Une pile de romans aux tranches colorées sur un rebord de fenêtre — illustration de « « Is it Love ? Ryan » : le patron de la Carter Corp passe enfin au roman »

« Is it Love ? Ryan » : le patron de la Carter Corp passe enfin au roman

New romance·4 min de lecture

Il sort aujourd’hui, et je l’attendais depuis que la collection a été annoncée. Is it Love ? Carter Corp. Ryan, signé Eva de Kerlan avec Claire Zamora, arrive chez Hugo après les volumes consacrés à Gabriel et à Matt. Autant vous prévenir tout de suite : Ryan Carter est mon personnage préféré de tout cet univers, ce qui veut dire que je l’ai ouvert avec des attentes déraisonnables et une envie sourde d’être déçue pour pouvoir râler. Raté. J’ai passé une soirée entière dessus et je n’ai pas râlé une seule fois.

Un ascenseur, une assistante, un PDG

June Brown travaille tard un soir et croise quelqu’un dans l’ascenseur. La rencontre la remue plus qu’elle ne veut l’admettre. Peu après, elle est transférée au poste d’assistante personnelle de Ryan Carter, le patron en personne, et sa vie change de rythme du jour au lendemain. Voilà pour la mise en place, qui coche toutes les cases du genre et ne s’en cache pas une seconde. Le jeune PDG d’une vingtaine d’années, le décalage hiérarchique, les heures supplémentaires, les dossiers qu’on rapporte chez soi : on connaît la chanson, et c’est justement pour ça qu’on l’ouvre.

Ce qui rend Ryan intéressant, dans le jeu comme ici, c’est qu’il est le personnage central de la Carter Corp tout en étant celui qu’on voit le moins. Il traverse les autres histoires, il donne des ordres, il apparaît dans un couloir et il disparaît. Ce statut de figure qu’on observe de loin lui donne une aura que les autres n’ont pas. Le risque du roman, c’était donc évident : en le mettant au centre pendant quatre cents pages, on l’expose. Un personnage mystérieux à qui on donne la parole trop longtemps devient souvent très ordinaire.

Ce que le format long lui apporte

Le pari est tenu, et je crois savoir pourquoi. Le roman ne cherche pas à tout expliquer. Il ouvre des portes, il en laisse d’autres fermées, et il garde une part d’ombre autour de son personnage jusqu’au bout. On comprend d’où vient sa froideur, on devine le poids de la maison qu’il dirige beaucoup trop jeune, mais on ne reçoit pas le dossier psychologique complet avec les pièces jointes. J’ai trouvé ce dosage vraiment habile, parce que c’est exactement la ligne de crête où ce genre de personnages se casse la figure d’habitude.

June, de son côté, gagne énormément à passer au format roman. Dans une histoire interactive, l’héroïne reste par construction un peu transparente pour qu’on puisse s’y projeter. Ici elle a un caractère, des colères, une vie en dehors du bureau, une conscience professionnelle qui se cogne à ce qu’elle ressent. Il y a une scène de réunion, dans le premier tiers, où elle doit tenir son rôle d’assistante devant vingt personnes en faisant semblant de ne rien éprouver, et j’ai trouvé ça infiniment plus tendu que n’importe quelle scène de baiser.

Les limites de l’exercice

Je ne vais pas prétendre que tout est parfait. On sent encore, par moments, la structure en chapitres du jeu d’origine, avec des séquences qui montent puis retombent un peu artificiellement. Certains personnages secondaires de l’univers passent en coup de vent et méritaient mieux. Et le milieu du roman traîne, avec deux ou trois péripéties professionnelles dont je n’ai pas vu l’utilité. Rien de rédhibitoire, mais si vous cherchez de la haute couture littéraire, ce n’est évidemment pas l’adresse.

Pour le reste, j’ai eu exactement ce que j’étais venue chercher : une romance d’entreprise bien menée, un personnage masculin qui garde son mystère, une héroïne qui n’est pas un paillasson, et une soirée qui file sans qu’on regarde l’heure. Si vous ne connaissez pas les jeux, ce volume se lit sans le moindre prérequis. Si vous y jouez, préparez-vous à discuter avec le livre à voix haute, parce que sa version des faits ne sera pas la vôtre. Ça termine cette série d’adaptations sur une belle note, et j’espère franchement qu’il y en aura d’autres.

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