Persuasion de Jane Austen : un amour dans le temps
Feel good·4 min de lecture
Chronique d’archive : ce livre avait été chroniqué ici en 2020. Voici notre fiche de lecture.
Dans ce roman moins connu que Orgueil et Préjugés, Jane Austen s’attache mieux à la maturité d’une femme qui porte la trace d’un passé mal accepté. Une romance toute en nuances, où il faut attendre pour espérer.
- Un roman de résolution sur un amour contrarié par la raison.
- Une héroïne mélancolique qui subit le poids d’une famille superficielle.
- La narration se concentre sur les silences plus que sur les mots.
Qui est Anne Elliot ?
Anne est la de la famille Elliot, intelligente et discrète. Elle a été facile à persuader de refuser un être cher, et paie encore son erreur.
Anne, âgée de vingt-sept ans, vit dans une famille de petite noblesse désargentée mais très attaché à son apparence. Elle estime ses trois sœurs… enfin, surtout sa sœur, pour sa sagesse. Personne ne la voit, et elle continue ses occupations solitaire.
Sa situation résulte d’une influence : femme de goût et de bon sens, elle a conduit Anne à rejeter le naval du capitaine Wentworth, qui était sans doutes’améliorés. Ce choix précaire hante sa vie.
Le retour du capitaine : une provocation ?
Wentworth revient assez riche après la guerre, et l’on raconte qu’il veut affirmer. Il paraît se s’agit d’une autre femme, mais il garde en lui la blessure du refus.
Le Capitaine n’est plus qu’un jeune insouciant ; il est devenu un homme brillant et indépendant. Dans les réunions, il parle à toutes les jeunes femmes, mais son regard a une brusque neutralité pour Anne. Une distance qui se ressent.
On aperçoit sa fierté, mais aussi l’éventualité d’une rancoeur. Anne observe son assurance et en ressent une amertume mêlée d’un regret immense. Cette rencontre jette sur leurs émotions diffuses.
Une société en étau
Le roman n’est pas seulement une fable amoureuse ; il montre la pression sociale qui enferme les sentiments. Le père, sir Walter, se rend léger de la lignée et des visites de grandes dames, et leurs déplacements soumis à ce décor mondain.
On découvre la famille d’Anne comme une coterie de vanités, où elle fait figure de vieille fille. Au milieu de ce carnaval de faux fronts, l’histoire gagne une ironie mordante que l’écriture de Austen rend fine.
Le ressort du dénouement est-il cru ?
Le suspens est soutenu, mais la rencontre des cœurs se fait dans la retenue. La fin est glorieuse, mais elle se mérite par l’attention portée à chaque échange.
Pas de quiproquo lourd, la tension habite dans les paroles elliptiques et les non-dits. Anne sait l’aimer encore, tandis que Wentworth semble être irrévocablement libre. Ce jeu de regards déplaça vert opé au lecteur.
Les derniers chapitres se plient vers une déclaration bâtie de scènes doux, et la prise de conscience vient de lettres et de signes. On obtient un épilogue très touchant, mais le texte ne montre jamais une évidence.
Référence du livre, publié chez Union générale d'éd. en 1986, voir la notice de la Bibliothèque nationale de France.
Une manière de rendre l’espoir
Ce qui frappe dans cette oeuvre, c’est son désir de croire à la réconciliation, même si des années ont diné. Jane Austen fait grandir ses personnages, et nous invite à nous obser avec plus de lucidité.
C’est une romance douce, mais poignante, qui mérite d’être lue lentement, avec patience. On en sort avec la certitude qu’un sentiment peut survire à la distance du courage.
Questions fréquentes
Fault-il lire ce roman en premier pour suivre Jane Austen ?
Non, il est plus mature et demande un lecteur déjà un peu familier avec son style. Mais on peut le commencer seule, tant la nuance y est puissante.
Quelle fréquence de plaintes de longueur ?
Il y a des passages de méditation très lents, mais la force réside dans les petits relevés. On avance à son propre rythme, l’émotion couvre une grande partie.
Le livre a-t-il été adapté en image ?
Il y a eu des adaptations cinématographiques récentes, mais ce focus est littéraire. Dans la lecture, le format est celui du roman d’époque.