ai ouvert un dimanche après-midi, en plein jour, avec du thé, en me donnant le droit d’arrêter. Je ne me suis pas arrêtée.
Le point de départ est simple et redoutablement efficace. Alice arrive dans une nouvelle ville, un nouveau lycée, avec le caractère bien trempé de celles qui n’ont jamais eu peur du changement. Sauf qu’elle apprend très vite qu’une élève a disparu de cet établissement deux ans plus tôt, et que cette élève lui ressemblait trait pour trait. À partir de là, elle devient l’attraction du couloir. On la dévisage, on chuchote, on lui pose des questions qu’elle ne peut pas comprendre. Avec l’aide d’Alex, un garçon rencontré sur place, elle décide de creuser.
Le lycée comme lieu d’angoisse
Ce qui m’a le plus impressionnée, c’est que l’auteur n’a pas besoin de cave humide ni de tueur masqué pour faire monter la tension. Son décor, c’est un lycée ordinaire, avec ses groupes, ses rumeurs, ses profs qui détournent le regard. Et ça suffit largement. Le malaise vient de la façon dont les adolescents se comportent entre eux, de ce mélange de curiosité malsaine et de cruauté ordinaire qu’on reconnaît immédiatement si on a été au collège un jour dans sa vie.
Liam Fost écrit ses ados sans les prendre de haut, et c’est plus rare qu’il n’y paraît. Alice n’est pas une enquêtrice miniature qui résout tout par déduction. Elle a peur, elle se trompe, elle fait des choix idiots parce qu’elle a seize ans et que la peur pousse à faire des choses idiotes. Ses parents existent, ils s’inquiètent, ils ne comprennent rien. La bande de copains a ses trahisons minuscules. Rien de tout cela n’est décoratif, tout sert l’histoire.
Il y a aussi cette idée du double qui travaille tout le roman en sourdine. Ressembler à une fille disparue, c’est porter sur son visage quelque chose qui ne vous appartient pas. Alice devient un rappel vivant pour ceux qui voudraient oublier, et une menace pour celui qui sait. L’auteur exploite ça très bien, notamment dans les scènes où elle croise des adultes qui blanchissent d’un coup en la voyant.
Une romance discrète, et c’est tant mieux
Il y a une histoire d’amour naissante entre Alice et Alex, et j’avoue que je redoutais qu’elle prenne toute la place. Vous me connaissez, j’adore la romance, mais dans un thriller elle a une fâcheuse tendance à ralentir la machine et à rendre les personnages imprudents pour de mauvaises raisons. Ici, elle reste à sa place. Elle avance par petites touches, par gênes, par silences dans une voiture. Elle donne à Alice quelqu’un à qui parler, ce qui est exactement son rôle narratif, et elle ne transforme jamais l’enquête en prétexte à rendez-vous.
Sur la construction, le roman avance par blocs courts avec des chapitres qui se referment sur une information de trop, celle qui vous fait tourner la page. C’est une écriture de plateforme, façonnée par des lecteurs qui votaient et commentaient au fil de la publication, et ça se sent dans le meilleur sens du terme. Le texte n’a pas de gras. Il n’y a pas de longue description de la lumière sur les casiers. On va au fait.
Le revers, c’est que quelques révélations arrivent un peu vite sur la fin, comme s’il fallait boucler avant que le lecteur ne s’impatiente. J’aurais aimé dix pages de plus pour laisser respirer la résolution, et surtout pour voir comment les personnages encaissent ce qu’ils viennent d’apprendre. On a la vérité, on a un peu moins les conséquences. C’est mon seul vrai regret.
Faut-il le mettre entre toutes les mains ?
La question mérite d’être posée puisqu’on est sur un roman avec des personnages adolescents. Je dirais oui à partir de quinze ans, sans hésitation, à condition d’accepter que le livre parle de disparition, de mensonge familial et de ce que les adultes cachent aux enfants. Il n’y a rien de gratuit ni de complaisant. Le malaise vient de la situation, pas d’une surenchère de détails sordides, et je trouve ça beaucoup plus fort.
Ce que j’ai aimé par-dessus tout, c’est de sortir de ma zone habituelle et de me rappeler que la peur de tourner la page est un plaisir de lecture à part entière. J’ai lu ce roman dans la même journée en oubliant complètement les cinq autres qui m’attendaient. Je ne vais pas devenir une lectrice de thrillers du jour au lendemain, mais si Fyctia continue de pousser ce genre de textes, je reviendrai jeter un oeil.
Un mot pour finir sur le titre. « Cry for help », l’appel au secours, prend tout son sens dans le dernier tiers, et c’est le genre de détail qui me fait aimer un livre après coup. On croit avoir compris à quoi il renvoie, et on se rend compte qu’il désigne quelqu’un d’autre. Bien joué.