Un hamac dans un jardin d'été — illustration de Demain est un autre jour » de Lori Nelson Spielman, ou la wishlist qui change une vie

« Demain est un autre jour » de Lori Nelson Spielman, ou la wishlist qui change une vie

Je suis arrivée après la bataille sur celui-là. « Demain est un autre jour » est sorti au cherche midi il y a deux ans déjà, il est en poche depuis l’an dernier, tout le monde m’en avait parlé, et je le repoussais précisément pour ça. Les livres dont on me dit « tu vas pleurer », en général, me laissent de marbre. Celui-ci m’a eue. Dans le train pour Lyon, précisément, entre Mâcon et la gare Part-Dieu.

Le point de départ tient en trois lignes. Brett, la trentaine, une belle situation dans l’entreprise familiale à Chicago, perd sa mère adorée. Le jour de la lecture du testament, surprise : pas d’héritage. À la place, une liste. Sa propre liste de rêves, écrite à quatorze ans et oubliée depuis. Sa mère l’a gardée pendant vingt ans, et elle pose ses conditions par-delà la mort : Brett ne touchera rien tant qu’elle n’aura pas accompli les objectifs de la gamine qu’elle était. Or la femme qu’elle est devenue n’a plus rien à voir avec cette gamine, et c’est exactement là que le roman devient intéressant.

Le feel-good qui ne triche pas

Sur le papier, tout est prévisible. On devine dès le premier tiers où la route va mener Brett, et je me suis même agacée une ou deux fois devant certaines ficelles un peu voyantes. Mais Lori Nelson Spielman a un talent qui ne s’apprend pas : elle fait exister la mère. Morte dès les premières pages, Elizabeth est pourtant le personnage le plus vivant du livre, présente dans chaque lettre, chaque condition farfelue du testament, chaque coup de pouce posthume. C’est un roman sur le deuil déguisé en comédie, et le déguisement est précisément ce qui permet d’encaisser le fond.

Un premier roman devenu phénomène

L’histoire derrière le livre vaut le détour, elle aussi. « The Life List », de son titre original, est le premier roman d’une enseignante du Michigan, pas d’une machine à bestsellers new-yorkaise. Et ce coup d’essai est devenu un phénomène mondial : traduit un peu partout, adoré ici en France où le bouche-à-oreille ne faiblit pas deux ans après sa sortie, au point que la Fox a acheté les droits pour le cinéma. J’avoue une tendresse particulière pour ces trajectoires-là : une prof qui écrit l’histoire d’une femme rattrapée par ses rêves de gamine, et dont le livre réalise exactement ce genre de rêve, on dirait une mise en abyme écrite exprès.

Il faut dire que le roman arrive dans une vague qui nous gâte depuis quelques étés : ces feel-good américains qui font pleurer utile, la famille de « Avant toi » de Jojo Moyes, dont toutes mes copines lectrices sont sorties essorées. « Demain est un autre jour » joue dans cette cour, avec une différence qui compte pour moi : là où beaucoup misent tout sur le couple, Spielman met au centre une relation mère-fille, et c’est nettement plus rare, et nettement plus universel. On a toutes une mère, pas toutes un grand amour tragique.

Et puis il y a la question que le livre m’a laissée en cadeau, celle qui me trotte dans la tête depuis une semaine : qu’est-ce que la moi de quatorze ans avait mis sur sa liste ? J’ai retrouvé un vieux journal intime pour vérifier. Je ne vous dirai pas tout, mais il y avait « vivre à Paris » et « écrire des histoires ». On va dire que je suis à moitié en règle avec la gamine.

À qui le glisser dans la valise ? À celles qui aiment les romans de reconstruction où l’héroïne démonte sa vie pour la remonter dans le bon ordre. À celles qui ont perdu quelqu’un et savent que le deuil peut aussi passer par le rire, à condition d’être prévenues que certains chapitres remuent. Et à toutes celles qui, comme moi, avaient enterré leurs quatorze ans un peu vite. C’est la lecture d’été idéale : des chapitres courts, une héroïne qu’on engueule et qu’on encourage, et cette impression de refermer le livre un peu plus légère qu’on l’a ouvert.

Si votre été a besoin d’un livre qui fait du bien sans être niais, c’est celui-là. Prévoyez des mouchoirs quand même. Et évitez le train, ou assumez le regard gêné de votre voisin de siège, c’est vous qui voyez.

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