« Falling again » de Morgane Moncomble : promesse d’enfance et drama coréen
New romance·4 min de lecture
Il y a des sorties qu’on guette. Falling again de Morgane Moncomble arrive aujourd’hui chez Hugo et c’est sans doute le roman français le plus attendu de cette rentrée dans le rayon romance. Quatrième livre de l’autrice chez cet éditeur, après Viens, on s’aime et Aime-moi je te fuis, celui-ci arrive avec une réputation faite avant même sa parution. J’ai donc lu avec une petite appréhension, parce que ce genre d’attente écrase souvent le livre qu’elle précède.
Deux enfants, des lettres, seize ans
Aaron a cinq ans quand il manque de se noyer. Celle qui le sauve s’appelle Fleur, petite fille bavarde entourée de millions d’amis, l’exact contraire de ce garçon surdoué et solitaire. Ils s’écrivent, ils se promettent un amour durable digne des meilleurs dramas coréens, et puis la vie fait ce qu’elle fait le mieux : elle les sépare.
Seize ans plus tard, Fleur est écrivaine de romance, fauchée, et n’a plus grand-chose de la petite fille sûre d’elle. Aaron travaille dans le jeu vidéo, il est devenu froid, asocial, méthodique. Elle le reconnaît, elle y voit un signe du destin, une chance de reprendre là où tout s’était arrêté. Lui semble avoir tout oublié de cette histoire.
C’est là que le roman devient intéressant. Parce que la question n’est pas de savoir s’il a oublié, mais ce que ça veut dire, oublier. Morgane Moncomble ne joue pas la carte de l’amnésie spectaculaire de téléfilm. Elle s’intéresse à ce qui reste dans le corps quand la mémoire ne suit plus, aux réflexes qui subsistent, aux réactions inexpliquées. C’est autrement plus subtil que ce que le résumé laissait craindre.
Le drama coréen comme grammaire
L’autrice ne cache pas son amour de ces séries et le revendique jusque dans la structure du livre. Les retournements arrivent aux moments où on les attend dans un drama, les malentendus s’installent selon des règles précises, et il y a cette manière très particulière de retarder le moindre contact physique jusqu’à le rendre écrasant. Ce qui pourrait passer pour de la mécanique devient un vrai parti pris.
J’ai apprécié qu’elle assume. Trop de romans français empruntent leurs codes à l’Asie ou aux États-Unis en essayant de faire oublier d’où ils viennent. Ici, la référence est explicite, revendiquée, et elle donne au livre une cohérence de ton. Les lecteurs qui n’ont jamais vu un drama coréen ne seront pas perdus, mais ceux qui en ont vu auront le plaisir supplémentaire de reconnaître les figures imposées.
Fleur, écrivaine de romance qui ne croit plus à ce qu’elle écrit, est un personnage que j’ai trouvé très juste. Il y a chez elle une lucidité sur son propre métier qui aurait pu tourner à la coquetterie d’autrice et qui reste du côté du personnage. Ses passages de découragement, quand elle relit ses propres phrases et les trouve creuses, m’ont paru écrits par quelqu’un qui sait de quoi il parle.
Ce que je nuance
Aaron m’a demandé un effort. Le personnage froid et asocial est un archétype que j’ai lu cent fois, et pendant le premier tiers j’ai eu du mal à dépasser l’impression de déjà-vu. Il faut attendre que le roman commence à expliquer d’où vient cette carapace pour qu’il devienne autre chose qu’une posture. Ceux qui abandonnent avant cent pages passeront à côté du livre.
Le rythme est également inégal. Certains chapitres s’étirent sur des scènes qui n’apportent pas grand-chose, quand d’autres passages, plus importants, sont expédiés. J’ai noté deux ou trois moments où j’aurais voulu rester et où l’autrice tournait déjà la page. C’est un défaut de dosage, pas d’écriture.
Sur le fond, en revanche, je comprends l’attente qui entourait ce roman. Il y a une émotion réelle dans la dernière partie, obtenue sans coup bas et sans mélodrame ajouté. Morgane Moncomble écrit des scènes de tension amoureuse d’une efficacité redoutable, et sa manière de faire durer l’attente sans lasser relève d’un vrai savoir-faire.
Un coup de cœur avec de petites nuances, donc, et une autrice que je continuerai à suivre de près.