Un roman broché à couverture pastel posé sur un plaid en grosse maille — illustration de The Silent Waters » : le silence de Maggie m'a brisé le cœur

« The Silent Waters » : le silence de Maggie m’a brisé le cœur

Il y a des autrices dont j’attends les sorties comme d’autres attendent les soldes. Brittainy C. Cherry en fait partie depuis que j’ai découvert sa série Elements, dont chaque tome se construit autour d’un élément. « The Silent Waters », le troisième, paraît aujourd’hui chez Hugo Roman dans une traduction de Marie-Christine Tricottet, et c’est l’eau qui donne le ton. Une eau silencieuse, profonde, dont on ne ressort pas indemne.

Maggie ne parle plus. Un drame survenu dans son enfance l’a privée de sa voix, et depuis, elle communique par la langue des signes. Brooks, lui, est cet ami d’enfance qui a su voir au-delà de son silence, le premier à la comprendre vraiment. Ils grandissent, ils s’aiment, et ils tentent d’affronter ensemble ce que la vie a de plus douloureux : elle voit en lui la lumière de ses jours sombres, lui se débat avec ses propres souvenirs. Je n’en dirai pas plus sur l’intrigue, parce que ce roman se vit à l’aveugle, et que je vous interdis de vous faire spoiler.

Écrire le silence, et y arriver

Ce qui me fascine, c’est le pari d’écriture. Une héroïne qui ne prononce pas un mot pendant des centaines de pages, ça pourrait être un gadget. Chez Brittainy C. Cherry, ça devient une force : le silence de Maggie prend toute la place, il oblige les autres personnages à écouter autrement, et il nous oblige, nous lecteurs, à ralentir. J’ai rarement autant ressenti un personnage qui parle si peu.

Je vous dois la vérité sur mes conditions de lecture : j’ai commencé hier en fin d’après-midi, en me promettant d’être raisonnable. À deux heures du matin, j’étais assise dans mon lit avec un paquet de mouchoirs entamé et 452 pages derrière moi. Cette femme écrit l’émotion comme personne dans la new romance actuelle, et je pèse mes mots.

L’air, le feu, et maintenant l’eau

Un mot pour celles qui découvrent la série avec cette chronique. Chaque tome des Elements suit un couple différent, sous le signe d’un élément. « The Air He Breathes », le premier, celui de l’air, est le roman qui a fait connaître Brittainy C. Cherry chez nous l’an dernier : Tristan et Elizabeth, deux deuils qui se percutent, un livre passé de main en main dans toute la communauté des lectrices de romance. « The Fire Between High & Lo », le deuxième, joue côté feu, avec une histoire plus âpre et des personnages plus cabossés. L’eau arrive donc en troisième, et le choix de l’élément n’est jamais décoratif chez elle : ici, tout est affaire de profondeur, de surface calme et de courants qu’on ne voit pas venir.

Puisqu’on me demandera mon classement, le voici, tout frais et parfaitement subjectif : l’eau devant, l’air juste derrière, le feu ensuite. Ce que ce tome fait mieux que les deux autres, et mieux que l’essentiel de la new romance qui paraît en ce moment, c’est la retenue. Là où le genre a tendance à tout surligner, Cherry enlève : moins de dialogues, moins d’explications, et une émotion qui monte d’autant plus fort qu’on ne nous dit jamais quoi ressentir. En face, il faut accepter un rythme plus lent que la moyenne, et je sais que certaines lectrices trouveront le début contemplatif. Tenez bon, c’est le prix de la suite.

À qui le conseiller ? À celles qui aiment les romances graves, celles qui préfèrent pleurer pour de bonnes raisons plutôt que frissonner pour de mauvaises. Si vous cherchez de la légèreté et des répliques qui fusent, repassez un autre mois, celui-ci n’est pas d’humeur. Et choisissez bien votre soir : un vendredi ou un samedi, jamais une veille de réunion importante, croyez-en ma nuit d’hier et mes cernes de ce matin. L’an dernier, j’avais conseillé « The Air He Breathes » à Julie, du club de lecture, qui ne m’a toujours pas pardonné l’état dans lequel il l’a mise. Je m’apprête à récidiver ce soir avec un message de trois mots : « Il est sorti. » Je sens que je vais me faire des amies.

Faut-il avoir lu les deux premiers tomes ? Non, chaque volume de la série se lit indépendamment. Mais si vous aimez qu’on vous serre le cœur avec délicatesse, faites comme moi : prenez toute la série, et gardez celui-ci pour un soir où vous avez le droit de pleurer tranquille. Pour moi, c’est à ce jour le plus beau des trois, et il me hantera longtemps.

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