Une pile de romans aux tranches colorées sur un rebord de fenêtre — illustration de « « Close-up », une New Romance so frenchy »

« Close-up », une New Romance so frenchy

New romance·5 min de lecture

Bonjour tout le monde ! Je suis très en retard sur mes publications ces temps-ci, pour des raisons qui ne concernent pas ce blog, et je rattrape aujourd’hui avec un roman qui traînait sur ma table de chevet depuis sa sortie. Close-up de Jane Devreaux, premier tome intitulé Indomptable Sandre, est arrivé le mois dernier chez Hugo Roman.

Le pitch va vous sembler familier et c’est assumé. D’un côté Sandre River, solitaire, mystérieuse, les yeux trop maquillés, un appareil photo en permanence à la main et une réputation de fille à problèmes qu’on préfère éviter dans les couloirs. De l’autre Joshua Anderson, le beau gosse du campus, joueur de rugby, une vie qui semble déjà tracée jusqu’à la retraite. Une provocation de Sandre suffit à faire dérailler tout ça.

Une héroïne qui n’attend pas d’être sauvée

Je vais être franche : j’ai ouvert ce livre avec une réserve. La rebelle aux lourds secrets familiaux face au garçon populaire, on a déjà donné, souvent, et rarement bien. Ce qui sauve Close-up, c’est Sandre elle-même. Elle n’est pas rebelle en décoration. Elle est réellement désagréable quand on l’approche, elle envoie balader les gens qui essaient d’être gentils, et le roman ne s’excuse pas pour elle.

Sa passion pour la photographie est aussi très bien utilisée, ce qui n’allait pas de soi. Trop souvent, la passion artistique d’une héroïne sert de décoration, on nous dit qu’elle peint ou qu’elle écrit et on n’en parle plus. Ici, l’appareil est un outil de distance. Sandre regarde les autres à travers un objectif parce que ça lui évite d’avoir à leur parler. Quand elle finit par le poser, ça veut dire quelque chose. C’est une belle idée et Jane Devreaux la tient jusqu’au bout.

Joshua m’a moins convaincue au départ. Pendant le premier tiers, il coche un peu trop de cases : beau, doué, apprécié, avec juste ce qu’il faut de vide intérieur pour qu’on s’y intéresse. Puis l’autrice commence à gratter, et ce qu’il y a dessous se révèle plus triste que prévu. La pression familiale, le rôle qu’on lui a distribué sans lui demander son avis, la peur de décevoir. Ça n’a rien d’original mais c’est écrit sans lourdeur.

Une New Romance française qui n’imite pas

C’est le point qui m’intéresse le plus. Depuis que le genre a pris en France, on a vu défiler beaucoup de romans écrits par des autrices françaises qui se déroulent dans des campus américains, avec des personnages aux prénoms anglo-saxons et des équipes de football universitaire. Ça sent parfois la copie appliquée d’un modèle qu’on n’a jamais vu de ses yeux.

Jane Devreaux s’en tire mieux que la moyenne, sans doute parce qu’elle s’intéresse davantage aux relations qu’au décor. Les scènes fortes du livre sont des conversations, des silences, des moments où quelqu’un manque de dire ce qu’il faudrait. Le contexte pourrait bouger de deux mille kilomètres sans que le roman en souffre, et c’est plutôt bon signe.

Autre chose qu’il faut savoir : le texte a d’abord vécu en autoédition avant d’être repris, retravaillé et complété pour cette parution. On sent ce passage en atelier, surtout dans la structure, qui est nettement plus tenue que ce que j’ai pu lire ailleurs dans ce circuit. Quelques longueurs subsistent, notamment au milieu du volume, mais rien qui casse la lecture.

Mes bémols

Le secret familial de Sandre, moteur annoncé de toute l’intrigue, m’a paru arriver un peu tard et se dénouer un peu vite. On l’attend pendant trois cents pages, on nous le distille par miettes, et le moment venu il ne fait pas tout le bruit espéré. J’aurais préféré qu’il tombe plus tôt et que le livre travaille ses conséquences plutôt que son suspense.

Les personnages secondaires sont également inégaux. Certains ont une vraie présence, d’autres servent uniquement à relancer une scène. C’est un défaut fréquent dans les premiers tomes de trilogie, où l’on installe des figures qui n’auront leur heure qu’au volume suivant. D’ailleurs la suite, consacrée à Josh, est annoncée pour ce mois-ci, ce qui explique sans doute certaines mises en place laissées en suspens.

Verdict : une bonne surprise. Je l’ai lu plus vite que prévu et j’ai commandé la suite avant même d’avoir terminé, ce qui reste chez moi le seul indicateur vraiment fiable. Si vous avez envie d’essayer une New Romance française sans passer par les titres dont tout le monde parle, celui-ci mérite votre attention.

Publications similaires