Un fauteuil en cuir dans une bibliothèque — illustration de À la conquête de sa liberté » : Sarah Ferguson, duchesse d'York et romancière

« À la conquête de sa liberté » : Sarah Ferguson, duchesse d’York et romancière

Je fais partie des gens que la famille royale britannique fascine sans qu’ils osent trop le dire en dîner de famille. Depuis « The Crown », c’est devenu plus avouable, alors j’assume : quand j’ai appris que Sarah Ferguson, la duchesse d’York en personne, publiait un roman chez Harlequin, il me le fallait.

« À la conquête de sa liberté » est sorti le 1er novembre en France. Le livre est paru cet été outre-Manche sous le titre « Her Heart for a Compass », et la version française est signée des traducteurs Axelle Demoulin et Nicolas Ancion. Précision qui a son importance : la duchesse ne s’est pas lancée seule. Elle a écrit ce roman avec Marguerite Kaye, une autrice écossaise qui compte une cinquantaine de romances historiques au compteur. On sent d’ailleurs cette main experte dans la construction, et ce n’est pas un reproche : les meilleures collaborations sont celles qu’on ne remarque pas.

Direction Londres, 1865. Lady Margaret, fille de la très haute aristocratie, refuse le mariage arrangé qu’on lui destine et décide de tracer sa propre route, au prix du scandale. Le personnage est inspiré d’une aïeule de l’autrice, et pas n’importe laquelle : Lady Margaret Montagu Douglas Scott, une arrière-arrière-tante de Sarah Ferguson. Difficile de ne pas lire entre les lignes un écho de la trajectoire de la duchesse elle-même : une femme entrée dans un monde ultra codifié, broyée par les convenances, et qui a fini par choisir sa liberté. C’est ce double fond qui donne au roman son intérêt.

Une duchesse qui écrit, ce n’est pas une première

On l’oublie souvent, mais Sarah Ferguson écrit depuis plus de trente ans. Dans les années 1990, elle a signé la série jeunesse « Budgie the Little Helicopter », neuf albums autour d’un petit hélicoptère, nourris de sa propre expérience de pilote. Elle a aussi publié des mémoires, dont « My Story ». Un roman pour adultes, en revanche, une fresque victorienne de 600 pages chez l’éditeur de romance le plus célèbre du monde, c’est une grande première, et à 62 ans, il fallait un certain culot pour s’y mettre. Ce culot-là, on ne peut pas le lui retirer.

Le moment est bien choisi, aussi. Depuis que la première saison de « Bridgerton » a cartonné sur Netflix l’hiver dernier, les histoires d’aristocrates en robe d’époque ne se sont jamais aussi bien portées, et les éditeurs l’ont tous compris. Harlequin ne s’y est pas trompé en calant la sortie française au 1er novembre, pile dans la fenêtre des cadeaux de Noël. Je ne dis pas ça pour être cynique : je dis que ce livre arrive exactement au moment où le public a de nouveau faim de ce genre de fresque, et qu’il tombe plutôt bien.

Alors, que vaut le roman de la duchesse ?

Honnêtement ? C’est mieux que ce que j’attendais. Le rythme tient la route, l’époque victorienne est rendue avec soin, et Margaret est une héroïne qu’on suit avec plaisir, obstinée, maladroite, vivante. Les 600 pages auraient pu en perdre 100 sans dommage, certaines étapes de son parcours s’étirent, mais je ne me suis pas ennuyée. Ce n’est pas le roman du siècle, c’est un bon roman historique sincère, et venant d’une plume aussi attendue au tournant, c’est déjà beaucoup.

Un mot sur ce qui m’a le plus étonnée : le roman ne reste pas enfermé dans les salons londoniens. La route de Margaret finit par traverser l’Atlantique, vers l’Amérique dorée de la fin du siècle, et cette seconde partie donne au livre un souffle que je n’attendais pas d’un premier roman. Face aux romances victoriennes de métier, celles qui sortent par dizaines chaque année, « À la conquête de sa liberté » ne gagne pas sur la mécanique amoureuse, plus sage, mais il gagne sur la sincérité du portrait : on sent que l’autrice défend son héroïne comme on défend quelqu’un de sa famille. Parce que c’est le cas, littéralement.

Pour la sortie française, Sarah Ferguson a joué le jeu de la promotion auprès de notre public : Harlequin a mis en ligne une vidéo où elle présente elle-même le livre aux lecteurs français, et elle a accordé un entretien à 20 Minutes, que vous pouvez toujours lire sur leur site. Je ne vous en recopie rien ici, il mérite d’être découvert en entier.

À offrir à toutes celles et ceux qui aiment les fresques victoriennes, les héroïnes frondeuses, ou simplement l’idée qu’on peut réinventer sa vie à n’importe quel âge. Si vous avez passé l’hiver dernier devant « Bridgerton » en vous demandant quoi lire ensuite, voilà une réponse toute trouvée. Et si vous hésitez encore à cause du nom sur la couverture, retournez l’argument : qui mieux qu’une femme entrée à Buckingham par le mariage peut raconter ce que coûte le corset des convenances ? La duchesse en sait quelque chose.

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