« Endless Night » tome 2 : Estelle Every confirme, et je suis restée bouche bée
Dark romance·4 min de lecture
Je suis en retard, et je l’assume. Endless Night tome 2 d’Estelle Every est sorti au printemps chez Hugo Poche, et je le laisse dormir depuis des semaines parce que j’avais peur d’être déçue. C’est bête, mais quand un premier tome vous a fait le coup du coup de cœur, on prend la suite avec des pincettes. J’avais découvert cette autrice l’an dernier au format numérique, via la plateforme Fyctia où elle a été repérée, et j’étais ressortie du premier volume avec cette impatience un peu fébrile qui ne trompe pas. Verdict après lecture : elle n’a pas seulement tenu son niveau, elle est passée au-dessus.
Rentrer chez soi ne suffit pas
Auxane revient en France après le succès de son enquête en Russie. Sa rédaction la reconnaît enfin comme journaliste, elle obtient la position qu’elle réclamait depuis des années, et rien ne va. Elle a laissé une part d’elle-même à Saint-Pétersbourg, une facette qu’elle ne savait pas posséder et que son travail d’hostess au Secret, ce club libertin où l’enquête l’avait envoyée, a réveillée. Grigori, le patron du club, a laissé une empreinte dont elle ne se débarrasse pas en changeant de fuseau horaire.
C’est exactement le bon angle pour une suite, et je trouve qu’il est trop rarement choisi. Le premier tome racontait la descente, la découverte, le vertige. Celui-ci raconte l’après, ce moment nettement moins glamour où l’on récupère sa vie normale et où elle ne rentre plus. Auxane est en décalage permanent, dans son bureau, avec ses amis, avec sa propre image dans la glace. La tension ne vient plus du danger extérieur mais d’elle-même, et ça donne un roman beaucoup plus intérieur que le précédent.
Une écriture qui a mûri
Ce qui m’a frappée, c’est le contrôle. Le premier tome avait l’énergie un peu brute des textes écrits en ligne, avec des passages superbes et d’autres qu’on aurait retaillés. Ici, la phrase est plus sèche, les scènes s’arrêtent au bon moment, et l’autrice a compris qu’une ellipse fait souvent plus d’effet qu’un paragraphe explicatif. Les scènes sensuelles, qui sont nombreuses et assumées, ne servent jamais de remplissage : chacune déplace quelque chose dans le rapport de force entre les personnages. C’est de la construction, pas de la décoration.
Grigori reste le personnage le plus retors du duo, et je continue de ne pas savoir si j’ai envie qu’il gagne. Le roman ne le rachète pas, ne le condamne pas non plus, et laisse la lectrice se débrouiller avec son malaise. J’aime beaucoup cette position, même si je sais qu’elle irrite. Auxane, elle, n’est jamais réduite à un objet dans le regard du texte, et c’est ce qui fait tenir l’ensemble pour moi. Elle choisit, elle se trompe, elle recommence.
Pour qui, et avec quelles précautions
Prévenons clairement : on est dans de la romance adulte très explicite, avec un univers de club libertin, des rapports de domination assumés et quelques scènes qui peuvent mettre mal à l’aise. Ce n’est pas un livre à conseiller les yeux fermés, et je ne le mettrais pas entre toutes les mains. Si le genre ne vous parle pas, passez votre chemin sans culpabiliser, il y a assez de romans dans le monde pour tout le monde.
Si en revanche vous cherchez de la romance sombre écrite en français, avec un décor russe qui ne se contente pas d’être une carte postale et une héroïne qui a un vrai métier, foncez. Le format poche à sept euros et des poussières rend l’essai franchement peu risqué. Et si vous démarrez maintenant, prenez les deux tomes d’un coup, parce que vous n’aurez aucune envie de vous arrêter entre les deux. Estelle Every est pour moi la révélation de mon été, et je serai en première ligne pour ce qu’elle écrira ensuite.