Un roman broché à couverture pastel posé sur un plaid en grosse maille — illustration de Prude à frange », premier round : en avant la Cadence !

« Prude à frange », premier round : en avant la Cadence !

Je vous vois d’ici hausser un sourcil devant ce titre : « Prude à frange ». Avouez qu’il intrigue. C’est d’ailleurs exactement ce qui m’a fait attraper ce roman de C. S. Quill, sorti au début du mois chez Hugo, sous-titré « Premier round ». Et le sous-titre n’est pas décoratif, croyez-moi.

Cadence est prête à tout pour retrouver sa meilleure amie, disparue dans des circonstances étranges. Et quand je dis tout, c’est tout : y compris infiltrer la mystérieuse organisation Round, dont elle ignore à peu près tout, sinon qu’elle détient peut-être la clé de cette disparition. Voilà notre prude à frange embarquée dans un monde qui n’est pas le sien, où elle va devoir donner beaucoup plus d’elle-même que prévu.

Une héroïne qui porte bien son prénom

Parlons de Cadence, parce que tout repose sur elle. Son prénom lui va comme un gant : une fois lancée, elle ne s’arrête plus, et le roman non plus. J’ai aimé son mélange de maladresse assumée et d’obstination pure. C’est le genre d’héroïne qui fonce dans le mur en le voyant très bien, par loyauté pour son amie, et cette loyauté-là m’a beaucoup plus émue que je ne m’y attendais dans un roman aussi rythmé.

Côté ambiance, C. S. Quill joue sur deux tableaux : l’humour, avec une héroïne dont le décalage fait des étincelles à chaque chapitre, et la tension, parce que cette organisation Round a de quoi rendre méfiant. Le cocktail fonctionne : j’ai raté ma station de métro deux soirs de suite, ce qui reste mon baromètre le plus fiable pour juger un page-turner.

Il faut être honnête sur un point : c’est un premier round, et il en a les codes. Comprenez : on referme le livre avec plus de questions que de réponses, et une furieuse envie d’attraper la suite. Si vous détestez attendre, gardez-le sous le coude jusqu’à la sortie du second round. Moi, je n’ai pas eu cette patience, et me voilà condamnée à guetter la suite en rongeant mon frein.

Fyctia, Burning Dance et la nouvelle vague française

Deux mots sur l’autrice, parce qu’elle n’arrive pas de nulle part. C. S. Quill a été repérée sur Fyctia, la plateforme d’écriture maison de Hugo où les lectrices découvrent les histoires chapitre par chapitre et votent pour leurs préférées. On lui doit déjà « Burning Dance », paru fin 2016, qui nous emmenait dans l’univers des concours de street dance, puis « Burning Games », côté jeux et casinos. Avec « Prude à frange », elle change encore une fois complètement de décor, et c’est précisément ce que j’apprécie chez elle : pas de recette recopiée d’un livre à l’autre, mais une plume qui se reconnaît, vive, moqueuse, jamais mièvre.

Et il faut replacer cette sortie dans son moment. Depuis le raz-de-marée « After » il y a trois ans, la new romance en France a longtemps été une affaire de traductions américaines empilées sur les tables des librairies. Ce qui change sous nos yeux, c’est que les plumes françaises n’imitent plus : elles ont trouvé leur ton, leur ironie, leurs références à nous. Ce mélange d’autodérision et de suspense un peu noir, je ne le trouve dans aucune traduction en ce moment, et ça me rend assez fière de notre équipe nationale de la romance.

À qui le conseiller ? Aux lectrices qui aiment quand ça avance, d’abord : c’est le compagnon parfait des trajets quotidiens, à condition d’accepter le risque ferroviaire évoqué plus haut. À celles qui veulent tester la new romance française sans passer par la case guimauve, ensuite, parce qu’on est ici à la lisière du roman à suspense. Je l’ai d’ailleurs prêté à ma collègue Sophie, qui lit une romance par trimestre en s’en excusant presque : elle me l’a rendu lundi matin avec des yeux de chat botté et une seule question, « c’est quand, la suite ? ». Si vous détestez les fins ouvertes, vous êtes prévenues : achetez-le maintenant, rangez-le bien en vue, et attendez le round suivant pour ouvrir les hostilités.

En résumé : un titre qui fait sourire, une héroïne qu’on adopte, un mystère qui tient la distance. La new romance française a trouvé là une plume espiègle, et je compte bien monter sur le ring pour le round suivant.

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