Un roman broché à couverture pastel posé sur un plaid en grosse maille — illustration de La Force de renaître » : amour et résilience

« La Force de renaître » : amour et résilience

Il est 2 heures du matin quand je referme « La Force de renaître », et je sais déjà que la journée de demain va être longue. Tant pis. Certains romans ne se posent pas sur la table de nuit, ils se finissent, point. Celui-là fait partie de la deuxième catégorie.

Le nouveau Brittainy C. Cherry est sorti le 9 septembre chez Hugo, et j’ai honte d’avoir mis deux mois à l’ouvrir. On y rencontre Hazel Stone et Ian Parker, deux jeunes gens abîmés par des familles qui auraient dû les protéger et qui ont fait tout l’inverse. Le hasard les fait travailler ensemble dans une ferme, et c’est là, au milieu du travail physique et des journées qui se ressemblent, que quelque chose commence à se réparer.

Le roman est paru l’an dernier aux États-Unis sous le titre « The Wreckage of Us », littéralement les décombres de nous, et pour une fois je trouve que le titre français ne trahit pas : c’est bien de renaissance qu’il s’agit, pas de ruines. Comptez un peu plus de 450 pages, qui filent sans qu’on les sente passer.

Ce que j’aime dans cette histoire, c’est l’image de l’armure. Hazel et Ian en portent une chacun, épaisse, soudée par des années de coups durs. Et le roman raconte comment ces armures tombent, pas d’un bloc, jamais, mais morceau par morceau, une confidence après l’autre, un geste après l’autre. C’est lent, c’est pudique, et c’est précisément pour ça que ça marche.

Cherry, ou l’art de raconter les cabossés

Vous connaissez ma tendresse pour cette autrice : je vous parlais déjà de « Eleanor & Grey » au tout début du premier confinement, et je disais alors que Cherry écrit le chagrin comme personne. Elle confirme ici, avec un registre encore plus rude : on parle de familles toxiques, de pauvreté, de tout ce qu’on traîne quand on n’a pas eu de chance au départ. Ce n’est pas une lecture pour tous les soirs, et je préfère vous prévenir : certains passages remuent sérieusement.

Si vous la découvrez avec ce billet, sachez qu’elle est arrivée en France en 2016 avec « L’air qu’il respire », premier tome de la série des Elements qui a fait pleurer la moitié de la blogosphère romance, moi comprise, puis que « Behind the Bars » nous emmenait en 2019 du côté de La Nouvelle-Orléans. « La Force de renaître » se lit indépendamment de tout le reste, et c’est même une belle porte d’entrée dans son univers, à condition de savoir qu’on entre ici par son versant le plus sombre.

Ma réserve habituelle reste valable : Cherry flirte parfois avec le trop-plein. Il y a un moment, vers la fin, où j’ai pensé « là, ça fait beaucoup pour deux personnes ». Mais l’émotion l’emporte, parce que Hazel et Ian ne s’apitoient jamais sur eux-mêmes. Ils avancent, têtus, et leur histoire d’amour ressemble moins à un feu d’artifice qu’à une maison qu’on rebâtit pierre par pierre.

Avant d’ouvrir : à qui il s’adresse

Je préfère être claire sur le contenu : il y est question de violences familiales et d’addictions, sans complaisance mais sans détour non plus. Si ces sujets vous touchent de trop près en ce moment, gardez le roman pour une période plus solide. Pour les autres, c’est une lecture qui demande un peu de disponibilité émotionnelle et qui la rend au centuple. Le lectorat idéal ? Celles qui préfèrent les histoires d’amour gagnées de haute lutte aux passions instantanées, et qui aiment qu’une romance parle aussi du reste de la vie, celui qui ne se règle pas d’un baiser.

Petite anecdote de lectrice : j’avais prévu de le lire par petits bouts, pendant mes trajets de métro. J’ai tenu deux jours. Au troisième, j’ai raté ma station, refermé le livre, et décidé qu’il aurait droit à sa nuit entière, ce qui nous ramène au début de ce billet. Certains romans choisissent eux-mêmes leurs conditions de lecture, et on n’a pas voix au chapitre.

Si vous cherchez une romance légère pour rire sous un plaid, passez votre chemin ce mois-ci. Mais si vous voulez une histoire qui parle de résilience sans brochure de développement personnel, avec des personnages qu’on a envie de serrer contre soi, foncez. Et prévoyez une nuit courte, je vous aurai prévenus.

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