« Emma » de Jane Austen, l’art de jouer les entremetteuses
Feel good·4 min de lecture
Chronique d’archive : ce livre avait été chroniqué ici en 2020. Voici notre fiche de lecture.
Réédité dans une collection poche soignée, le roman de Jane Austen retrouve, saison après saison, son humour sec et sa galerie de personnages inoubliables. L’histoire d’Emma Woodhouse, jeune femme aisée qui s’immisce dans les amours voisines, nous offre un miroir tendre sur la vanité et les rendez-vous manqués avec soi-même. On oscille entre satire sociale et comédie romantique, sans jamais s’ennuyer.
- Emma, fille spirituelle et riche, veut marier son monde, mais se trompe dans ses intuitions.
- Un roman de mœurs qui observe le jeu des amours et des malentendus dans un petit bourg.
- Avec pour seul allié un humour britannique et un regard impitoyable sur les conventions.
C’est quoi l’histoire ?
Une divertissante fable d’orgueil et de désillusions dans la province anglaise, mené par une entremetteuse très confiante.
La toute-puissante Herta de Highbury, Emma Woodhouse, se tient pour une généreuse organisatrice de destinées. Voire délaisser son père, elle adopte une nouvelle protégée, Harriet Smith, et entreprend de lui trouver un parti avantageux. Son aveuglement sur les véritables sentiments donnera lieu à une cascade de malappentages.
À mesure qu’Emma s’active, elle croit lire dans les cœurs de son curé, de la charmante Mrs Weston ou de ses voisins. Mais la bienséance sociale sert de voile et de piège : la manipulation s’avère plus dangereuse que prévu, parce qu’elle ignore ses propres inclinations.
La plume de Jane Austen, toujours pétillante
La romancière, pionnière du réalisme intime, campe avec ironie la société campagnarde et ses hiérarchies. Les dialogues sont vifs, les aphorismes mordants, particulièrement celui prêté à Mr. Knightley qui dérange les certitudes de Emma.
L’écriture joue à nous égarer dans les tergiversations des personnages, tout en causticitant les ridicules de la convention matrimoniale. Austen ne condamne pas, elle encadre : nous savons, mais l’Emma ne voit pas, et c’est là le salé de l’écrit.
Pourquoi ce livre reste-t-il moderne ?
La distance entre ce qu’on projette sur les autres et ce qu’on ignore de soi parle encore à chacun.
Le thème du maissonnage de ces vies – choisir à la place des autres – n’a pas pris une ride. Dans un monde où l’identité et les relations sont devenues objets d’optimisation, Emma relance sans cesse la question des bonnes intentions et de leurs désastres.
Sa tentative de placer son amie dans un échelon social supérieur, sa méprise sur la naissance, ou son dédain pour la modestie du fermier Robert Martin rappellent une curieuse légèreté que nos romans pépites contemporains tentent souvent but, sans la finesse d’une Austen.
Référence du livre, publié chez Cassell en 1909, voir la notice de la Bibliothèque nationale de France.
Qui appréciera le roman ?
Ceux qui aiment les comédies de mœurs et les héroïnes imparfaites, avec du prédéterminisme apparent, y trouveront un grand plaisir.
Le stéréotype de la marieuse ne prend jamais telle aussi justement grâce aux péripéties qui menacent l’équilibre domestique. Les lecteurs qui apprécient le dry humour, les dialogues ciselés et les happy ends imparfaits serrent heureux de la reprendre.
Questions fréquentes
Faut-il lire Emma avant les autres livres de Jane Austen ?
Il n’y a aucun préordre. Si vous voulez une protagoniste plus transgressive, choisissez ce titre-là ; si vous préférez un regard plus sombre, on pourra se tourner vers Raison et Sentiments.
Quelle est la particularité d’Emma dans le parcours d’Austen ?
C’est le dernier roman publié de son vivant, et il marque une autonomie éclatante de son esprit comique, tout en restant lié à son travail sur les convenances. L’œuvre est un concentré de sa vision cynique mais tendre.
La plume est-elle accessible pour d’abord lectrices classiques ?
C’est un bon point d’entrée grace aux dialogues. La traduction moderne d’une édition poche rend le texte moins daté, et le jeu narrative reste clair et mordant.