Un livre relié noir sur un drap de satin sombre — illustration de « « With You » : la dark romance française qui vous attrape à la gorge »

« With You » : la dark romance française qui vous attrape à la gorge

Dark romance·4 min de lecture

J’avais besoin de m’évader, j’ai choisi un roman sur deux adolescents séquestrés pendant des années. Je vous laisse juger de la qualité de mon raisonnement. With You, écrit à quatre mains par Amélie C. Astier et Mary Matthews et publié chez Milady, traînait sur ma table depuis sa sortie en mars, et j’ai fini par l’ouvrir un soir sans me méfier. Cinq cent soixante et une pages plus tard, je n’avais toujours pas envie de le poser.

Quatorze ans plus tard

Reagan et Vic ont été enlevés et retenus prisonniers pendant leur adolescence. Ensemble, ils ont traversé le pire, et dans le secret de cet enfermement, ils se sont aimés. Puis la captivité a pris fin et la vie les a séparés. Quatorze ans après, alors que la justice s’apprête enfin à passer, leurs chemins se recroisent. Ils ne sont plus les mêmes, et ce que les années ont fait d’eux constitue le vrai sujet du roman.

Le récit avance sur deux temporalités, le passé de la séquestration et le présent du procès. C’est un choix risqué. Les allers-retours peuvent facilement désamorcer la tension, puisqu’on sait dès le début que les personnages s’en sortiront. Les autrices ont trouvé la parade : la question n’est jamais de savoir s’ils survivront, mais ce qu’ils auront dû abandonner d’eux-mêmes pour y arriver. Et cette question-là reste ouverte jusqu’à la fin.

Une histoire d’amour qui n’aurait pas dû exister

C’est le point qui va diviser, et je comprends parfaitement les lectrices que ça bloquera. Un sentiment amoureux né dans un contexte pareil pose des questions que le roman n’esquive pas. Est-ce de l’amour ou la seule chose à laquelle deux gamins pouvaient s’accrocher pour ne pas devenir fous ? Les autrices ne tranchent pas à notre place, et je trouve ça courageux. Elles racontent ce lien comme quelque chose de beau et de terrifiant à la fois, sans le nettoyer et sans le romantiser.

J’ai lu suffisamment de romans où le traumatisme sert de décor pour reconnaître quand ce n’est pas le cas. Ici, les séquelles ne disparaissent pas parce que l’histoire d’amour progresse. Reagan a des réflexes qui ne la lâchent pas, Vic a des zones dans lesquelles personne n’entre, et les retrouvailles ne réparent pas quatorze ans en trois chapitres. C’est peut-être ce que j’ai le plus apprécié : la patience.

Sur la forme, l’écriture à quatre mains ne se voit pas, et c’est le meilleur compliment possible pour ce genre d’exercice. Le texte a une seule voix, une seule respiration. Les phrases sont parfois sèches, parfois très longues quand la panique monte, et ce rythme irrégulier colle exactement à ce que traversent les personnages.

Ce que je reproche quand même

La longueur, d’abord. Cinq cent soixante pages, c’est ambitieux, et il y a un ventre mou dans le dernier tiers où les scènes de procès s’étirent. J’aurais coupé une cinquantaine de pages sans hésiter, notamment des passages où les personnages secondaires expliquent au lecteur ce qu’il a très bien compris tout seul cent pages plus tôt.

Ensuite, certains seconds rôles restent des fonctions plutôt que des personnes. L’entourage de Reagan sert surtout à provoquer des scènes de confrontation, et j’aurais aimé que quelqu’un, dans ce roman, soit simplement maladroit et bienveillant sans arrière-pensée. Le livre est tellement occupé à tenir sa tension qu’il oublie de respirer.

Cela dit, je ressors de cette lecture avec des images qui ne me quittent pas. Il y a une scène, dans la partie consacrée à la captivité, que je ne raconterai pas et qui m’a fait poser le livre pour aller marcher dans le couloir. Ça ne m’arrive pas souvent. Quand un roman produit cet effet-là, je considère qu’il a fait son travail, même imparfaitement.

À qui le conseiller ? Aux lectrices de dark romance qui veulent autre chose que des milliardaires tourmentés, et à celles qui aiment que le genre serve un vrai sujet. Aux autres, je dirais d’y aller prudemment, en sachant ce qu’elles vont trouver. Ce n’est pas un roman qu’on lit distraitement dans une salle d’attente, et je le sais pour avoir essayé.

Une dernière remarque, plus large. Ça fait plaisir de voir de la dark romance écrite en français, publiée en français, sans passer par la case traduction. On a longtemps eu l’impression que le genre était une affaire américaine. Ce roman prouve le contraire, et j’espère qu’il ne sera pas une exception.

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