Un roman broché à couverture pastel posé sur un plaid en grosse maille — illustration de « « Les Insurgés » d'Elle Kennedy, la romance qui m'a réconciliée avec la dystopie »

« Les Insurgés » d’Elle Kennedy, la romance qui m’a réconciliée avec la dystopie

New romance·5 min de lecture

Autant l’annoncer tout de suite : la dystopie et moi, on ne se fréquente pas. Les mondes détruits, les régimes autoritaires, les héroïnes qui sauvent l’humanité, ça ne m’a jamais fait envie. Je préfère les histoires où l’enjeu tient dans une cuisine. Alors quand j’ai vu qu’Elle Kennedy, l’autrice de la série Off Campus dont j’avais dévoré le premier tome chez Hugo Roman, s’était mise à écrire dans un univers post-apocalyptique, j’ai fait la moue. Et puis j’ai ouvert le premier tome des « Insurgés » et je n’ai plus fait la moue du tout.

Le décor est simple et efficace. Le monde d’avant s’est effondré, un pouvoir central contrôle ce qu’il reste des villes, et à l’extérieur survivent des camps d’insurgés. Chaque camp a son chef, ses règles, sa manière de tenir. On est plus près de la route poussiéreuse et du bidonville fortifié que de la mégapole futuriste, et cette rugosité m’a beaucoup plu. Il n’y a pas de technologie miraculeuse pour sortir les personnages du pétrin, seulement des gens fatigués qui se battent pour de l’eau et des munitions.

Une série qui ne se raconte pas tome par tome

J’avais prévu d’écrire un article sur chaque volume. J’ai abandonné cette idée en attaquant « Addiction », le deuxième tome. Ces romans sont indissociables. Chacun met en avant un couple, mais l’histoire du monde, elle, avance en continu, et les personnages secondaires d’un tome deviennent les protagonistes du suivant. Lire un seul volume, c’est comme entrer dans une pièce au deuxième acte. Techniquement possible, mais franchement dommage.

Le premier tome, « Conquête », installe le camp de Connor et pose les bases. Le deuxième nous emmène ailleurs, dans un autre camp dirigé par un homme nommé Reese, et suit Lennox et Jamie. Lennox éprouve depuis ses dix-huit ans une attirance qu’il a mise de côté pour ne pas casser une amitié. Jamie a toujours ressenti la même chose et l’a nié aussi consciencieusement. Ce sont les meilleurs personnages de la série selon moi, parce que leur histoire ne repose pas sur un malentendu mais sur une peur très concrète : celle de perdre la seule personne stable dans un monde qui ne l’est pas.

Les tomes suivants continuent de tresser les deux fils, la survie et les couples, et j’ai trouvé l’équilibre plutôt bien tenu. Elle Kennedy n’utilise pas le décor comme papier peint. Le monde effondré change les rapports entre les gens, la place des femmes, la façon dont on négocie sa sécurité. Ce n’est pas un traité de sociologie, mais ce n’est pas non plus une romance à laquelle on aurait ajouté des ruines.

Attention, c’est très chaud

Je préfère prévenir, parce que je sais que toutes mes lectrices n’ont pas les mêmes seuils. La série est nettement plus explicite que ce qu’Elle Kennedy propose dans Off Campus. Les scènes intimes sont nombreuses, détaillées, et elles occupent une place importante. Certaines lectrices trouveront que ça déséquilibre le récit, et je comprends l’argument. Il y a des chapitres où l’intrigue s’arrête net pour laisser la place au couple.

Personnellement, ça ne m’a pas gênée dans les deux premiers tomes, un peu plus dans la suite, où j’ai eu l’impression que la mécanique se répétait. Le schéma devient prévisible : rencontre, tension, résistance, capitulation, danger extérieur, résolution. Quand on lit les quatre volumes à la file comme je l’ai fait, cette régularité saute aux yeux. Espacez vos lectures, vous en profiterez davantage.

Ce qui sauve tout, c’est l’écriture. Elle Kennedy a un abattage remarquable. Ses dialogues sont vifs, ses scènes d’action lisibles, et elle sait donner à un personnage une personnalité en trois répliques. On ne s’ennuie jamais, même quand on voit venir le virage à trois kilomètres.

Pour qui, et dans quel ordre

Si vous êtes comme moi et que la dystopie vous rebute, je vous dirais quand même d’essayer le premier tome. L’univers est immédiatement compréhensible, il n’y a pas de vocabulaire inventé à apprendre, pas de carte à consulter toutes les dix pages. Vous êtes en terrain connu au bout de vingt pages. Et si vous aimez déjà le genre, vous trouverez sans doute le fond un peu léger, mais le rythme vous emportera.

Dans tous les cas, lisez dans l’ordre. Je le répète parce que j’ai vu passer des lectrices qui avaient commencé par le deuxième volume à cause de sa couverture et qui n’avaient rien compris aux enjeux entre les camps. Ce sont quatre morceaux d’un même bloc, et je crois que c’est pour ça que la série m’a autant tenue : j’avais moins l’impression de lire des romances successives que de suivre un groupe sur plusieurs années.

Voilà donc comment une lectrice allergique aux mondes en ruine s’est retrouvée à finir un quatrième tome à minuit passé, en marmonnant qu’elle aurait bien pris un cinquième. Comme quoi, il ne faut jamais dire jamais.

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