« Avec toi malgré moi », un téléphone perdu et deux caractères impossibles
New romance·4 min de lecture
Deuxième article de la journée, et pas des moindres puisque le livre sort aujourd’hui chez Hugo Roman : « Avec toi malgré moi », du duo Vi Keeland et Penelope Ward. Les habituées savent que ces deux autrices écrivent ensemble depuis plusieurs romans, et que leurs textes à quatre mains ont une signature reconnaissable, mi-piquante mi-tendre. Là, elles nous servent une rencontre qui commence par une intrusion pure et simple dans la vie privée de quelqu’un, et j’ai adoré ça.
Le pitch
Soraya croise Graham dans le train. Il est en costume, il hurle sur quelqu’un au téléphone, il a tout du homme d’affaires arrogant qu’elle déteste par principe. Elle est ravie quand elle s’aperçoit qu’il a oublié son portable. Avant de le lui rendre, elle explore consciencieusement ses données personnelles, ce qui confirme son diagnostic. Ou pas. Parce que Graham est peut-être un peu plus que ce qu’elle a découvert ce matin-là.
Tout est là. Deux personnes que rien ne rapproche, elle qui teint ses pointes selon son humeur, lui qui vit boutonné jusqu’au col, et une relation qui démarre de la manière la plus bancale possible.
Pourquoi ça marche
Le premier tiers est un régal. Les échanges entre eux, une fois le téléphone rendu, ont ce rythme de ping-pong que j’aime tant. Soraya n’est pas impressionnée une seconde par le personnage, elle lui renvoie tout dans les dents, et lui découvre avec une lenteur comique qu’il ne sait pas du tout comment se comporter avec quelqu’un qui ne le craint pas. J’ai ri à voix haute plusieurs fois, ce qui est toujours embarrassant quand on lit dans une salle d’attente.
J’aime aussi que Soraya soit un personnage complet et pas seulement l’antidote fantaisiste du monsieur en costume. Elle a un travail, des amis, des soucis d’argent, un caractère qui l’arrange rarement. Elle ne débarque pas dans la vie de Graham pour lui apprendre la joie. Elle a la sienne, elle y tient, et la question qui se pose est de savoir si elle a envie de faire de la place.
Quant à Graham, il est écrit avec plus de finesse que la moyenne de ses collègues en costume trois pièces. Sa froideur a une raison, on la découvre progressivement, et cette raison ne sert pas d’excuse commode à ses pires comportements. Il doit changer, il le sait, et le roman ne lui fait pas de cadeau là-dessus. C’est appréciable dans un genre qui a parfois tendance à confondre blessure et permis d’être détestable.
Mes réserves
Il y a une chose qui m’a gênée et je préfère la dire : Soraya fouille le téléphone d’un inconnu. Le roman en fait un ressort comique et n’y revient à peu près jamais. Je me suis demandé quelle aurait été ma réaction si les rôles avaient été inversés, si c’était lui qui avait épluché son répertoire et ses photos. Je n’aurais probablement pas trouvé ça drôle du tout. Le livre esquive légèrement la question.
Ensuite, le milieu du roman s’installe dans une routine de disputes suivies de réconciliations qui tourne un peu à vide. On voit venir le schéma, on attend patiemment que la vraie difficulté arrive. Quand elle arrive, d’ailleurs, elle est bien amenée, mais il a fallu traverser une centaine de pages de va-et-vient.
Petit mot sur les scènes sensuelles, puisqu’on me pose souvent la question. Elles sont assez présentes et plutôt explicites, dans la lignée de ce que font ces autrices habituellement. Bien écrites, jamais mécaniques, mais si vous cherchez une romance sage, passez votre chemin.
Le mot de la fin
C’est exactement le genre de livre que je conseille quand quelqu’un me dit qu’il n’a pas le temps de lire. On l’ouvre le soir, on le termine le lendemain, on passe un moment franchement agréable, et on retient deux ou trois répliques qu’on ressort ensuite au bureau. Ce n’est pas le roman qui va bouleverser votre vision de l’amour, ce n’est pas non plus sa mission.
Ce que je retiens surtout, c’est que la formule des opposés qui s’attirent, aussi usée soit-elle, fonctionne encore parfaitement quand les deux opposés sont écrits comme des adultes et pas comme des cases à cocher. Ici, c’est le cas. Bonne lecture, et pensez à ne pas oublier votre téléphone dans le train.