Mamie a eu quinze ans d’Alice Dona, une semaine pour se retrouver
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Il y a des titres qui vous arrêtent en rayon sans que vous sachiez très bien pourquoi. « Mamie a eu quinze ans » fait partie de ceux-là. Je suis tombée dessus par hasard, j’ai lu le nom de l’auteur sur la couverture et j’ai eu un petit temps d’arrêt : Alice Dona. Pour moi, ce nom appartient à la chanson française, pas aux tables de libraires. C’est elle qui a composé la musique de « Je suis malade », c’est elle qui a écrit pour à peu près tout le monde pendant quarante ans. Alors la voir en romancière, ça m’a intriguée assez pour que j’emporte le livre.
Parce que oui, c’est un premier roman. Publié chez Anne Carrière en 2006, il est né, d’après ce que raconte l’auteur, d’une conversation avec sa propre petite-fille. Ça se sent, et pas de façon gênante. On sent surtout quelqu’un qui a écouté avant d’écrire.
Une semaine à Noirmoutier, et rien d’autre
Le dispositif tient en une phrase. Mariette, que tout le monde appelle Miette, approche de la soixantaine. Sa petite-fille Angeline a quinze ans et la regarde depuis sa hauteur d’adolescente, c’est-à-dire de très haut. Entre elles, il y a le mur habituel : une vieille dame d’un côté, une gamine de l’autre, et l’impression réciproque de n’avoir strictement rien à se dire. Alors Miette organise une semaine en tête-à-tête sur l’île de Noirmoutier. Sept jours, deux personnes, du sable et du vent. C’est tout le roman.
J’aime beaucoup les livres qui s’imposent une contrainte pareille. Pas de rebondissement, pas de méchant, pas de secret de famille qui explose au chapitre douze. Juste deux femmes qui doivent bien finir par occuper le silence. Et comme le silence, ça se remplit forcément, elles parlent. Angeline se fait une copine sur l’île, ce qui donne à Miette le loisir d’observer sa petite-fille de loin, et de se souvenir qu’elle aussi a eu quinze ans, des amies, des soirées, des chagrins. Le titre prend tout son sens là : la grand-mère ne rajeunit pas, elle se rappelle. Nuance importante.
Ce que réussit très bien Alice Dona, c’est de ne jamais faire de Miette une mamie de carte postale. Pas de tricot, pas de tarte aux pommes, pas de sagesse en sachet. Miette a été une jeune femme avec des envies et des maladresses, elle en garde quelque chose, et c’est justement ce reste-là qui va la rendre fréquentable aux yeux d’une ado. La transmission ne passe pas par les conseils, elle passe par l’aveu. Miette raconte ce qu’elle a raté. Angeline commence à écouter.
Ce qui m’a touchée et ce qui m’a un peu gênée
Le point fort du livre, c’est son oreille. Alice Dona a passé sa vie à écrire des textes qui doivent tenir en trois minutes, et ça se voit dans les dialogues. Les répliques sont courtes, elles sonnent, elles ne s’expliquent pas. Quand Angeline balance une méchanceté d’adolescente, on l’entend vraiment. Quand Miette encaisse sans répondre, on sent le temps que ça lui prend. Il y a une économie de moyens que j’ai trouvée très agréable après plusieurs romans où l’auteur commente chaque émotion de ses personnages pendant deux pages.
Le point faible, pour moi, c’est le rythme sur la fin. Le rapprochement des deux héroïnes arrive un peu vite par rapport au temps qu’a pris la mise en place. J’aurais aimé que ça résiste davantage, qu’Angeline ait un vrai retour de flamme, une rechute de mauvaise foi. Les ados ne se rendent pas si facilement, en général. Là, la dernière partie glisse un peu trop bien, comme si le roman avait peur de nous laisser sur une brouille. Ce n’est pas rédhibitoire mais j’ai eu la sensation d’un livre qui se dépêche d’être gentil.
Autre chose : c’est court. Vraiment court. Je l’ai lu en un après-midi, ce qui est une qualité certains jours et une frustration d’autres. Ici, j’oscille. J’aurais bien passé deux jours de plus sur cette île avec elles.
À qui je le conseille
À celles et ceux qui aiment les romans où il ne se passe presque rien mais où quelque chose bouge quand même. À celles qui ont une grand-mère et qui ne savent pas trop quoi lui raconter au téléphone. Et honnêtement, aux grands-mères aussi, parce que le livre ne les caricature pas et que c’est assez rare pour être noté.
Ce n’est pas le roman de l’année, ce n’est pas non plus une déception. C’est une lecture douce, bien tenue, avec une vraie idée derrière : nos aînées ont eu quinze ans et on l’oublie systématiquement. Je referme le livre en me disant que je devrais poser plus de questions aux gens de plus de soixante ans que je croise. Ça vaut bien une soirée de lecture. Si vous cherchez d’autres avis dans ce registre, tout est rangé du côté de mes chroniques.