Un roman broché à couverture pastel posé sur un plaid en grosse maille — illustration de « « Burning Games » de C.S. Quill, Las Vegas et cartes truquées »

« Burning Games » de C.S. Quill, Las Vegas et cartes truquées

New romance·5 min de lecture

Il y a des univers qui me font venir l’eau à la bouche avant même la première page. Las Vegas, un casino, une troupe de danseurs, des néons et des gens qui jouent leur vie sur un coup de poker : je signe tout de suite. « Burning Games » de C.S. Quill, paru en octobre chez Fyctia La Condamine, coche toutes ces cases et je l’attendais depuis que j’avais refermé « Burning Dance », son premier roman.

Le pitch tient en deux personnages. Charly débarque à Vegas avec ses meilleurs potes pour danser dans l’un des plus gros casinos de la ville. Derrière son attitude drôle et excentrique, il bluffe tout le monde depuis des années, et les cartes qu’il utilisait jusque-là pour se dérober commencent à ne plus fonctionner. En face, Ambre a tout quitté pour venir travailler au Blue Lagoon, persuadée que ce sera le coup qui changera sa vie. Elle sait qu’elle va devoir laisser derrière elle celle qu’elle était avant. Deux personnes qui cachent quelque chose, dans une ville entièrement construite sur le faux-semblant. C’est bien vu.

La danse comme langue commune

C.S. Quill écrit la danse mieux que la plupart des auteurs de romance qui s’y risquent. Les répétitions, les corps qui souffrent, les blessures qu’on cache au chorégraphe, les hiérarchies dans une troupe : tout est là, décrit avec une précision qui ne m’a jamais donné l’impression d’être devant une fiche documentaire. Et surtout, la danse sert le récit. Quand ces deux-là ne savent plus se parler, ils dansent, et on comprend exactement ce qu’ils n’arrivent pas à dire.

J’ai aussi apprécié que le monde du casino ne soit pas seulement un décor de carte postale. Les nuits sans fin, le personnel épuisé, les clients qui perdent trop, l’envers de la fête : l’autrice montre la fatigue derrière les paillettes. C’est un roman qui sent la clim, la moquette et le café de quatre heures du matin. Pour quelqu’un qui n’a jamais mis les pieds là-bas, c’est très dépaysant.

Cela dit, il faut accepter le postulat central : la danse arrange bien des choses dans ce livre. Ce qui ne se règle pas par une conversation se règle par une scène de mouvement, et je serais de mauvaise foi de dire que ça ne m’a pas fait sourire une ou deux fois. On est dans une romance qui assume son romantisme, pas dans un roman social sur les conditions de travail des artistes de cabaret.

Charly, l’histoire drôle qui cache une plaie

Le personnage de Charly est le vrai morceau de bravoure du roman. Il fait rire tout le monde, il est celui qui détend l’ambiance, celui vers qui les autres se tournent quand ça va mal. Et pendant tout ce temps, il porte quelque chose de lourd qu’il n’a jamais raconté. J’ai un faible pour ce type de personnage, l’amuseur qui s’effondre en privé, parce qu’il oblige l’autrice à travailler en deux couches : ce qu’il montre et ce qu’il est. C.S. Quill s’en sort très bien, avec des fissures qui apparaissent progressivement plutôt qu’une grande scène de révélation.

Ambre m’a moins emballée sur le premier tiers. Son arrivée à Vegas ressemble à celle de beaucoup d’héroïnes qui fuient un passé qu’on nous cache soigneusement, et j’ai eu une impression de déjà-lu. Elle prend de l’épaisseur ensuite, quand elle cesse d’être uniquement définie par ce qu’elle fuit et commence à décider de choses. Sa relation avec les autres danseuses m’a beaucoup plu, notamment parce que l’autrice évite la rivalité féminine automatique.

Le duo fonctionne parce que les deux mentent, et que chacun sent que l’autre ment. Ils se reconnaissent avant de se comprendre. Il y a une scène, à peu près à la moitié, où ils se disent une vérité minuscule et où tout bascule, et c’est le moment où j’ai su que je resterais jusqu’au bout.

Ce que j’ai moins aimé

Il y a des longueurs dans le dernier quart. Le roman multiplie les obstacles quand un seul aurait suffi, et j’ai eu le sentiment que l’autrice repoussait la conclusion parce qu’elle avait encore des choses à raconter sur ce groupe d’amis. Ce n’est pas désagréable à lire, mais ça dilue la tension. J’aurais aimé qu’on tranche plus tôt.

Autre petit reproche : la bande de potes de Charly est nombreuse et je me suis emmêlé les pinceaux dans les prénoms sur les premiers chapitres. Une ou deux caractérisations plus marquées auraient aidé. Rien de rédhibitoire, j’ai fini par m’y retrouver, mais j’ai dû revenir en arrière deux fois.

Au final, c’est une lecture que je recommande à celles qui aiment les univers du spectacle, les héros cabossés et les romances qui prennent le temps de faire monter la tension. C.S. Quill a une plume nerveuse, un vrai sens du décor et l’intelligence de ne pas tout expliquer. Je la suivrai sur son prochain titre sans hésiter, même si elle décide de m’emmener ailleurs qu’à Vegas.

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