Un roman broché à couverture pastel posé sur un plaid en grosse maille — illustration de « « Stairway to Heaven » de Delinda Dane : un tatoueur, sa fille et une baby-sitter »

« Stairway to Heaven » de Delinda Dane : un tatoueur, sa fille et une baby-sitter

New romance·4 min de lecture

Je reviens ce mercredi pour vous parler d’un de mes derniers coups de cœur. Stairway to Heaven de Delinda Dane est paru au début du mois chez Hugo, et c’est son premier roman chez cet éditeur. Je l’attendais depuis l’annonce, et pour une fois l’attente n’a pas gâché la lecture.

Tristan, avant et après

Il y a quelques années, Tristan était quelqu’un d’autre. Tatoueur au succès immense, parfaitement indifférent à ce succès, curieux de toutes les addictions possibles : drogues, alcool, femmes. Puis une femme a bouleversé sa vie, mais pas celle qu’on croit. Une version miniature, âgée d’un mois, fruit d’une nuit sans lendemain avec une inconnue. Briar Rose a aujourd’hui quatre ans et Tristan ne vit plus que pour elle.

Ce qui me plaît dans ce point de départ, c’est qu’il évacue la rédemption. Le roman ne s’ouvre pas sur un homme au fond du trou qu’une rencontre va sauver. Il s’ouvre sur un homme déjà relevé, qui a fait le travail, et dont la question n’est plus de savoir s’il peut être un bon père mais s’il a encore le droit d’être autre chose. C’est un déplacement subtil et il change tout le livre.

Delinda Dane écrit la paternité avec une précision qui m’a scotchée. Les horaires impossibles, les repas négociés, l’épuisement, la terreur permanente de mal faire. Et surtout la tendresse, qui arrive sans musique de fond, dans des gestes minuscules. La relation entre Tristan et Briar Rose est le cœur du roman et je l’aurais lue même sans intrigue amoureuse autour.

Heaven, catastrophe ambulante

Arrive donc Heaven Harper, candidate au poste de baby-sitter. Dès l’entretien, Tristan sait qu’elle ne sera pas prise : elle est désorganisée, maladroite, et beaucoup trop séduisante pour son propre confort. Sauf que Briar Rose s’attache immédiatement à elle, et qu’un homme qui a construit sa vie autour de sa fille ne va pas contredire sa fille sur le seul point qui compte.

Heaven aurait pu être insupportable. Le personnage de la fille lumineuse et bordélique qui remet de la vie dans une maison trop rangée, on l’a tous croisé. Ce qui la sauve, c’est qu’elle a une vie à elle, avec ses embêtements, ses raisons d’accepter ce boulot, ses moments où elle n’a envie de sauver personne. Son désordre n’est pas un trait de charme, c’est un vrai problème qu’elle assume mal.

Le duo fonctionne parce que l’autrice résiste à la tentation d’aller vite. Il y a des semaines de vie commune, des habitudes qui s’installent, des conversations tard le soir quand l’enfant dort. La romance naît de l’usure du quotidien plutôt que d’un coup de foudre, et je trouve ça infiniment plus crédible.

Ce qui coince un peu

Le passé de Tristan revient sur le tard, et cette partie m’a semblé moins maîtrisée. Il y a un enchaînement de révélations dans le dernier quart qui met le récit sous une pression dont il n’avait pas besoin. Le livre était très bien quand il était calme, et le drame ajouté ressemble à une concession au genre plutôt qu’à une nécessité de l’histoire.

J’ai aussi trouvé quelques dialogues surécrits, en particulier dans les scènes de tension. Les personnages y parlent soudain comme dans un roman, alors que le reste du temps ils parlent comme des gens. C’est un défaut de premier roman qui s’estompera sûrement, et il ne concerne qu’une poignée de passages.

Malgré ces réserves, je sors de cette lecture avec le sentiment d’avoir trouvé quelque chose. Une voix, une manière d’écrire l’intimité familiale sans mièvrerie, une capacité à rendre attachant un personnage qui aurait pu n’être qu’un mauvais garçon repenti de plus. Je surveillerai les prochains livres de cette autrice avec beaucoup d’intérêt.

Si vous cherchez une romance d’automne un peu plus tendre que la moyenne, celle-ci fera parfaitement l’affaire.

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