Un fauteuil en cuir dans une bibliothèque — illustration de « [Alpha Challenge] A comme Andersen »

[Alpha Challenge] A comme Andersen

Culture·4 min de lecture

Bonjour tout le monde ! Aujourd’hui, je m’attaque au livre qui dort sur ma pile à lire depuis presque un mois et qui coche deux cases d’un coup : mon Été des Classiques et l’Alpha Challenge lancé par une copine blogueuse. La lettre A, donc, et un nom qui s’imposait tout seul : Hans Christian Andersen.

Andersen, tout le monde croit le connaître. Le Danois né en 1805, mort en 1875, celui de La Petite Sirène, du Vilain Petit Canard, de La Princesse au petit pois. On les a tous entendus avant de savoir lire. Sauf que la plupart d’entre nous, moi la première, ne les ont pas vraiment lus. On les a reçus par ricochet, à travers des dessins animés et des livres illustrés pour très petits. Il y a une différence, et elle m’a sauté au visage dès les premières pages.

Ce qu’on découvre quand on relit à vingt-deux ans

Première surprise : la brièveté. La Princesse au petit pois, publiée en 1835, tient sur deux pages et se termine sur une pirouette qui m’a fait rire toute seule dans mon canapé. Le narrateur ne prend pas ses lecteurs pour des idiots, il glisse une ironie de conteur qui parle autant aux adultes qu’aux enfants. J’avais gardé le souvenir d’une histoire mièvre sur un légume et un matelas. C’est en réalité une petite moquerie sur la noblesse et sur ce qu’elle appelle la délicatesse.

Le Vilain Petit Canard, paru en 1843, m’a serré la gorge davantage que prévu. Je le rangeais dans la catégorie « histoire gentille sur la différence ». En le relisant, ce que je vois surtout, c’est la longueur de la traversée. Le caneton n’est pas rejeté pendant trois paragraphes, il l’est pendant des saisons entières, il a faim, il a froid, il finit par souhaiter mourir. On raconte souvent qu’Andersen a mis beaucoup de lui-même dans ce texte, lui qui venait d’un milieu très modeste et qu’on n’a pas pris au sérieux avant longtemps. Après lecture, je veux bien le croire.

Et puis il y a La Petite Sirène, publiée en 1837, sur laquelle je vais devoir dire des choses désagréables pour ceux qui ont grandi avec la version de 1989. Le conte d’origine ne se termine pas par un mariage. La sirène troque sa voix contre des jambes, chaque pas la fait souffrir comme si elle marchait sur des lames, le prince en épouse une autre, et elle refuse de le tuer pour se sauver elle-même. Ce qu’elle cherche, au fond, n’est pas le garçon : c’est une âme immortelle, celle que les créatures de la mer n’ont pas. Le sujet est autrement plus vaste qu’une histoire d’amour contrariée.

Alors, on garde Disney ou pas ?

Je vais être honnête, parce que c’est le principe de ce blog : je n’ai pas envie de faire la lectrice offusquée qui crache sur les adaptations. J’adore le dessin animé. Je connais les chansons par cœur, je les chante mal, et je continuerai. Ce qui m’intéresse, c’est que les deux versions ne racontent pas la même chose. L’une promet que l’amour finit par arranger les choses, l’autre explique qu’on peut tout donner et ne rien obtenir, et qu’il reste malgré ça une forme de dignité à ne pas faire de mal.

Le seul reproche que je ferais à Andersen, c’est le poids de la morale religieuse dans certains contes. Les récompenses arrivent dans un ailleurs, la souffrance est présentée comme un chemin, et à petite dose ça passe, sur un recueil entier ça pèse. J’ai lu par petits paquets pour cette raison, deux ou trois contes le soir, ce qui est probablement la bonne façon de faire.

Bilan : très heureuse d’avoir posé ce recueil sur ma table de chevet. Je m’attendais à une relecture nostalgique et un peu tiède, j’y ai trouvé un auteur nettement plus dur et plus drôle que le souvenir que j’en avais. Je ne suis pas certaine de le conseiller comme lecture du soir à des enfants très sensibles, ceci dit. Il y a des fins qui piquent.

Prochaine étape de l’Alpha Challenge : la lettre B. J’hésite encore entre deux ou trois noms qui traînent dans la bibliothèque de ma mère, laquelle est en train de devenir ma principale source d’approvisionnement. Si vous avez une suggestion, la boîte à commentaires est ouverte.

Publications similaires