« Nos âmes tourmentées » : Morgane Moncomble réussit son pari
Je ne connaissais pas Morgane Moncomble il y a trois semaines. C’est ma libraire qui m’a mis « Nos âmes tourmentées » entre les mains, sorti mi-octobre chez Hugo Roman, avec un simple « fais-moi confiance ». Je l’ai lu d’une traite un dimanche de pluie, et je lui dois des excuses pour avoir hésité devant la couverture.
Azalea revient à Charleston, sa ville natale, et ce n’est pas de gaieté de cœur. Sa mère vient de mourir, une mère avec qui elle n’avait pour ainsi dire aucune relation, et il faut régler la succession : une maison, des souvenirs qu’on n’a pas envie de rouvrir, une ville qu’on avait quittée pour de bonnes raisons. Ce retour forcé va obliger Azalea à affronter ce qu’elle avait laissé derrière elle.
Petit sourire en passant : Charleston, ici, c’est la ville de Caroline du Sud, pas ma maison d’édition fétiche. Le décor sudiste, moite et chargé de passé, colle en tout cas parfaitement à cette histoire de retour aux sources qu’on aurait préféré éviter.
D’où sort Morgane Moncomble ?
Renseignements pris, ma libraire avait un train d’avance mais pas de boule de cristal : il suffisait de regarder du côté de Wattpad, la plateforme d’écriture où ce texte est né et où l’autrice publie depuis des années. Étudiante en lettres à Paris, elle écrit depuis ses douze ans, et elle a passé près de trois ans sur ce roman avant de le proposer à son éditeur. Ça se sent : ces quelque 500 pages ne ressemblent pas à un premier jet encouragé par des statistiques de lecture, mais à un texte retravaillé, resserré, pensé de bout en bout.
Le chemin est balisé, remarquez : Hugo Roman est la maison qui a installé la new romance en France, et c’est déjà chez elle qu’avait atterri « After » d’Anna Todd, autre phénomène venu de Wattpad, en 2015. Mais la comparaison s’arrête vite. Là où beaucoup de textes issus des plateformes gardent leurs tics, chapitres calibrés pour le cliffhanger, romance qui écrase tout le reste, Moncomble construit un vrai roman, avec une architecture et un propos.
Le pari des sujets qui fâchent
Le pari du titre, le voilà : écrire une new romance qui ne détourne pas les yeux. Ce roman aborde des sujets très durs, violences, harcèlement, dépression, et je préfère le dire clairement pour que chacun sache où il met les pieds. Là où beaucoup d’autrices du genre saupoudrent du drame pour faire joli, Moncomble traite ces thèmes frontalement, avec un sérieux et une pudeur qui m’ont bluffée. À aucun moment je n’ai senti le drame utilisé comme décor. Il est le cœur du livre, et la romance vient s’y accrocher comme une raison d’espérer, pas comme un pansement magique.
Tout n’est pas parfait. Quelques dialogues sonnent un peu jeunes, deux ou trois ficelles se voient venir de loin, et le rythme se cherche dans le premier quart. Mais l’émotion, elle, ne triche jamais. J’ai été happée par Azalea, par sa colère rentrée, par sa façon de se reconstruire morceau par morceau. Il y a des pages que j’ai lues la gorge serrée, et une scène vers la fin qui m’a carrément fait poser le livre pour respirer.
Une précision d’usage, parce que ce livre ne s’adresse pas à tout le monde : si vous traversez une période fragile, gardez-le pour plus tard, les thèmes abordés ne sont pas décoratifs. Aux autres, et en particulier à celles qui trouvent la new romance trop sucrée pour elles, je dis : c’est exactement le titre qui peut vous réconcilier avec le genre. Prévoyez un week-end entier, il se lit d’une traite ou presque, et une tisane pour redescendre.
Ce qui m’impressionne le plus, c’est la maturité de l’ensemble pour une autrice aussi jeune dans le paysage de la romance française. On sent une voix, une vraie, et ça ne court pas les rues. Je ressors de cette lecture avec une certitude : Morgane Moncomble, retenez ce nom. Si elle écrit déjà comme ça aujourd’hui, je veux être là pour lire la suite. Pari réussi, et haut la main.