« Honey trap » d’Olivia Miller, la double vie de Riley
New romance·4 min de lecture
Bonjour tout le monde ! Il y a des romans qu’on repère à la seconde où on lit le résumé et dont on sait qu’on ne pourra pas attendre. Honey trap d’Olivia Miller fait partie de cette catégorie. Il arrive aujourd’hui en kiosque, publié par les éditions La Condamine dans la collection Fyctia, et je l’avais dévoré avant même d’avoir décidé si j’allais en parler ici.
Le honey trapping, c’est quoi au juste
Petit détour par le vocabulaire, parce que le titre mérite une explication. Littéralement, on traduirait à peu près par piège à miel. Dans la presse anglophone, le terme désigne une personne séduisante engagée pour tester ou piéger quelqu’un. Dans le cas qui nous occupe, il s’agit d’une femme payée par une épouse ou une compagne pour vérifier si son mari cède à une inconnue. Le principe est glaçant et parfaitement banal une fois qu’on y réfléchit, ce qui est bien le problème.
Riley McDean est étudiante à Londres. Brillante, passionnée de littérature, en couple avec un garçon parfaitement gentil, elle mène en apparence une vie sans aspérités. Sauf que Riley devient régulièrement quelqu’un d’autre. Marilyn Kane, honeytrap professionnelle, avec une garde-robe, une démarche et une manière de parler qui ne sont pas les siennes. Et un jour, un dossier arrive sur son bureau : Crawford Holloway, numéro 418.
Une narration qui fait tout le travail
C’est là que je veux insister, parce que c’est ce qui m’a soufflée. Olivia Miller ne se contente pas de raconter une double vie, elle la fait entendre. Riley et Marilyn n’ont pas la même voix. Le rythme des phrases change, le vocabulaire change, l’humour change. Quand Riley enfile Marilyn, le texte se durcit, devient plus sec, presque cynique. Quand elle la retire, quelque chose se relâche.
Sur le papier, c’est un procédé simple. À l’usage, très peu d’auteurs y arrivent sans que ça sente le dispositif. Ici, j’ai mis une trentaine de pages à réaliser ce qui se passait, et une fois que j’ai compris, j’ai relu le début pour voir. C’est bien là dès le premier chapitre. Ce genre de détail me rend une lectrice extrêmement docile pour le reste du livre.
Le roman en tire aussi son intérêt moral. Riley se raconte qu’elle rend service, qu’elle révèle simplement une vérité qui existait déjà, que ce n’est pas elle qui pousse ces hommes à la faute. Le livre ne la contredit jamais frontalement, il se contente de continuer, et au bout d’un moment on n’y croit plus du tout. C’est fait avec beaucoup de finesse pour un premier roman.
Ce que j’ai aimé, ce qui m’a agacée
Londres est très présente et très bien rendue. Pas la carte postale à cabines rouges, mais des trajets en métro, des bibliothèques universitaires, des bars où l’on attend quelqu’un qui ne vient pas. J’ai trouvé les scènes de campus particulièrement crédibles, avec cette fatigue étudiante qui traîne dans toutes les conversations.
Le personnage du petit ami, en revanche, m’a laissée sur ma faim. Il existe surtout pour rappeler que Riley a une vie normale et il ne se voit jamais offrir de vraie scène à lui. J’aurais aimé que le roman s’intéresse à ce qu’il devine, à ce qu’il refuse de voir. Il y avait quelque chose de douloureux à creuser là et l’autrice passe à côté.
Le dernier tiers accélère aussi un peu brutalement. Deux ou trois révélations arrivent groupées alors que le livre avait pris l’habitude de distiller, et j’ai senti le changement de régime. Ce n’est pas raté, c’est juste que le rythme installé était meilleur.
Je précise pour celles qui posent toujours la question : ce n’est pas un roman doux. Il y a de la tension, des scènes assez crues, et une ambiguïté permanente qui peut mettre mal à l’aise. Si vous cherchez une romance réconfortante, ce n’est pas le bon jour.
Verdict : coup de cœur, sans hésiter. Pour la plume avant tout, pour cette voix double qui m’a occupée bien après la dernière page, et pour un sujet que je n’avais jamais vu traité comme ça en romance. Je surveillerai ce que fera Olivia Miller ensuite. En attendant, mes autres avis se trouvent dans les chroniques.