Un livre relié noir sur un drap de satin sombre — illustration de « « Dark Desires » de Zara Cox : deux hommes cassés et un club new-yorkais »

« Dark Desires » de Zara Cox : deux hommes cassés et un club new-yorkais

Dark romance·5 min de lecture

J’aime bien l’idée de consacrer un rendez-vous à une série entière plutôt qu’à un tome isolé. Chroniquer un premier volume quand les suivants existent déjà revient souvent à juger un plat à la première bouchée. Ce mois-ci, je m’attaque donc à Dark Desires de Zara Cox, publiée chez Milady, avec Porn Star en février, Undesirable en mars, et la novella Weak Spot glissée dans le second volume.

Autant le dire tout de suite : ce n’est pas une lecture pour tout le monde, et Milady ne s’en cache pas puisque la série est annoncée pour un public adulte averti. On est dans la romance érotique très sombre, avec des personnages abîmés qui font des choses discutables et que le roman ne cherche pas à excuser à chaque page. Si vous êtes sensible à la violence psychologique, aux automutilations et à la pornographie comme thème central, passez votre chemin sans culpabiliser.

Quinn et Axel, associés dans la revanche

Quinn Blackwood et Axel Rutherford sont deux hommes d’affaires multimillionnaires, propriétaires ensemble d’un club new-yorkais, le XYNYC. Charismatiques, entourés, admirés. Et pourtant chacun est mangé de l’intérieur par la haine qu’il voue à son père. Quinn produit des films pornographiques dans lesquels il met en scène une femme qu’il sélectionne lui-même. Axel, lui, regarde des vidéos en boucle et se blesse. Le décor est planté en quelques chapitres, et il n’est pas joyeux.

Ce qui m’a intéressée, c’est la construction en miroir. Deux hommes, deux pères, deux façons de transformer la douleur en rituel. Zara Cox aurait pu se contenter d’un seul héros torturé et de sa rédemption par l’amour, formule mille fois vue. Elle a préféré poser un duo, et la comparaison entre les deux trajectoires donne à la série une épaisseur que le premier tome, seul, ne laissait pas deviner.

Ce qui fonctionne, et à quel prix

L’écriture est nerveuse, très visuelle, avec des chapitres courts qui vous entraînent bien au-delà de l’heure raisonnable. J’ai lu le premier volume d’une traite un dimanche, ce qui n’était pas forcément une bonne idée pour le moral du lundi. L’autrice sait installer une tension et la faire durer, y compris dans les scènes qui ne sont pas des scènes de sexe, ce qui est plus rare qu’on ne croit dans ce rayon.

Les héroïnes m’ont plu davantage que je ne le craignais. Elles ne servent pas de simples miroirs à la souffrance masculine, elles ont leurs propres raisons d’être là, leur propre compte à régler. C’est un point sur lequel je suis devenue exigeante avec les années : je supporte de moins en moins les romans où la femme n’existe que pour réparer un homme. Ici, il y a un échange, même s’il reste bancal.

Maintenant, le prix à payer. La série accumule beaucoup, peut-être trop. Chaque révélation cherche à dépasser la précédente, et arrivée au second volume, j’ai commencé à sentir la mécanique. Quand un roman surenchérit sur l’horreur du passé pour maintenir l’attention, il finit par produire l’effet inverse : je ne suis plus choquée, je note. Il y a un moment, vers le milieu du deuxième tome, où j’ai levé les yeux du livre en me disant que là, on en faisait un peu beaucoup.

La novella qui change tout

Weak Spot, la novella glissée dans le second volume, m’a réconciliée avec l’ensemble. Sur un format court, Zara Cox est obligée de renoncer à la surenchère et de se concentrer sur une seule chose : le point de rupture d’un personnage. C’est bref, c’est frontal, et c’est à mon avis le meilleur texte du lot. Je trouve d’ailleurs l’idée éditoriale intelligente, parce que la novella éclaire le tome principal au lieu de le prolonger artificiellement pour vendre un livre de plus.

Faut-il lire cette série ? Si la dark romance vous parle, oui, en connaissance de cause et pas en fin de journée difficile. C’est une lecture qui prend de la place, qui laisse un goût amer, et qui ne cherche pas à vous consoler à la dernière page. J’ai apprécié cette honnêteté, même quand elle m’a mise mal à l’aise.

Si en revanche vous cherchez de la romance qui réchauffe, il y a mille autres titres pour ça, et j’en parle régulièrement ici. Chacun ses besoins selon les semaines. Moi, j’ai refermé Dark Desires avec l’envie très nette d’ouvrir une comédie sentimentale bien niaise pour me remettre, et c’est exactement ce que j’ai fait le soir même. Aucun regret, ni pour l’un ni pour l’autre.

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