Une pile de romans aux tranches colorées sur un rebord de fenêtre — illustration de « « Nos plus belles étincelles » : Jamie McGuire là où je ne l'attendais pas »

« Nos plus belles étincelles » : Jamie McGuire là où je ne l’attendais pas

New romance·4 min de lecture

J’ai un aveu à faire : je n’ai jamais aimé Beautiful Disaster. Le roman qui a fait connaître Jamie McGuire partout, celui que la moitié de la blogosphère a défendu bec et ongles, m’est tombé des mains. Le personnage masculin m’avait mise mal à l’aise, la relation aussi, et j’étais restée avec l’impression désagréable d’être passée à côté de quelque chose que tout le monde voyait sauf moi. Alors quand j’ai vu passer Nos plus belles étincelles, paru fin février chez Michel Lafon, je me suis dit que c’était l’occasion de reprendre l’autrice par un autre bout. Bien m’en a pris.

Elliott et Catherine, deux ans après

Elliott a repéré Catherine à travers l’objectif de son appareil photo. Un sourire mélancolique, une gamine un peu à part dans une petite ville américaine où tout le monde se connaît, et un adolescent qui tombe amoureux d’un coup et pour de bon. Sauf qu’il a dû quitter la ville la même année, précisément au moment où elle avait besoin de quelqu’un. Deux ans plus tard, il revient, bien décidé à reprendre les choses là où elles s’étaient arrêtées. Catherine, elle, n’a pas oublié le départ. Et elle porte un secret qui pèse largement plus lourd que leur histoire.

Le roman alterne les points de vue et les époques, on navigue entre le premier été et le retour d’Elliott, et c’est très bien tenu. J’ai eu peur pendant cent pages d’avoir affaire à une romance lycéenne sympathique et sans relief. Erreur. Le livre change de nature en cours de route, et je ne vais pas dire comment parce que ce serait vous gâcher la lecture. Disons simplement que la quatrième de couverture ne vous prépare pas complètement à ce qui vous attend, et que j’ai passé la dernière centaine de pages en apnée.

Ce qui m’a réconciliée avec l’autrice

Ce que j’ai retrouvé et apprécié cette fois, c’est la capacité de Jamie McGuire à écrire des personnages qui font des choix discutables sans que le roman les excuse pour autant. Catherine ment. Elle ment beaucoup, elle ment mal, et on comprend pourquoi. Elliott insiste, il en fait parfois trop, et le texte ne présente jamais son entêtement comme un modèle de romantisme. C’est exactement ce qui m’avait manqué dans ma lecture précédente. Ici, l’autrice regarde ses personnages avec une forme de tendresse un peu sévère, et ça change tout.

Le décor compte aussi. La maison de Catherine occupe presque une place de personnage, avec ses portes qu’on n’ouvre pas et ses bruits qu’on n’explique pas. J’ai lu des passages en plein après-midi, en pleine lumière, et j’ai quand même eu le poil qui se dressait. Pour un livre rangé au rayon romance adolescente, c’est un joli tour de force. La traduction d’Agnès Girard passe très bien, on ne bute nulle part, ce qui n’est pas toujours le cas dans ce genre de collections.

Deux bémols et un conseil

Premier bémol : les quatre cent soixante pages se sentent. Il y a un ventre mou au milieu, des scènes de lycée assez interchangeables, et j’aurais coupé une bonne cinquantaine de pages sans rien perdre. Second bémol, plus sérieux : le roman traite de sujets lourds, et je préfère prévenir plutôt que de laisser quelqu’un tomber dessus sans y être préparé. Il est indiqué à partir de treize ans par l’éditeur, ce qui me paraît un peu jeune selon la lectrice qu’on a en face de soi. C’est typiquement le livre dont on parle avec une ado après qu’elle l’a lu, pas celui qu’on lui glisse dans le sac sans un mot.

Alors est-ce que je vais retenter Beautiful Disaster ? Probablement pas, j’ai passé l’âge de me forcer. Mais je vais suivre ce que Jamie McGuire publiera ensuite, et c’est une phrase que je ne pensais pas écrire il y a un mois. Ça m’arrive rarement de changer d’avis sur une autrice, et j’avoue que ça fait plutôt plaisir. Il faut croire que le tort venait autant du livre que du moment où je l’avais ouvert.

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