Un roman sombre posé près d'un chandelier aux bougies allumées — illustration de « « Black feelings tome 2 » de Mo Gadarr : dépression et reconstruction sur Oléron »

« Black feelings tome 2 » de Mo Gadarr : dépression et reconstruction sur Oléron

Dark romance·4 min de lecture

Ma première lecture de 2020, et je n’ai pas choisi la plus légère. « Black feelings tome 2 » de Mo Gadarr était très attendu de mon côté : le premier tome avait remporté le concours Dark Attraction de la plateforme Fyctia en 2018 et m’avait laissée sonnée. Je voulais savoir ce qui était réservé à Nathan, et surtout si l’autrice tiendrait la même exigence sur un deuxième livre.

Réponse courte : oui. Réponse longue : elle change même de terrain, ce qui est plus courageux que de refaire le premier tome en un peu différent.

Revenir là où tout a commencé

Le cœur brisé, Nathan sort d’une période très sombre dont il peine à se relever. Il décide de repartir du bon pied et revient sur les terres de son enfance, l’île d’Oléron, pour commencer une nouvelle année scolaire comme professeur de mathématiques. Il imaginait un cocon confortable dans la maison familiale. Le destin en a décidé autrement et le passé lui saute au visage dès les premiers jours.

Ce qui frappe d’abord, c’est le traitement de la dépression. Mo Gadarr ne l’écrit pas comme une tristesse un peu photogénique. Elle écrit la fatigue, le vide, l’impossibilité de se réjouir de choses qui devraient réjouir, la culpabilité qui suit. Nathan n’est pas un héros ténébreux qui pose, c’est un homme qui essaie de tenir debout et qui n’y arrive pas tous les jours. J’ai trouvé cette justesse rare dans une romance.

Le décor y est pour beaucoup. Oléron hors saison, avec ses plages vides et sa lumière basse, colle parfaitement à l’état intérieur du personnage. L’autrice connaît manifestement l’île, ou en tout cas elle a fait le travail, parce que les lieux ne sont pas des cartes postales. On sent le vent, les commerces fermés, la vie qui se rétracte dès que les touristes repartent.

Zina, l’autre visage du livre

Nathan croise Zina, l’amour de son enfance. Elle est solaire alors que rien dans sa vie ne l’y invite : elle porte à bout de bras un père alcoolique dont elle a la charge. Le contraste entre eux deux est le vrai moteur du roman. Lui est effondré et a tout pour aller bien sur le papier, elle tient debout dans des conditions objectivement terribles.

Mo Gadarr évite soigneusement de faire de Zina une infirmière chargée de réparer Nathan. C’est un piège classique de ce genre d’histoire et je l’attendais au tournant. Elle a sa vie, ses limites, ses colères. Il y a une scène où elle refuse de porter le poids de quelqu’un d’autre qui m’a arraché un « enfin » à voix haute dans mon canapé.

Le sujet des enfants victimes de violences familiales traverse tout le livre. C’est traité frontalement, sans complaisance et sans détail gratuit. Si vous êtes sensible à ces thématiques, prenez la précaution de le savoir avant d’ouvrir le roman. L’autrice ne cherche pas à choquer, mais elle ne recule pas non plus, et certaines pages sont difficiles.

Ce que ce tome apporte au précédent

Le premier tome parlait de harcèlement scolaire. Celui-ci prolonge la réflexion d’une autre manière : que devient-on quand on a grandi dans un environnement qui abîme ? Les deux livres se répondent sans que le second soit une redite. On peut techniquement lire celui-ci seul, l’intrigue se tient, mais on perdrait beaucoup de résonance.

Sur l’écriture, je note une nette progression. La plume est plus posée que dans le premier tome, moins pressée de tout dire. Il reste quelques formules un peu appuyées, notamment dans les passages introspectifs, où l’autrice explique parfois ce qu’elle vient de très bien montrer. C’est un défaut mineur et il se corrige avec l’expérience.

Je ressors de cette lecture avec un attachement sincère pour Nathan et une envie de suivre Mo Gadarr sur ce qu’elle écrira ensuite. Commencer l’année avec un livre pareil, ce n’est pas exactement reposant, mais c’est le genre de secousse qui remet en marche. Mes autres avis sont à retrouver dans les chroniques du blog.

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